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Pourquoi les Africains ne suivraient-ils pas l’exemple colombien ?




La Cour constitutionnelle de la Colombie a statué voilà un mois en faveur de la démocratie en prenant une décision on ne peut remarquable dans un pays du Tiers monde où la démocratie a du mal à s’implanter. Elle a refusé un referendum au président Alvaro Uribe qui lui aurait peut-être permis de briguer un troisième mandat. Comme au Honduras en juin dernier la Constitution est respectée. Au Niger, la dernière tentative du président Mamadou Tandja d’aller contre la Cour constitutionnelle pour s’octroyer un troisième mandat, au même moment que les évènements au Honduras, s’est terminée par le retour au pouvoir des hommes en treillis. L’exemple de M. Bouteflika en Algérie a fait des émules. Mais pourquoi l’exemple de la Colombie ne serait-il pas possible en Afrique?
En s’opposant à ce referendum qui pouvait remettre en cause la limitation des mandats imposée par la Constitution colombienne, la Cour constitutionnelle, dont les textes s’apparentent à ceux des Constitutions africaines, n’a fait que lire le Droit. Cette décision a peut-être épargné au pays d’éventuels malheurs qui proviennent souvent du non respect des Constitutions dans les pays du Tiers monde.
Depuis la décennie 90, les Africains, sommés de respecter les directives données par Mitterrand dans son fameux discours de la Baule, sont passés des dictatures sur fond de coup d’Etat aux démocraties consécutives à des élections pluripartistes. Mais quelques années après, la majorité des premiers présidents élus démocratiquement ont voulu garder le pouvoir par tous les moyens en bravant la constitution censée limiter leur pouvoir.
Ils remettent en cause de l’alternance au pouvoir qui pouvait naître des élections libres et transparentes inscrites dans toutes les Constitutions « démocratiques » imposées par le pluralisme démocratique. Et des confrontations interethniques, souvent avec destructions matérielles et morts d’hommes s’en suivent. Ce qui montre que la majorité des pays africains ne seraient pas prêts pour une véritable démocratie pluraliste, en dehors de quelques rares exemples tels le Sénégal, le Benin et le Mali où l’alternance au pouvoir s’est faite en respectant la Constitution en ce qui concerne la limitation des mandats. Sans doute pour deux raisons essentielles.
Sur le plan social et politique le clanisme et l’ethnicité jouent un rôle très important et souvent négatif au moment des élections en Afrique. L’analphabétisme politique des «larges masses populaires» et l’achat de voix dont elles sont victimes pendant les campagnes électorales peuvent expliquer cela. Elles ne votent pas pour les programmes mais pour les candidats de leur ethnie qui leur ont promis l’amélioration des conditions sociales. Et comme en Afrique, le pouvoir est souvent entre les mains d’ethnies minoritaires comme en Côte d’Ivoire, au Congo, au Rwanda, au Gabon pour ne citer que ces quelques exemples, les dirigeants craignent une sanction de la majorité «oppositionnelle» si transparence il y avait dans les élections. Mais ce réflexe très manifeste en Afrique paraît moins prononcé en Colombie, en dépit de son passé violent. Une raison qui pourrait justifier l’attitude, et le pouvoir effectif, de la Cour constitutionnelle colombienne.  De manière complémentaire, les incitations économiques poussent les dirigeants africains à «s’agripper» au pouvoir en faisant fi de l’ordre constitutionnel. C’est justement leur gestion familiale et clanique des richesses du pays, en complicité avec certaines multinationales protégeant leurs contrats, qui ne permet pas la bonne gouvernance. Les rentes fournies par l’exploitation de ressources naturelles telles le pétrole ou l’uranium dans certains pays comme l’Angola, le Congo, le Gabon et le Niger, expliquent donc in fine les fraudes aux élections et le tripatouillage des Constitutions pour éviter l’alternance au pouvoir. Il est probable que les rentes qu’offre l’exploitation des richesses naturelles intéressent aussi les politiques colombiens. Mais le fait que le pays ait déjà procédé à des réformes pour favoriser le climat des affaires (il est classé 37° par la banque mondiale sur ce plan) induit que les dirigeants y ont à rendre des comptes de leur gouvernance, parce que les rentrées fiscales reposent sur la dynamique des entrepreneurs désormais. Les institutions de l’état de droit peuvent alors s’ancrer plus facilement.
Seule l’alternance démocratique sur fond d’une bonne gouvernance politique et économique avec respect des limitations des mandats pourrait donner un autre visage à l’Afrique. Aussi les peuples sanctionneraient leurs dirigeants par les urnes. Mais se pose ici ce problème de bonne gouvernance, quand on sait que les hommes politiques africains ne vivent pas d’impôts prélevés pour des services aux citoyens, mais de l’exploitation éhontée de « leurs » ressources naturelles. Ils ne respectent même pas les principes élémentaires de leur Constitution dans la gestion politique et économique de l’Etat car n’ayant pas de compte à rendre à leur peuple.
Dans presque tous les pays africains, on remarque que les majorités présidentielles et les oppositions se regardent en chiens de faïence. Parfois, avant même que les résultats des urnes soient proclamés par les fameuses Commissions indépendantes mises en œuvre pour départager les candidats, les deux camps crient victoire chacun de son côté. L’opposition accuse souvent le pouvoir de fraudes pour gagner le scrutin : une situation avérée l’année passée au Gabon et aujourd’hui au Togo. Ces situations regrettables continuent à fragiliser le continent depuis que les Africains expérimentent la démocratie pluraliste. L’Afrique gagnerait en démocratie si ses dirigeants se faisaient violence en respectant leur Constitution.

 * Essayiste et critique
littéraire congolais.


Par Noël KODIA *
Samedi 27 Mars 2010

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