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Pourquoi l’USFP a dit non au projet de loi de Finances

Ahmed Zaïdi explique le vote du Groupe socialiste




Pourquoi l’USFP a dit non au projet de loi de Finances
Pour que nous soyons clairs vis-à-vis de l’opinion publique, j’ai tenu au nom du Groupe socialiste à prendre la parole dans le cadre de notre droit à expliquer notre vote.
Si nous avons voté contre l’adoption du projet de loi de Finances, ce n’est pas seulement parce nous sommes dans l’opposition, mais c’est parce que tout d’abord nous sommes indépendants dans la prise de décision. Nous ne cédons ni au chantage, ni aux consignes, ni aux menaces. Notre vote est une  décision politique  souveraine. Nous avons voté contre ce projet parce que même le gouvernement qui l’a présenté était incapable de le défendre, pour la simple raison qu’il s’agit d’un document réalisé par l’administration en l’absence d’un gouvernement indolent qui se débattait dans la crise de son replâtrage.
C’est ce qui en a fait un projet sans aucune empreinte ni aucun souffle politiques. Nous avons voté contre ce budget parce qu’il n’augurait d’aucune solution aux problèmes des Marocains entre chômeurs, fonctionnaires, salariés, agriculteurs, entrepreneurs, étudiants …
Nous avons voté contre ce budget après avoir prouvé, chiffres à l’appui, qu’il ne peut désamorcer les crises cruciales qui s’imposent au pays et que ce budget risque d’aggraver. Nous avons voté contre ce budget parce qu’il n’est pas à la hauteur des solutions attendues pour les dossiers urgents et brûlants dont la résolution nécessite un courage politique certain. Notre rejet de ce budget ne peut être assimilé à une fausse note. Nous n’avons pas été les seuls à en constater la faiblesse manifeste. Il s’agit d’un budget rejeté également par les centrales syndicales, les hommes d’affaires et les économistes.
Nous avons dit non à ce budget parce qu’il n’a pas apporté de solutions aux problèmes du chômage, celui des jeunes diplômés universitaires. Nous n’appelons forcément au recrutement dans la Fonction publique mais plutôt à la nécessité de mettre en place des mécanismes à même de promouvoir le développement et l’emploi. Nous avons voté contre le projet de loi de Finances après avoir constaté que la lutte contre la prévarication et la rente économique et administrative ne sont pas plus qu’un slogan électoraliste exploité par les partis de la majorité pour appâter les électeurs. Nous avons voté contre ce budget parce qu’il risque fort de nuire à la classe moyenne, de même qu’il ne peut contribuer à assurer aux couches sociales défavorisées leurs droits pour un enseignement et des services publics de qualité. Nous avons voté contre un projet qui hypothèque l’avenir du Maroc par le recours à l’endettement extérieur auprès des institutions financières internationales. C’est bien nous qui avons fait les frais de leur tutelle en 1965, 1981, 1984 et 1990. Nous avons voté contre le projet de loi de Finances parce qu’il représente une continuité de la politique qui consiste à retarder les grandes réformes  et la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles.
Les Marocains n’ont pas dit oui à l’adoption  d’une nouvelle Constitution et toutes ces forces qui ont mené les mouvements revendicatifs pour la réalisation des réformes et qui ont milité dans ce sens pendant des décennies ne l’ont pas fait juste pour que l’on dise que nous disposons d’une nouvelle Constitution qui donne au gouvernement des attributions sans précédent. La Constitution comporte des dispositions pour garantir les droits économiques, sociaux et culturels en parallèle avec les droits politiques. Ce gouvernement est incapable d’adopter les politiques garantissant ces droits. Et ce budget rentre dans le cadre de cette même logique de l’incapacité gouvernementale.
Monsieur le président,
Nous aurions aimé que les messages que nous avons adressés dans notre principale intervention au gouvernement aient été assimilés et qu’il soit mis un terme à toute attitude rancunière ou d’inimitié à l’égard de l’opposition. Mais Monsieur le ministre chargé des Relations avec le Parlement nous a fait revenir à la case départ en puisant dans le même lexique contre lequel nous n’avons cessé de mettre en garde. Monsieur le ministre a cherché à nous donner des leçons en matière de pédagogie du débat mettant ainsi en doute l’utilité de l’action parlementaire  et en cause les rapports des commissions parlementaires comme s’il y avait une unanimité dans la perversion puisque parmi les rapporteurs ou les présidents de commissions, il y a bien des membres de son propre parti. De telles attitudes reprennent l’idée d’une opposition sur mesure.
Ce qui dévoile un penchant à la mainmise sur le paysage politique.
C’est là une grande illusion puisque le gouvernement n’est pas devant des fantômes mais devant des partis nationaux qui ont marqué l’histoire par la force, la sincérité  et la fidélité de leur opposition. Nous mettons en garde, une fois encore, contre la vanité qui ne peut avoir d’autres effets que de creuser davantage l’écart entre les différents protagonistes de l’action politique.
Chercher à faire preuve de démonstration de force aux dépens de l’opposition et de la légitimité ne peut en rien servir les intérêts du pays.

Libé
Vendredi 22 Novembre 2013

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