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Pour une télévision moderne et démocratique




Pour une télévision moderne et démocratique
En prévision de la 
réunion qui doit se tenir le 1er février 
avec la participation des représentants des autorités de tutelle, 
des représentants 
des chaînes de TV 
publiques et des 
représentants des 
professionnels, Latif Lahlou,  réalisateur 
et producteur, nous 
a fait parvenir son point de vue à propos des différents 
problèmes des "appels d'offres" lancés par 
les deux chaînes 
nationales pour 
l’établissement 
de programmes TV. 
Le voici :
 
L’idée d’organiser la production des programmes TV par le truchement d’appels d’offres relève d’un bon sens honorable et digne de respect parce qu’elle véhicule le principe généreux de transparence et d’égalité des chances, ce qui n’était pas dans la tasse de thé de nos chaînes publiques.
Mais encore une fois, si le principe d’égalité des chances est tout à fait louable et qu’il est imposé par une loi et une réglementation administratives, il reste un vœu pieux et donc lettre morte ou plus exactement l’alibi juridique et une couverture administrative à tous les abus de la part des décideurs qui avaient combattu l’idée d’appels d’offres le jour de son institution et la défendent aujourd’hui contre vents et marées dans sa forme actuelle par ce qu’ils s’y sont adaptés et ont trouvé les moyens de créer du business.
En fait, que cherche l’Etat ?
- A redéfinir les objectifs d’une télévision publique au Maroc pour changer l’orientation qui lui avait été assignée à sa création ?
- Mettre fin aux dires sans cesse répétés par tous les professionnels, à la corruption à tous les niveaux et de toutes les couleurs qui gangrène  nos télévisions ?
- Est-ce que l’objectif est de mettre à la disposition du peuple une TV démocratique ?
- Veut-on vraiment faire de nos chaînes TV un miroir de notre société et un reflet de son état de développement ?
Nous savons que la force de la conviction de l’image crée une véritable fonction intégratrice et participe fortement à notre identification.
En créant un lien entre les individus, la télé devient un facteur moteur de l’intégration sociale et culturelle en permettant aux téléspectateurs de sortir de leur isolement.
Restons vigilants! N’oublions pas que la communication reste une caractéristique axiale de la vie en société et de ce fait, ne révèle pas  uniquement que des aspects positifs comme vu plus haut mais peut également constituer de sérieux dangers comme la perdition progressive des valeurs communautaires, l’acculturation qui se traduit par un «copier-coller» et une adoption d’un mode de vie étranger à la culture nationale.
Il faut d’abord définir quelle télévision on veut proposer à nos concitoyens….
Est-ce une télévision de « loisirs » passifs où la créativité n’intervient pas ? Ce choix s’adresse à un public ayant peu d’éducation et insouciant de son présent et de son avenir.
Je ne veux pas souscrire à cette hypothèse.
Alors ?
C’est à une télévision moderne et démocratique à laquelle nous avons droit.
Et l’idée de produire des programmes par appels d’offres peut s’inscrire intelligemment dans ce processus, à condition de définir clairement et en premier lieu :
- La ligne éditoriale de la chaine.
- Eviter de concentrer les pouvoirs de décision entre les différents décideurs des chaînes.
- Associer étroitement les professionnels du secteur et les spécialistes de la communication aux définitions des critères de confection des programmes et aux méthodes et moyens de leur production.
- Etablir clairement les procédures d’attribution de confection des programmes en évitant les amalgames car :
- Un programme TV est avant tout une création audiovisuelle et non un marché public pour l’édification d’un lieu  public ou la construction d’une route de campagne.
- Donner la priorité aux contenus des programmes et aux qualités de leur réalisation et non aux prix de leur production, ce qui peut se traduire par  un misérabilisme artistique et culturel désastreux.
- Favoriser le pluralisme et la diversité des exécutants pour éviter le clientélisme  et créer  l’émulation créative et novatrice.
Evidemment, ces idées générales devront faire l’objet de concertation entre les décideurs, les professionnels du secteur et les spécialistes de la communication pour aboutir à une télévision publique qui jouera un rôle moteur dans la diffusion du savoir, la propagation de la culture nationale et universelle en vue d’un développement du lien social.
La télévision publique se doit de placer le respect du téléspectateur au cœur de son action.
Si ces idées généreuses sont adoptées par l’ensemble des intéressés  (gouvernement, responsables des chaînes, professionnels de l’audiovisuel et représentants des publics ou téléspectateurs), elles deviennent alors générales et doivent obéir à des mécanismes bien définis et cadrés pour être opérationnelles.
Dans ce cas, le cahier des charges doit être formulé de façon à définir le cadre ci-après:
1- La définition de la ligne éditoriale de la chaine publique : générique mais orientée vers la culture ? vers le divertissement ?  et quel divertissement ? vers le sport ? vers l’information politique ? etc.
2- La création de commissions paritaires (responsables politiques + responsables des chaînes (fonctionnaires exécutants) + représentants des professionnels privés et des spécialistes + représentants des téléspectateurs).
Les membres de ces commissions sont désignés par leurs associations professionnelles ou représentatives en toute liberté et non désignés par les pouvoirs publics ou des responsables des chaînes pour ne pas se retrouver devant une seule voix représentée par plusieurs personnes.
Ces commissions, chacune ayant des objectifs spécifiques, doivent :
- Définir la ligne directrice générale de la chaine ainsi que les lignes directrices des différents programmes devant constituer la grille de la chaine en fonction de l’orientation spécifique de la chaine.
- Définir les mécanismes des choix des programmes initiés par la chaine ou proposés par les producteurs extérieurs :
- Critères de contenu
- Critères artistiques
- Critères techniques
- Conditions financières
- Obligations administratives, etc.
Ici, il faut se soucier de bien différencier l’artistique du commercial. C'est-à-dire :
a) Toutes les créations artistiques doivent être initiées par la chaine qui va se soucier de la création du concept jusqu’à la finalisation complète du projet -qui devient matériellement un produit- et sa présentation en PAD : C’est la tâche du producteur, en l’occurrence la chaine.
b) Une fois le projet en main, la chaine peut lancer un appel d’offres auprès des producteurs spécialisés et agréés auparavant par la chaine selon des critères définis (voir plus haut)
c) Autant que possible pousser à la «spécialisation» des producteurs, car on peut constater -et donc admettre- qu’un producteur de bons spectacles télévisuels qu’il réussit parce qu’il «sait faire» n’est pas nécessairement en mesure de faire aboutir et réussir une série fiction de TV . Le producteur est également un entrepreneur qui dispose de qualités artistiques sûres et «possède» aussi un style de communication qui est son atout.
- Définir les critères de choix des fournisseurs extérieurs (critères administratifs, artistiques et techniques).
La production d’œuvres audiovisuelles est une profession moderne et sensible qui fait appel non seulement à des acquis culturels notoires et sérieux de la part de ses pratiquants mais qui exige de leur part une grande probité morale et intellectuelle et un savoir-faire réel et probant ainsi qu’une vigilance à toute épreuve parce qu’il s’agit de communiquer avec les populations et non de les « abêtir » et de les manipuler. 
Cette commission en particulier aura à définir la différence entre un producteur et un producteur exécutif ainsi que le cadre des droits et obligations de chacun particulièrement en matière de droits d’auteurs et des mécanismes d’exécution des œuvres…
En définitive, il faut admettre que la création artistique a ses spécificités qui ne sont pas toujours celles des produits ou services commerciaux courants et que sa réalisation s’effectue selon des méthodes particulières qui n’ont rien à voir, avec les méthodes utilisées pour la réalisation des marchés publics ; de ce fait, il y a lieu de considérer  la création et la réalisation d’œuvres audiovisuelles dans leurs spécificités et tenir compte de ces particularités pour élaborer un cahier des charges ad hoc.
 
* Réalisateur et producteur

Par Latif Lahlou *
Mercredi 29 Janvier 2014

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