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Pour une approche plus humanitaire et moins sécuritaire du problème

Les vagabonds envahissent la ville d’Essaouira




Pour une approche plus humanitaire et moins sécuritaire du problème
Depuis quelques années, la ville d'Essaouira a commencé à subir une réelle invasion des vagabonds. Des hommes et des femmes natifs de la ville, de la région, ou issus des autres villes du Maroc, ont commencé à occuper de plus en plus d'espaces dans le paysage urbain et touristique de la ville.
Cependant, l'approche adoptée par les responsables locaux demeure toujours en deçà des exigences d'un traitement radical et durable de cette problématique sociale à multiples facettes. Une approche  sécuritaire la plupart du temps, qui tourne dans un cercle vicieux, puisqu'il s'agit à chaque fois de mener une campagne pour regrouper ces vagabonds, et les transporter le plus loin possible de la ville, pour les voir revenir un jour, ou même une semaine après traînant dans la misère. Toutefois, la province d'Essaouira a été dotée  quelques années auparavant et suite à une initiative de la Fondation Mohammed V pour la solidarité, d'un centre de soutien des personnes en situation sociale difficile, qui s'occupe essentiellement des SDF (Sans domicile fixe), une structure sociale très importante, avec une nouvelle approche pour la gestion de ce dossier douloureux.
Malheureusement, ce centre social n'a fait que traîner depuis sa création, un sérieux problème. Un  déficit en termes de budget de fonctionnement continue à poser un problème épineux pour les responsables de cette structure dont la capacité d'accueil ne dépasse pas 40 pensionnaires malades, nécessiteux, âgés, victimes de tabagisme pour la plupart d'eux. Il ne s'agit pas de créer des centres sociaux dépourvus de moyens de viabilisation à des fins exhibitionnistes ou pour se soulager la conscience. Il faut surtout les doter de moyens humains et financiers nécessaires pour leur permettre de  réaliser les résultats escomptés.
Cette année, le centre de soutien des personnes en situation sociale difficile sis à la municipalité Hanchane a bénéficié du  financement d'un projet dans le cadre du programme provincial de l'Initiative nationale pour le développement humain, avec pour objectifs l'appui de son fonctionnement et de son équipement. Cependant, cette structure demeure insuffisante pour répondre aux besoins du nombre  croissant des vagabonds et SDF issus de la province d'Essaouira et des autres villes du pays. 
Certes, les conditions de vie des vagabonds se resemblent, c'est toujours la même misère, les mêmes vêtements sales et décousus, les cheveux hirsutes, et le même regard brisé  qui mendie et maudit à la fois, mais, à chacun sa propre histoire, des histoires tristes qui retracent les parcours de vies bouleversées  par l'intoxication, une situation familiale instable, un triste destin, une erreur fatale, face à une société loin d'être tolérante ou tout simplement responsable! Mais la plus dangereuse facette du vagabondage concerne les enfants qui mèment la vie des vagabonds de façon déguisée. Des mineurs entre 6 et 14 ans, errant la journée durant, frappant aux portes et interpellant les passants pour demander du pain, et surtout de l'argent qu'ils utilisent parfois pour acheter des cigarettes ou même de la drogue. Des enfants sans aucune protection, exposés aux dangers de la rue, y compris celui de l'exploitation sexuelle à l'insu de leurs familles insouciantes ou même complices. Ils se font de plus en plus nombreux, innocents qu’ils sont, mais sales; à force de subir les violences de la rue, ils sont devenus de petits voyous. Certes, ils ne sont ni orphelins ni abondonnés, mais scolarisés, vivant un vagabondage déguisé qui les mènera sûrement vers une rupture définitive avec les repères éducatifs et sociaux.
Les histoires tristes des vagabonds qui ont vécu tragiquement. L'année dernière, une jeune fille issue du monde rural, a été retrouvée morte devant un lycée, son cœur fragile n'a pas supporté la faim, le froid et la solitude, pour mourir jeune et  toute seule à l'âge de 23 ans.
C’est le cas d'une autre femme qui avait débarqué à Essaouira en 1997 avec le reste d'une féminité et d'une beauté consommées par l'intoxication, mais qui lui ont valu  la compagnie d'un touriste français, un aventurier de passage en quête de jouissance sans limites au goût du hachich. Une fois le séjour du touriste écoulé, elle a retrouvé la vie de rue avec toute sa misère. Pour elle,  il ne s'agissait plus de jouir, mais de survivre. Les années passèrent, le peu de féminité et de beauté ont définitivement disparu. C'est une  autre personne, au corps chétif, et au visage pâle sans traits, ni  expressions. Elle a appris et subi la loi de la rue, au point de tomber enceinte d'un enfant qu'on lui enlèvera officiellement  à cause de la dégradation de ses  facultés mentales.
L'année dernière, le hasard avait conduit la police judiciaire à la découverte de deux crimes perpétrés par un vagabond alcoolique à l'encontre d'une femme et un homme, eux aussi vagabonds. C'était la femme qui a été découverte la première, lors d’une nuit mouvementée dans un terrain nu au quartier Tilal. Le clochard l'avait étranglée et couvert son corps de carton. Elle ne fut découverte que quelques mois après, suite à un avis de recherche lancé par son frère. Une fois le vagabond arrêté, il  avoue avoir tué  un autre compagnon dont la mort a été jugée naturelle par  le médecin légiste.
Ils vivent parmi nous, mais tragiquement, et discrètement, menant une vie loin de répondre aux conditions d’une vie normale.
Toutefois à force de souffrir et de subir l'exclusion et l’indifférence, ils se transforment parfois en sérieux dangers publics auxquels les responsables réagissent de façon  radicale. Une vraie responsabilité incombe à la société et ses composantes, pour une approche préventive, plus sociale et humanitaire et moins sécuritaire.

Abdelali Khallad
Lundi 2 Février 2009

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