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Pour un éveil des consciences




Pour un éveil des consciences
Le peuple marocain a voté. Il a voté massivement en faveur du projet de nouvelle Constitution, il a plébiscité Sa Majesté dans son désir de continuer l'édification d'un nouveau Maroc démocratique fortement ancré dans ses valeurs historiques de pluralité, de tolérance et d'ouverture sur les autres.
Les réalités de la société marocaine, ses valeurs ancestrales, résultat d'une complexe symbiose de cultures diverses  mais harmonieuses, s'imposent  à tous les démocrates.
Cette Nation millénaire n'est pas une création exnihilo de la colonisation, bien au contraire, c'est un pays qui a été impitoyablement charcuté, balkanisé par les puissances coloniales. Ce phénomène est connu de tous.
Un certain nombre de repères immuables existent et doivent baliser le chemin de tous les opérateurs politiques de ce pays et les observateurs étrangers.
A défaut de s'y référer, ils risquent de se  retrouver dans un monde virtuel, loin, très loin des réalités et toutes leurs analyses seront totalement erronées ou biaisées, car elles n'auront pas intégré la spécificité propre du Maroc.
Il faut peut-être le rappeler, les vérités au-delà des Pyrénées sont des erreurs en deçà.
Le premier repère qu'il faut bien avoir à l’esprit est que le Maroc est une nation plurielle, vieille de 1200 ans qui s'est fondée autour d'une monarchie et cette structure a résisté à toutes les épreuves jusqu'à nos jours.
La pierre angulaire de cet édifice fondé par Idriss 1er en 788 après J.C, est un pacte religieux qui s'est perpétué jusqu'à nos jours entre le peuple et les sultans. Ces différentes dynasties ont des origines aussi diverses que la diversité ethnique de la société marocaine.
Les Marocains restent très attachés à la monarchie qui est le dénominateur commun de cet Etat nation, le symbole de son unité, le ciment de sa cohésion.
Il ne faut jamais perdre de vue ce socle intangible et fédérateur qu’est le Trône. Il n'y a jamais eu, et il n’y aura pas de Maroc sans monarchie!
Ce qui nous unit dans nos  différences ethniques, confessionnelles, linguistiques, est bel et bien le pacte solide et ancien avec le Trône.
Le deuxième repère est plutôt un constat, celui d'un monde globalisé où les frontières ont tendance à disparaitre et ce phénomène est particulièrement perceptible au Maroc en raison de sa position  géographique éminemment stratégique de charnière entre l'Europe et l’Afrique.
Les défis nés de cette mondialisation incontournable, oppressante et irrespectueuse des valeurs propres des peuples, fragilisent les nations en voie de développement.
Face au rouleau compresseur des nations riches et dites «civilisées» qui imposent sans discernement et sans période de latence leur mode de vie, leur modèle de gestion de la vie communautaire bref leur propre philosophie de la vie, l'unique parade à notre portée, l'ultime rempart en notre possession  face à cette déferlante résidera dans notre aptitude à bâtir des ensembles régionaux (Maghreb arabe), des communautés d'intérêts d'une part et à consolider et élargir le front intérieur en renforçant notre cohésion sociale, d'autre part.
Ces deux objectifs cruciaux sont fondamentalement indispensables à notre survie dans un environnement sans cesse en proie à de très  fortes convulsions qui conduisent,  à des situations inattendues et dramatiques.
Regardons avec sérénité les résultats de ce que le monde a appelé « Printemps arabe». La situation actuelle en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Libye en Syrie où des révolutions qualifiées de populaires ont éclaté, doivent nous inspirer et nous servir de leçon.
L’édification d'un Etat-nation est un processus extrêmement long, qui s'étale sur des siècles, pour le cas du Maroc plus d'un millénaire.
Ce processus si long, le regard de l'humain à l'échelle d'une vie, a du mal à le mesurer…
Par contre la destruction peut être un processus extrêmement rapide qui ne dure que quelques instants. Le cas de la Libye est très édifiant à ce sujet.
Il faut beaucoup de vigilance et de clairvoyance pour ne pas s'engager aveuglément dans une voie qui mène au désastre et le pire désastre pour nos pays émergents serait que la rue prenne le relais des institutions politiques reconnues et élues, pour imposer un changement.
Le résultat  déjà vécu de par le monde arabe est une série interminable de drames humains et de désastres économiques suivis d'une installation au pouvoir de gens du sérail, sortes de révolutions de palais…
Je ne suis ni un adepte de l'attentisme ni un défaitiste et je souscris aux idéaux  de changement des masses arabes qui revendiquent plus de démocratie, de justice et de liberté. Mais je considère que les vrais changements qui nous mèneront à bon port ne viendront que de l'intérieur, avec une inspiration de l'intérieur, se référant à nos valeurs intrinsèques.
Les voix extérieures au pays sont à écouter avec une grande réserve ; elles manquent souvent d’objectivité et sont toujours mues par des intérêts purement égoïstes.
L'OTAN bombarde impitoyablement la Libye pour «protéger la population» contre un dictateur qui, il y a peu de temps, était reçu avec honneur par les chefs d’Etat des plus grandes démocraties qui régulent le monde et donnent aux autres sans cesse des leçons de démocratie, de respect des droits de l'Homme et de bonne gouvernance.
En pensant aux populations de Gaza, on se rend immédiatement compte que les pouvoirs en Occident n'ont pas le monopole du cœur et beaucoup de chemin à faire en termes de bonne gouvernance, de respect des droits de l'Homme et de sa dignité malgré leur apparente longueur d'avance sur les États en voie de développement.
Les modèles de démocratie que nous observons dans d'autres pays, particulièrement en Europe, ne sont pas transposables au Maroc en raison de l'histoire, de la sociologie, des croyances, des susceptibilités, etc.
Tous les Marocains revendiquent et cultivent ces différences qui sont en quelque sorte notre génome, celui-ci ne saurait nous opposer aux autres mais nous rend complémentaires dans nos apports respectifs à la civilisation de l'universel, les nôtres, sont du reste glorieux.
Il n'existe pas au monde une Constitution parfaite, unanimement approuvée.
Celle que le peuple marocain a approuvée par une majorité écrasante a l'immense privilège d’être la plus élaborée, la plus démocratique de tous les États arabo-musulmans ; elle est d'inspiration et de conception marocaines, elle respecte l'essence de nos structures et réalités propres et se prête aux révisions et adaptations qu'imposera notre évolution.
Le verdict populaire s'impose à tous les démocrates sachant que la nouvelle Constitution n'est qu'un tremplin d’accès aux changements auxquels ils aspirent et pour ce faire il faut mobiliser toutes les énergies des forces vives de ce pays pour accéder légalement aux leviers du pouvoir législatif et exécutif par la voie électorale. Il faut accompagner Sa Majesté dans son œuvre d'édification d'un nouveau Maroc, isoler le bon grain de l'ivraie, porter aux futures instances législatives et conseils régionaux une élite capable de bien légiférer, apte à élaborer, concevoir des plans de développement fiables des régions du pays, capable de convaincre, de rassembler les citoyens pour défendre les causes sacrées du pays.
L'heure du compte à rebours a sonné ; il faut s'inscrire résolument dans une logique de construction d'un espace de liberté et de prospérité pour et par les Marocains.
Nous avons dépassé le temps imparti aux discussions et revendications relatives aux dispositions de la nouvelle Constitution. Les  bonnes consciences doivent se plier aux choix du peuple, ce qui ne les prive pas  de continuer à militer pour des améliorations des règles du jeu politique. Le texte de la Constitution est une œuvre humaine donc perfectible.
Le négationnisme, le désir d'imposer la loi du tout ou rien de la part de certains milieux politiques ou associatifs sont des positions anachroniques et irrationnelles qu'il faut combattre de manière civique.
Le grand défi auquel les citoyens sont désormais confrontés, à l'intérieur, est celui de la participation effective aux prochaines échéances électorales.  Si nous ne réussissions pas à élire aux instances législatives du pays, une élite capable de transformer l'essai que nous venons de marquer, nous aurions alors manqué notre rendez-vous avec l'histoire et l’avènement d'une ère politique totalement nouvelle serait ajourné d'une période de cinq à dix ans au moins !
Deux inconvénients se présentent à nous actuellement et qui sont le peu de temps dont nous disposons pour préparer les futures élections et l'absence de textes nouveaux définissant des conditions d'éligibilité convenables qui empêcheraient un usage excessif de l'argent dans les campagnes électorales et surtout permettraient un meilleur casting des candidats.
Les partis politiques portent l'entière responsabilité du maintien de ces deux inconvénients puisqu'ils peuvent les lever par un code de conduite négocié et adopté entre eux.
J'ose espérer qu’ils seront à la hauteur des enjeux et de nos attentes!
Les défis extérieurs quant à eux sont nombreux et plus difficiles à affronter puisqu'ils ne relèvent pas exclusivement de notre volonté ou de notre action.
Des problèmes nationaux ont été au départ, mal appréhendés et des interférences extérieures s’y sont greffées leur donnant une dimension internationale.
En revanche et là est l'essentiel, notre force face à ces problèmes exogènes qui engagent notre avenir, sera directement proportionnelle à notre cohésion nationale et à l’abandon définitif de la politique de l’autruche.
Le Maroc a un énorme chantier à bâtir en commun avec ses frères et voisins, une œuvre grandiose, vitale, inscrite dans sa loi fondamentale: l'édification du Maghreb arabe. Ce projet ne saurait aboutir sans un règlement définitif du conflit du Sahara qui dure depuis 35 ans avec son cortège de malheurs.
Nous pouvons avoir des lectures et des interprétations différentes des  aspects de la question mais si nous sommes de bonne foi, de véritables démocrates et patriotes, nous sommes dans l'obligation de prendre en compte, dans la recherche d'une issue juste et durable de l'épineuse question, les faits historiques intangibles, les réalités sociales réelles, palpables et vivantes.
C'est au prix d'une genèse franche et honnête des contours de la question que nous arriverons à bien diagnostiquer le mal et à trouver la thérapeutique appropriée pour débarrasser le Maroc et le Maghreb d'une gangrène qui le ronge et ronge la sous-région depuis plus de 3 décennies. La question revêt un caractère éminemment important, si important qu'il ne laisse aucune place à la légèreté, ni à l'insouciance, ni aux intérêts de personnes ou de groupes. La survie, le développement, l’épanouissement, les droits fondamentaux et inaliénables des Maghrébins sont en jeu!
Je vous invite à une réflexion sereine, sans passion, objective pour aider à la recherche d'une ébauche de solution à cette question préoccupante qui ne sera jamais, je dis bien jamais, réglée en dehors de son cadre naturel.
La question nous concerne au premier degré : ni les Nations unies, ni les grandes puissances, ni l'Union africaine, ni la Ligue arabe ne peuvent la régler.
La solution est maroco-marocaine. Il faut se donner l'envie, la volonté et les moyens de la régler car le linge sale se lave en famille, le nôtre ne fait pas exception.

Par Hamada Derouiche
Mercredi 20 Juillet 2011

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