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Pour un enseignement en crise : Il faut plutôt voir du côté des gouvernements

Pointer du doigt les enseignants pour leurs faibles résultats et pour leur absentéisme est à la fois injuste et contre-productif Et c’est l’UNESCO qui le dit !




La réponse à la polémique suscitée par la décision de Mohamed Hassad concernant la liste des enseignants absents se trouve dans un document auquel on ne s’attendait nullement. En l’occurrence un rapport de l’UNESCO appelant à ce que les enseignants ne soient pas montrés du doigt lorsque  le système éducatif est défaillant et que l’accent soit mis, dans le cas d’espèce, sur la responsabilité des gouvernements à garantir une éducation universelle de qualité.
Destiné à  évaluer  les progrès effectués dans la réalisation des Objectifs de développement durable en matière d’éducation (ODD4) adoptés par la communauté internationale, le rapport « Rendre des comptes en matière d’éducation : tenir nos engagements », estime que pointer du doigt les enseignants pour leurs faibles résultats et pour leur absentéisme est à la fois injuste et contre-productif.
Il montre par exemple que la moitié des absences d’enseignants en Indonésie durant l’année scolaire  2013/14 correspondait à des dispenses liées à la poursuite d’études et que ces absences auraient dû être remplacées. De la même manière, au Sénégal en 2014, seuls 12 jours d’absence sur 80 étaient imputables à une défaillance des enseignants. Le personnel enseignant ne peut être tenu pour responsable  de résultats induits par des politiques publiques, précise le rapport. «S’appuyer sur les résultats scolaires des élèves pour sanctionner les enseignants et les écoles risque de les inciter à adapter leur comportement pour se protéger, ce qui peut avoir pour effet de marginaliser davantage les plus démunis», explique Manos Antoninis, directeur du Rapport. «Les gouvernements sont les premiers à devoir rendre des comptes. Si un gouvernement a tendance à rejeter la faute sur d’autres, cela détourne l’attention de sa propre responsabilité dans la mise en place d’un système éducatif efficient et solidaire ».
L'élaboration et l'application de règlements allant de l'appel d'offres à la qualification des enseignants sont également cruciaux, soutient le rapport. Moins de la moitié des pays à revenu faible ou intermédiaire ont des normes en matière d'éducation de la petite enfance et seulement une poignée de mécanismes de surveillance de la conformité. Il n'y a pas de réglementation sur la taille des classes dans près de la moitié des pays.  Le rapport cite le Maroc comme exemple puisque seulement 50% des écoles disposent d'installations sanitaires ou sanitaires de base.  Le document révèle également l’absence de réglementation concernant le nombre d'étudiants par toilettes et l’inexistence de toilettes et de lavabos pour les étudiants handicapés.
A ce propos, les rédacteurs du rapport soulignent que seul un gouvernement sur six publie des rapports annuels de suivi sur l’éducation. Des organismes indépendants tels que les Parlements et les institutions de contrôle sont nécessaires, selon l’UNESCO, pour inciter les gouvernements à rendre des comptes dans le domaine de l’éducation. « Le fait de ne pas rendre des comptes peut favoriser la corruption. Dans l’Union européenne et sur la période 2009-2014, 38% des appels d’offres dans le domaine de l’éducation ne comptaient qu’un seul postulant, contre 16% des appels d’offres dans le secteur de la construction, ce qui montre que le risque de corruption est plus élevé dans le domaine de l’éducation que dans celui de la construction ».
En outre, ledit rapport estime que là où les mécanismes formels échouent, les citoyens ont un rôle à jouer en incitant les gouvernements à rendre compte de leurs politiques visant à garantir leur droit à l'éducation. « En Colombie, une campagne citoyenne a poursuivi avec succès le gouvernement devant les tribunaux, conduisant à l'instauration d'une éducation gratuite. Aux Etats-Unis, les parents et les médias ont réussi à mettre le holà au déni des changements climatiques dans les manuels scolaires, et les étudiants d'Afrique du Sud ont pu mettre un terme aux hausses des frais de scolarité à l'université », révèle le rapport.
Dans ce sens, le rapport souligne l'importance de la responsabilité en matière de résolution des lacunes et des inégalités notamment dans un monde où moins de 20% des pays garantissent légalement 12 années d'enseignement gratuit et obligatoire. « Il y a 264 millions d'enfants et de jeunes non scolarisés et 100 millions de jeunes sont actuellement incapables de lire », précise le rapport qui n’épargne pas le Royaume qui compte, selon lui, 37.000 enfants non scolarisés et 69% des jeunes et des adultes analphabètes sont des femmes. « Selon les données de 2009 de la base de données mondiale sur l'inégalité dans l'éducation, 53% des jeunes urbains ont achevé le premier cycle de l'enseignement secondaire, contre seulement 16% des jeunes ruraux. Plus de la moitié (53%) des élèves marocains de 4ème année qui ont suivi la TIMSS 2015 (Tendances des études internationales en mathématiques et en sciences) ne parlaient que quelquefois voire jamais la langue du test à la maison », conclut le rapport.

Une tempête dans un verre d’eau

Sur 210.367 enseignants, seuls 611 ont séché les cours durant le mois de septembre dernier. Ces absences ont été recensées par le ministère de l'Education nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, pour le mois de septembre, selon son système de gestion scolaire Massar, qui fournit plusieurs services électroniques aux élèves et à leurs parents.
Le plus grand nombre des absences a été enregistré au niveau du secondaire collégial avec 221 enseignants absents qui engendrent un total de 1.068 jours d'absence, suivi du cycle primaire avec 202 absents et 1.072 jours d'absence, puis du cycle secondaire avec 198 absents et 844 jours d'absence, d’après un communiqué du ministère.
La majorité de ces absences sont dues aux 430 certificats médicaux parvenus au ministère en septembre couvrant 2.539 jours de travail.
Le plus grand nombre des absents a été enregistré dans la région de l’Oriental, ajoute le communiqué, avec 108 absents et 495 jours d’absence. La région de Oued Eddahab-Lagouira a été la plus studieuse avec seulement 2 absents et 4 jours d’absence.
Les directions provinciales ne sont pas à exclure du groupe, puisqu’en un mois, le total des absents de plus de quatre jours a atteint 159 personnes faisant 2.105 journées d’absence. La direction d’Errachidia a notamment enregistré 37 absences, suivie par celle de Berkane avec 35 absents et enfin Oujda-Angad avec 26 absents, conclut le communiqué.

 

Hassan Bentaleb
Vendredi 20 Octobre 2017

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