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Pour de vraies réformes économiques en Afrique




Pour de vraies réformes économiques en Afrique
Il ne fait aucun doute que l’Afrique est confrontée à de nombreux gros défis, dont la menace de l'extrémisme islamique du Nigeria à la Somalie, les guerres civiles en cours en République démocratique du Congo et en République centrafricaine, sans oublier l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest. Aussi cruciales soient ces questions, une autre encore plus importante mérite notre attention : la réforme économique.
De nombreux pays africains ont fait des progrès en matière de réforme et de libéralisation de leurs économies. Certains d’entre eux ont longtemps adopté le modèle soviétique qui dominait autrefois le continent. Au cours des 15 dernières années, de nombreux pays africains ont pris des mesures pour réduire ou stabiliser leurs déficits budgétaires annuels et la dette à long terme. La dette extérieure a diminué d'un quart en moyenne, et les déficits budgétaires de deux tiers. L'inflation est encore trop élevée, mais elle a ralenti, baissant d'une moyenne de 22% dans les années 1990 à seulement 8% aujourd’hui. Les droits de propriété sont désormais mieux sécurisés, et la taille de l’Etat a diminué. Toutefois, cela reste insuffisant.
L’amélioration de la liberté économique a contribué à la croissance relativement forte du PIB au cours de la dernière décennie, une croissance qui s'est poursuivie même après la crise mondiale. Le PIB réel a augmenté à un taux annuel moyen de 4,9% entre 2000 et 2008, soit deux fois plus vite que dans les années 1990. L'extrême pauvreté a diminué, de même que la mortalité infantile.
Mais il reste beaucoup à faire. Comme l’a souligné un récent rapport de mes collègues Marian Tupy et Dalibor Rohac : « Alors que l'Afrique a connu des progrès tangibles au cours des dernières années, elle reste encore loin du miracle de la croissance que connaissent la Chine et l’Inde, ou de celui qui a porté les pays de l'Asie du Sud-Est à leur niveau actuel de développement économique ».
Seuls six pays africains (Botswana, Gambie, Maurice, Rwanda, Ouganda et Zambie) ont terminé dans la moitié supérieure du dernier classement, publié dans le dernier rapport mondial de la liberté économique réalisé par l’Institut Fraser. Dans le même temps, 17 des 25 pays fermant la marche sont africains (Algérie, Angola, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, République démocratique du Congo, République du Congo, Côte d'Ivoire, Ethiopie, Gabon, Guinée-Bissau, Mozambique, Niger, Togo et Zimbabwe).
De nombreux pays africains en réponse à la récession mondiale ont rechuté dans le piège keynésien des dépenses anticycliques et de la dette. En conséquence, les déficits et la dette à long terme ont augmenté rapidement, notamment dans des pays comme le Ghana et le Zimbabwe. Le nombre de pays avec un ratio de dette/PIB croissant, est passé de 25 en 2010 à 31 en 2013. Par ailleurs, plusieurs pays ont utilisé la récession comme une excuse pour donner la priorité en matière de dépenses à la consommation au lieu de l'investissement. En conséquence, le FMI a récemment conclu que « de nombreux pays continuent d'afficher d'importants déficits budgétaires, même si la croissance et les recettes sont de retour (ou presque) aux niveaux d'avant la crise .... Dans certains pays, c'est le résultat d'une recomposition des dépenses publiques au détriment des investissements qui a abouti à de nouvelles augmentations de la dette publique ».
Les pays africains restent remarquablement corrompus. Dans le plus récent indice de perception de la corruption publié par Transparency International, douze pays africains ont terminé parmi les 25 pays les plus corrompus au monde. Il s'agit notamment de l'Angola, le Burundi, le Tchad, la République démocratique du Congo, la République du Congo, la Guinée équatoriale, l'Erythrée, la Guinée-Bissau, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan et le Zimbabwe. Seuls le Botswana, le Cap Vert, le Lesotho, Maurice, Rwanda, et les Seychelles ont fini dans le premier tiers des pays les moins corrompus.
De nombreux pays africains sont retournés à la planification économique centralisée, détournant souvent des ressources au profit des grandes entreprises et au détriment des petites entreprises et des entreprises familiales. La réglementation des affaires reste généralement tyrannique. Un seul pays d'Afrique (Maurice) se classe dans le top 50 en termes de compétitivité économique mondiale.
Par ailleurs, de nombreux pays africains maintiennent des tarifs élevés et d’autres obstacles au commerce, notamment avec d'autres pays africains. Le tarif moyen appliqué par les pays africains est de 11%, comparativement à une moyenne de seulement 2,8% dans les pays de l'OCDE. Bien que cela représente une énorme amélioration par rapport au  taux moyen  de 22,8% que les pays africains pratiquaient dans les années 1980, cela décourage encore le commerce régional. En conséquence, le commerce entre les pays africains ne représentait que 11% du total des échanges de la région en 2010.
Il est vrai que ces politiques économiques défaillantes ne se traduisent pas dans les statistiques à court terme de la croissance économique. Mais c'est parce que de nombreux pays africains sont partis d’un niveau faible de développement que même une légère amélioration peut paraître importante. Par exemple, la République démocratique du Congo souffre de beaucoup de problèmes embarrassants et une liberté économique limitée, mais il y avait toujours une croissance du PIB réel supérieure à 5% en 2013. Pendant ce temps, l'île Maurice, qui a progressé beaucoup plus loin en termes de libéralisation de son économie, a connu une croissance de seulement 2,6%. L’idée, est que les pays moins développés, comme la RDC, ont généralement des taux de croissance plus élevés que ceux des pays développés. À titre d'illustration, de nombreux pays d'Afrique ont systématiquement des taux plus élevés de croissance économique que les Etats-Unis et le Canada, mais personne ne pourra affirmer que leurs citoyens sont plus prospères.
Sur le long terme, si les pays africains espèrent atteindre le type de croissance durable qui mènera à la paix et à la prospérité, ils devront s'appuyer sur les progrès qu'ils ont faits. Ce n’est qu’en limitant la taille de l’Etat, instaurant les marchés libres et les droits individuels, luttant contre le clientélisme et la corruption, qu’ils peuvent espérer prendre leur place parmi les nations les plus prospères et pacifiques du monde.
 
* Analyste au Cato Institute
Article publié 
en collaboration avec Libre Afrique

Par Michael Tanner *
Mardi 26 Août 2014

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