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Pour Allah, la Chine et Marx, le "mix théologique" des jeunes imams de Chine




Tous les matins en se rendant à l'Institut d'études islamiques, Wang Yue se voit rappeler qu'il peut aimer à la fois l'Etat chinois et Allah, même si le pays doit passer en premier. Gravé dans le marbre blanc en lettres d'or à l'entrée de l'institut, le slogan "Aimer le pays, aimer la religion" se retrouve dans tout le campus.
Un slogan qui cache un paradoxe de taille dans un pays dirigé par le Parti communiste chinois (PCC), parti unique et officiellement athée. Mais les étudiants de l'institut de Yinchuan (nord), l'un des plus importants de Chine, ne voient guère de contradictions entre les enseignements de Marx et ceux de Mahomet.
"Aimer son pays, c'est aussi être un homme bon et un bon musulman", dit Wang, en quatrième et dernière année d'études islamiques. "Marxisme et religion ne sont pas contradictoires, et comprendre les religions et les théories des autres peut aider à mieux comprendre sa propre foi", assure-t-il, rapporte l’AFP.
La Constitution chinoise prévoit la liberté de culte tout en imposant de sévères limites à ce principe puisqu'elle ne reconnaît que cinq religions dont la pratique est en outre strictement encadrée.
Le président Xi Jinping l'a rappelé en avril lors d'une conférence gouvernementale: les religions en Chine doivent suivre la direction du Parti communiste.
"Nous devons guider et éduquer les milieux religieux et leurs fidèles avec les valeurs fondamentales du socialisme", a-t-il alors déclaré, selon l'agence officielle Chine nouvelle. "Il faut résolument combattre les infiltrations étrangères utilisant des moyens religieux et empêcher les déviations idéologiques par des extrémistes", a ajouté le président.
L'islam chinois est pratiqué principalement par les Hui, des Chinois ethniquement classés à part mais bien intégrés et très proches de la majorité Han, et par les Ouïghours, la minorité turcophone du Xinjiang, culturellement voisins de l'Asie centrale.
Sunnites comme les Hui, les Ouïghours sont dans le collimateur des autorités en raison des violences survenues ces dernières années au Xinjiang, attribuées par Pékin à l'"extrémisme religieux", au "séparatisme" et au "terrorisme" d'inspiration jihadiste.
 L'islam existe en Chine depuis plus d'un millier d'années, arrivé avec les commerçants arabes par la mer et par la route de la Soie, et le pays compte aujourd'hui huit Instituts d'études islamiques administrés par l'Etat.
Dans celui de Yinchuan, Wang Yue et ses camarades récitent en chœur durant leur cours d'arabe les "valeurs fondamentales du socialisme" et du "patriotisme" devant un tableau noir orné de la faucille et du marteau.
Ces étudiants sont "conscients" du paradoxe, mais les Hui s'en accommodent facilement, après avoir été "soumis tellement longtemps à la propagande politique, particulièrement la génération des années 1960 et 70", explique Timothy Grose, professeur d'études chinoises de l'Institut de Technologie de Terre Haute (Indiana, USA).
"Traditionnellement, les musulmans Hui ont occupé une pléiade de positions militaires et gouvernementales", relève-t-il, et "les Hui ont pu bénéficier du développement national". "C'est plus facile d'aimer un gouvernement qui vous aide à devenir riche".
La prospérité apparente de Yinchuan, capitale du Ningxia, en est la preuve, avec ses avenues flambant neuves, ses pancartes trilingues (chinois, arabe et anglais) et sa foire commerciale annuelle Chine-Moyen-Orient.
Malgré les signes de réussite, l'éducation islamique à la mode chinoise ne fait pourtant pas l'unanimité dans la communauté musulmane. "L'enseignement des Instituts islamiques, ce n'est pas l'islam, ce n'est pas de la religion, c'est de la propagande officielle", explique un imam rencontré dans une mosquée de la ville, en refusant de donner son nom complet.
"Les officiels savent qu'ils feront des imams qui enseignent ce qu'on leur a raconté", assure-t-il, avant d'ajouter: "On n'a pas besoin du gouvernement pour nous parler de religion".
Les écoles religieuses dépendantes des mosquées donnent de leur côté des cours d'islam sans référence au marxisme et au patriotisme. Mais leurs diplômés devront passer un test officiel avant d'être autorisés à prêcher.
A l'Institut, bâti dans les années 1980 et largement financé par la Banque du développement islamique d'Arabie Saoudite, les étudiants se disent satisfaits de leur sort. Hai Jun, en troisième année, estime que la situation des musulmans de Chine s'est nettement améliorée depuis l'époque de son grand-père qui a vécu des temps "très difficiles".
"Sa génération ne pouvait pas faire le hadj, nous on le peut", résume-t-il en évoquant le pèlerinage à La Mecque, un des cinq piliers de l'islam.

Libé
Mardi 7 Juin 2016

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