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Pollution de l’air et cancer font bon ménage à Casablanca

Les niveaux dépassent de 2,5 fois les standards internationaux




Pollution de l’air et cancer font bon ménage à Casablanca
«La pollution de l’air qui nous entoure est cancérigène». Tel est la conclusion de l’étude du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiée récemment. Les experts de la CIRC estiment qu’il existe des preuves suffisantes pour dire que l’exposition à la pollution de l’air extérieur provoque le cancer du poumon.
En 2010, 223.000 décès par cancer du poumon recensés dans le monde résultaient de la pollution de l’air. Et les principales sources sont les transports, la production stationnaire d’électricité comme les stations hydrauliques ou batteries, ou encore les émissions industrielles et agricoles.
Des chiffres qui font froid dans le dos notamment au niveau de Casablanca, la ville la plus polluée du Royaume. « On est fortement concernés par cette étude puisque la concentration des particules fines est plus élevée à Casablanca qu’à Paris ou à Washington», a souligné Mohamed Benjelloun, expert en environnement. Même constat de la part du Pr. Saïd Karrouk, climatologue. Il estime que les conclusions de l’étude en question peuvent s’appliquer à toutes les régions de la planète même si les niveaux d’exposition peuvent varier selon les lieux.
En effet, la métropole détient le triste record national qui  atteint parfois les 100 μg/m3 alors que la norme européenne accepte 40 μg/m3 au maximum. Elle dépasse ainsi de 2,5 fois les standards internationaux. Et pour cause, son parc automobile et ses activités industrielles ne cessent de croître.
En effet, en 2012, la capitale économique a accueilli 59.731 nouvelles voitures, contre 50.972 un an plus tôt, soit une augmentation de 17,2%. Pour l’année en cours, 65.000 nouvelles immatriculations ont été recensées. 80% de ces véhicules fonctionnent au diesel classé en juin 2012 dans la catégorie «cancérigène certain». Au total, 1.800 tonnes de gaz d’échappement sont émises dans l’air chaque année à Casablanca, avec des effets pathogènes très graves.
Mais il n’y a pas que les moyens du transport comme facteur à risque, le secteur industriel fait également partie du lot. En effet, 50% des unités industrielles qu’abrite la métropole sont extrêmement polluantes. Le total des émissions de poussières industrielles s’élève à 2.483 tonnes/an au niveau de la métropole.
Une situation qui en dit long sur l’échec des actions d’ordre législatif, et réglementaire, institutionnel et également technique, entreprises depuis plusieurs années par les pouvoirs publics visant la lutte contre la pollution de l’air. C’est le cas par exemple du réseau de surveillance de la qualité de l’air qui compte sept stations à Casablanca et Mohammedia. Pour Mohamed Benjelloun, la mise en place de ces unités de mesure a été effectuée sans études préalables de leur emplacement et de leur efficacité. Notre source va plus loin. Elle s’est même interrogée sur la validité scientifique des mesures effectuées par ce réseau.
De son côté, le Pr. Karrouk s’est posé des questions sur la finalité même de ces données puisque la situation de la pollution de l’air demeure la même dans la ville.   
Des critiques soulignées également au niveau des textes législatifs permettant une meilleure qualité de l’air. Pour le Pr. Karrouk, si l’arsenal juridique existe bel et bien, son opérationnalisation demeure partielle. «Il y a plusieurs contraintes et problèmes qui empêchent une application saine de ce corpus juridique», nous a-t-il expliqué.  Même évaluation de la part de Mohamed Benjelloun estimant que les dispositions de la loi en matière de lutte contre la pollution atmosphérique notamment le décret n° 2-09-631 fixant les valeurs limites des émissions polluantes dans l’air émanant de sources de pollution fixes et les modalités de contrôle de ces émissions sont restées lettre morte. « Prenez  l’exemple des incinérations  des déchets qui se fait en plein jour et devant tout le monde sans respect des normes», nous a-t-il précisé.
Un état des lieux lourd de conséquences puisque selon des chiffres de l’Association SOS tuberculose de 2007, 20% des Casablancais sont atteints de cancer du poumon et des allergies de l’appareil respiratoire. De même, 16% des  résidents de la métropole sont asthmatiques et  52,7% sont atteints de rhinites allergiques.
Des chiffres qui confirment les conclusions de l‘étude Casa-Airpol, élaborée en 2000 et qui a permis de mettre en évidence, des relations statistiquement significatives entre le niveau de pollution atmosphérique mesuré par les teneurs en particules fines de type “fumées noires” et, la mortalité, les crises d’asthme et les infections respiratoires chez les enfants.
La campagne de mesure des particules fines en suspension de type fumées noires, a mis en évidence des teneurs de 50% supérieures à celles mesurées à Paris pour le même type de station, même si les teneurs mesurées restent, en moyenne annuelle, inférieures aux valeurs-guides préconisées par l’OMS.

Hassan Bentaleb
Mercredi 23 Octobre 2013

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