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Polémique stérile autour des salles de cinéma




Polémique stérile autour des salles de cinéma
L'ouverture de la troisième édition du Festival international des films de femme a été marquée de prime abord par le lieu même qui a abrité la cérémonie. Outre l'engouement populaire qui a accompagné l'arrivée des invités, vedettes de l'écran, professionnels, officiels… c'était la magnifique salle Hollywood qui a été la véritable star de la soirée. Salé aime le cinéma, elle a une grande tradition de cinéphilie. Des décideurs de la ville, séduits par la dynamique qui caractérise le cinéma marocain actuel, ont décidé de raviver cette passion et ont lancé l'idée d'un festival de cinéma entièrement dédié aux femmes. Le coup d'essai fut une réussite. Même si Salé manque cruellement d'infrastructure de base essentielle pour organiser une manifestation cinématographique de surcroit de dimension internationale…la deuxième édition est venue confirmer aussi bien les points forts (le concept original, inédit dans la région, l'accueil plus que favorable du public mais aussi des décideurs…) mais les lacunes aussi étaient davantage mises à nu…Le Festival a dû s'organiser en plein air…à quelques centaines de mètres de la capitale du pays…on ne trouve pas un lieu correct pour réussir une projection de cinéma. Il a fallu alors prendre une décision radicale : surseoir à la troisième édition en attendant de résoudre la question cruciale d'un lieu pour accueillir la compétition officielle. Grâce à la conjugaison des efforts des pouvoirs publics, des élus et de la société civile…une issue heureuse a été trouvée. La salle Hollywood a été rénovée selon un schéma qui respecte les minima professionnels. Le Festival du cinéma des femmes de Salé est sorti enfin de sa période SDF : il a désormais une adresse. Une belle salle située en plein quartier populaire (c'est l'origine même du cinéma  qui est associée aux masses populaires) et pas très loin de la nouvelle ligne du métro reliant les deux rives du Bouregreg.  Ce qui est de bon augure pour l'échange et le mouvement des publics…
Car la nouvelle salle Hollywood n'est pas un acquis spécifiquement slaoui, ce sont tous les cinéphiles de l'agglomération qui en profiteront…Comme c'est également un acquis pour le cinéma et les arts du spectacle.  Mais comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, la cérémonie d'ouverture du Festival de Salé a été pratiquement dédiée à la problématique des salles de cinéma au Maroc. Dans son discours de bienvenue, le nouveau maire de la ville de Salé s'est engagé en des termes on ne peut plus clairs à trouver la formule adéquate pour aider à récupérer la Salle Malaki, lieu historique de la cinéphilie de la Médina de Salé.
Il a assuré que la quatrième édition aura un autre lieu de projection au cœur de la ville. Le directeur général du CCM a interpellé publiquement le nouveau ministre de la Culture à agir via la direction du patrimoine et des monuments historiques relevant de son département   pour sauvegarder  certaines salles «historiques»  des grandes villes marocaines…
Ce qui s'est passé à Salé, ce lundi 28 septembre, est la meilleure réponse à la polémique stérile engagée par certains autour de la question de la sauvegarde des salles de cinéma au Maroc.  Depuis quelques mois en effet, on constate une certaine inflation d'un  discours nihiliste qui tente de réduire toute la problématique du cinéma au Maroc à la question de la fermeture des salles de cinéma. Partant d'un constat évident, on élabore des théories qui viennent en fait conforter des postures pour des égos en mal de reconnaissance. On fausse ainsi le débat, en créant volontairement une fausse querelle autour notamment du projet en étude de lancement des multiplexes. On a cherché ainsi à créer une contradiction entre les éléments d'une démarche d'ensemble au bénéfice d'une polémique non seulement stérile mais inutile. Les salles de cinéma au Maroc ont besoin d'actions concrètes, ici et là en innovant dans les propositions et les projets…Ce qui s'est passé à Tanger autour du projet de la cinémathèque, ou à  Martil où le conseil municipal de la ville a acquis le fonds de commerce de l'unique salle de la ville pour en faire un lieu culturel  au service du ciné-club de la ville, et de l'ensemble du mouvement associatif, les travaux actuellement en cours pour la transformation de la salle Colisée à Rabat, l'initiative de M. Belkadi qui vient d'acquérir la mythique salle Rif de Casablanca condamnée un peu vite par ceux qui détestent le cinéma au Maroc, la récupération de la salle Alcazar de la médina de Tanger, grâce à une initiative conjointe entre le conseil de la ville, la Wilaya et le CCM, les projets ambitieux lancés par l'Association de Zagora…Le projet du sauvetage de la salle Eden à Marrakech…Bref, partout au Maroc, dans la sérénité, des initiatives sont en train de mûrir pour redonner à notre cinéma des lieux propices et adéquats pour accueillir des films. Car, faut-il le rappeler, si la question des salles se pose aujourd'hui avec acuité, c'est parce que la production marocaine existe. Beaucoup de salles de cinéma ont fermé, il y a quelques années, dans un silence absolu ; aujourd'hui,  c'est l'existence des films marocains et des films qui marchent bien qui a braqué les projecteurs sur le destin des salles. Il est, cependant, utile à ce sujet de préciser qu'une salle rénovée n'est pas la garantie du retour du public. Structurellement, le comportement du public a changé. Il faut varier l'offre filmique et extra-cinématographique pour attirer d'autres couches sociales vers le lieu du cinéma.
C'est l'expérience internationale des multiplexes qui le prouve. Le Maroc n'y échappera pas. Encore faut-il présenter cette stratégique dans sa vraie nature : défendre l'hypothèse des multiplexes est une variante d'une politique d'ensemble qui va de la récupération des salles relevant du patrimoine à l'encouragement de salles de proximité type art et essai en passant par le projet de complexes (trois à quatre écrans) au multiplexes moyens (huit écrans). C'est une vision globale, systémique, ouverte…mais qui dépend de trois facteurs : l'implication du secteur privé, le volontarisme des autorités publiques et surtout de la promotion d'un nouveau comportement du public. Ceci peut arriver grâce à la dynamique des festivals de cinéma ; si aujourd'hui la salle Hollywood rénovée existe, c'est grâce au festival de Salé. C'est une dialectique qui peut très bien fonctionner ailleurs : à Agadir, Sidi Kacem, Dakhla… la réussite des festivals favorise l'émergence d'une nouvelle prise de conscience quant à la nécessité de trouver des solutions originales à la question de la salle de cinéma.


Mohammed Bakrim
Jeudi 1 Octobre 2009

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