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Point de vue sur le concept des courants 2/2




Point de vue sur le concept des courants 2/2
 Les réseautages comme
horizon pour dépasser
les courants


Il appert que les primaires nécessitent inévitablement le dépassement des courants, car les candidats se constituent en réseaux qui, par leur nature, transcendent les courants (transcourants) ouverts sur le net, implantés dans les provinces et régions et ayant des ramifications en dehors du parti.
Lors du congrès du Parti socialiste français (PSF) en octobre 2012 à Toulouse, tout le monde est devenu « hollandiste », car le parti ne fonctionnait plus selon la logique des chapelles présidentielles après que la confrontation entre Fabius et Jospin a transformé les courants des années 70 et 80 en « écuries présidentielles ».
L’accès au pouvoir, la présidentialisation du parti, le poids des barons et l’instauration des primaires pour désigner le candidat du parti à l’élection présidentielle ont mis fin aux courants, et il ne reste plus que les sensibilités et le réseautage. Car l’élection de François Hollande a créé un «vide présidentiel» que les luttes internes remplissaient auparavant pour promouvoir la campagne de tel ou tel candidat à la présidentielle, alors qu’aujourd’hui il ne reste que des groupes qui se constituent non pas selon le principe de l’engagement idéologique, mais selon l’engagement personnel. Ce fut la fin de Fabius, de Strauss Kahn, d’Aubry et de Rocard. Et les experts du parti prédisent la fin de Hollande et d’Ayrault dans 10 ans, car le parti ne fonctionne plus selon la logique des courants mais selon la logique des réseaux.

Les courants dans les études contemporaines

Les études contemporaines dans le domaine de la sociologie des organisations considèrent que le courant dans un parti politique peut avoir tous les attributs d’une institution. Il peut avoir une organisation propre, et remplir une mission essentielle, à savoir celle visant à élargir son influence au sein du parti et à assurer la mainmise sur ses instances. Et il peut également élaborer un discours spécifique qui l’écarte de l’orientation générale du parti.
Il s’agit, donc, d’une structure intégrée dans une autre plus étendue. C’est pour cela que le courant se trouve devant un vrai dilemme, car en pareil cas, il se pare de deux identités : sa propre identité en tant que courant et l’identité du parti auquel il appartient, d’où la tension et la dichotomie que peuvent vivre les militants du courant : celle de leur appartenance en même temps au courant et au parti.
Les études effectuées dans le domaine de l’analyse institutionnelle ont dévoilé la dynamique du phénomène des courants et qui passe par trois interrogations : comment un courant naît-il au sein d’un parti ? Comment se développe-t-il ? Et comment meurt-il ?
Telles sont les trois questions essentielles qui se posent pour approcher la problématique des courants au sein des partis politiques.
1 : La naissance des courants
Principalement, le courant naît suite à des dissensions qui secouent le parti face à un grand événement comme par exemple la participation de la Grande-Bretagne sous la direction du leader travailliste Tony Blair à la guerre d’Irak. Ce qui a entraîné la refondation de l’aile Gauche hostile à la guerre au sein de ce parti, ou l’opposition du socialiste français Laurent Fabius au projet de la Constitution européenne en contradiction avec la position de son parti. Le courant peut naître également dans des contextes idéologiques qui nécessitent plus de clarifications des visions et la polarisation des positions.
2 : La vie du courant en tant qu’organisation au sein d’un parti, et comme institution particulière intégrée dans une autre plus générale.
A ce niveau-là, se pose la question du rôle que peuvent jouer les courants dans la dynamique des partis politiques. Car la présence de plusieurs blocs au sein du parti (les courants et les instances) engendre des tensions dynamiques qui peuvent ne pas toujours être dans l’intérêt du parti, du fait qu’elles peuvent apaiser les luttes, enrichir le débat et renouveler les visions. Par contre, elles peuvent jouer un rôle  négatif en introduisant  dans le débat des thèmes de peu d’importance pour les bases du parti, ou en provoquant des luttes autour d’enjeux subjectifs, ou en mobilisant les énergies en vue de réaliser les intérêts propres du courant, ou en s’appuyant sur un soutien politique et médiatique extérieur pour se positionner en force par rapport aux instances du parti.
3- La fin du courant soit par la scission ou sa dilution ou par sa dissolution.
Le paradoxe, c’est que presque tous les courants des partis politiques disparaissent quand ils atteignent le plus haut degré de l’institutionnalisation. L’histoire de quelques partis européens ou d’Amérique latine foisonne d’exemples de courants qui sont mort-nés. Dans l’histoire de l’USFP également, il y a eu deux expériences qui vont dans le même sens. Il s’agit, en l’occurrence, du courant « Fidélité à la démocratie » et « Les camarades des martyrs », sans oublier la pléthore des courants au sein du Parti socialiste unifié (PSU) qui ressemble plutôt à un syndrome de multiplicité qu’à un principe de pluralisme.
Les études comparées sur les courants se sont principalement focalisées sur la problématique de la double identité du courant (identité d’appartenance au courant  et identité d’appartenance au parti). Elles ont mis en relief la difficulté de concilier ces deux identités dans la plupart des cas. Ces études se sont focalisées également sur la problématique relative à la dynamique du courant et sa contribution à la dynamique du parti. Et il appert que cette dynamique n’a pas nécessairement un impact positif sur le développement du parti et l’amélioration de son action politique.
Quant à la double identité, la dualité de la double allégeance au parti et au courant en même temps sème la confusion dans la pratique et pose le problème de sa limite organisationnelle, ce qui impacte négativement la marche démocratique des partis qui adoptent ce système. Notamment lorsqu’un principe démocratique décisif,  en l’occurrence celui du respect de la volonté générale exprimée de manière démocratique, est bafoué. Le courant peut dans le meilleur des cas se soumettre à la politique fixée par le parti, mais il continue d’exprimer ses positions qui n’ont pas été adoptées par celui-ci, et il mobilise les militants autour de ces positions pour les imposer à l’appareil du parti, ce qui situe le courant à la fois dans et en dehors du parti, avec la politique du parti et contre elle.
L’on peut, ici, se poser la question de savoir si ce modèle d’identité contradictoire ne reflète pas un modèle enfoui (dans le subconscient) des organisations politiques non-démocratiques et staliniennes qui refusent les identités incontrôlées, et qui mobilisent les militants dans le cadre d’un système vertical fermé qui ne leur permet de nouer aucune relation horizontale en dehors de la pyramide du pouvoir totalitaire des instances dirigeantes.
Les courants constituent, donc, un vrai danger, car ils divisent le parti en blocs et zaouïas qui reproduisent au sein du parti un pendant des luttes électorales exogènes.  Et si l’on applique la logique des courants jusqu’au bout, on se retrouvera devant un parti formel qui n’est en fin de compte qu’un ramassis de courants qui cohabitent ensemble.

Courant d’opinion
et structure organisationnelle


Les courants au sein des partis socialistes occidentaux sont des courants d’opinion plutôt que des structures organisationnelles permanentes. Ils constituent une forme procédurale conjoncturelle qui permet l’émergence des idées et des opinions dans les contextes de préparation des congrès de ces partis.
L’article 4 du statut du Parti socialiste ouvrier espagnol stipule que «les courants d’opinion ne se constituent qu’au niveau fédéral (national). Le courant d’opinion regroupe tous les adhérents qui partagent les mêmes valeurs politiques dans le cadre du respect des dispositions organisationnelles, le programme du parti ainsi que les décisions de ses instances dirigeantes, et qui pratiquent leurs activités à l’intérieur du parti.
° La commission fédérale autorise la constitution de nouveaux courants sur proposition de la commission fédérale exécutive. Cette proposition doit comporter la signature de 5 % des adhérents qui représentent au moins 5 fédérations régionales.
° Les courants d’opinion doivent informer les instances dirigeantes des domaines de leurs activités, de leurs documents et de leurs actions pour que le parti en soit au courant ».
Quant au Parti socialiste français, ses statuts et ses règlements internes précisent que «le congrès se tient une fois tous les trois ans pour approuver sa politique, élire ses dirigeants et ses instances à tous les niveaux. Le congrès commence par une phase initiale qui se caractérise par la discussion sans vote des contributions générales relatives à la politique du parti et les contributions thématiques se rapportant à des sujets précis proposés par les membres du conseil national. Après quoi, ledit conseil tient sa session pour en débattre et parvenir à une plate-forme unique. Et s’il n’y parvient pas, il soumet les motions à votation des militants, et à ce moment-là les courants se constituent à partir de ces différentes motions qui sont soumises à votation à bulletin secret. Lors du congrès, les instances dirigeantes du parti seront élues selon le mode de scrutin proportionnel et selon les résultats obtenus par chaque motion. Partant, une plate-forme synthétique qui peut être générale ou partielle peut être élaborée. Et en cas d’impossibilité de parvenir à une seule plate-forme synthétique générale, la ligne politique du parti sera définie à partir de la plate-forme qui a recueilli la majorité.

Conclusion

L’on peut déduire de toutes ces dispositions que les courants se constituent au sein du parti pour organiser le débat et faire naître des idées et des orientations. Ils sont, par conséquent, un mécanisme de production des idées et d’élaboration de la politique lors de l’étape cruciale qu’est le congrès. Ils ne sont donc pas des forteresses érigées pour contrer les opposants. Pour cette raison, les statuts des partis politiques n’évoquent pas les courants hors de ce contexte, et ne parlent pas d’un droit absolu à s’organiser en courants, mais ils font implicitement mention de la possibilité de disparition du courant une fois que sa plate-forme est intégrée dans celle d’un autre courant.
Il y a donc une forte interdépendance entre le courant et la plate-forme. Car les courants sont comme des canaux pour faire naître des idées sui generis ou les communiquer et ne sont pas des positions de lutte destinées à épuiser l’adversaire. Ils ne sont pas non plus des blocs humains pour la lutte organisationnelle et la notoriété politique.
Quant à la thèse qui prétend que les courants sont des mécanismes institutionnels de gestion des différences, elle part d’une approche erronée du concept de différence au sein de l’institution partisane. Car la différence qui mérite l’attention est la différence fondamentale qui apparaît au cours de la préparation du congrès, et qui concerne des thèses intellectuelles et politiques se rapportant soit :
° A l’orientation idéologique du parti.
° A sa stratégie politique.
° Ou à son modèle organisationnel.
La constitution des courants ne peut se fonder sur l’existence d’une différence permanente dans les tempéraments et les obsessions, ni sur un différend provoqué avec préméditation. En outre, évoquer la constitution d’un courant comme étant un mécanisme permettant de garantir la bonne gestion de la différence devient futile tant que la gestion de la différence dans un parti démocratique suppose qu’elle est garantie par les dispositions des statuts du parti. Celui qui estime que ces statuts ont été bafoués peut intenter un recours auprès des instances concernées.
L’on ne peut, donc, approuver à l’unanimité les orientations idéologiques, politiques et organisationnelles du parti durant son congrès national, et s’accorder sur toutes les questions stratégiques tels l’unité territoriale, le système politique, l’action gouvernementale, le rôle de l’opposition, le choix économique, l’Union européenne, le Maghreb arabe, les droits de l’Homme, l’amazighité et la question religieuse, et se constituer en courant politique quelques semaines après l’avoir fait.
Et le plus important c’est que l’origine de la constitution d’un courant réside dans la thèse autour de laquelle se mobilisent les membres de ce courant. Ce dernier devient, donc, un produit de cette thèse et un prolongement humain de convictions intellectuelles.
Et l’on ne peut concevoir un groupe quelconque qui ne soit lié que par un sentiment de frustration et de colère, annonce la création d’un courant, et après quoi il cherche à rédiger une plate-forme comme si l’enjeu majeur était de gérer un cas humain et non de mettre en valeur une thèse intellectuelle.

Par Mohamed Benabdelkader
Mardi 4 Juin 2013

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