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Plus de 27 millions de personnes dans le monde sont concernés : L’esclavage, un fléau du passé toujours d’actualité




Plus de 27 millions de personnes dans le monde sont concernés : L’esclavage, un fléau du passé toujours d’actualité
En Mauritanie, les participants aux
Etats généraux de la démocratie organisés début janvier 2009 ont appelé, notamment,
à l’éradication des séquelles de
l’esclavage. Fléau
du passé, l’esclavage reste en effet
d’actualité dans nombre de pays
à travers le monde.
La crise économique pourrait aggraver la situation sur ce front.
En Mauritanie, pays épinglé par un récent rapport de l’Unesco sur l’esclavage moderne, les participants aux Etats généraux de la démocratie organisés début janvier 2009, cinq mois après le coup d’Etat d’août 2008, ont mis l’accent sur certaines valeurs majeures comme la place de l’Islam dans la société, la démocratie ou l’unité nationale. Ils ont aussi appelé à l’éradication des séquelles de l’esclavage à travers, notamment, l’application effective de la loi criminalisant cette pratique.
Selon l’Unesco, les personnes réduites à une situation d’esclavage en Mauritanie, où « la supériorité politique et économique des Maures blancs est essentiellement basée sur l’assujettissement de leurs compatriotes noirs », seraient au moins au nombre de 100 000. Pour Biram Dah Abeid, un des responsables de l’Association mauritanienne SOS Esclave et conseiller à la Commission nationale des droits de l’homme en Mauritanie, la situation est très critique malgré l’interdiction de l’esclavage : une minorité ethnique et de classe, les Arabo-berbères, détiennent les leviers de commande politique, économique, militaire du pays au détriment de citoyens classés de seconde zone, c’est-à-dire les ethnies noires, et des sujets de dernière zone que sont les Harratins (esclaves et anciens esclaves).
De même, les forces soudanaises et leurs milices alliées sont accusées par des associations caritatives d’avoir enlevé et contraint à l’esclavage, y compris sexuel, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants au Darfour, région en guerre civile de l’Ouest du Soudan.
Le Darfur Consortium, qui regroupe une cinquantaine d’organisations basées en Afrique ou se consacrant à ce continent, affirme détenir pour la première fois des preuves que des hommes et des garçons ont été enlevés et forcés à travailler dans les champs, lors d’attaques lancées dans cette région en conflit depuis 2003. Mais la plupart des personnes enlevées sont des femmes et des filles, victimes de viols et contraintes au mariage. Elles sont même utilisées comme esclaves sexuelles ou comme domestiques par des soldats à Khartoum.
De son côté, le secrétaire général des Nations unies, le Coréen Ban ki-Moon, a lancé un pavé dans la mare en affirmant en décembre 2008 que si « le commerce des esclaves a été aboli officiellement il y a deux cents ans, cette violation flagrante des droits de l’homme persiste, alimentée par un manque de respect pour la dignité des êtres humains, une négation de leur humanité et par la pauvreté ». Il a précisé que les formes traditionnelles d’esclavage existent encore et que de nouvelles formes contemporaines d’esclavage sont apparues, telles que la vente d’enfants, l’asservissement via l’endettement et le trafic des êtres humains.
Il a aussi estimé que « la crise économique mondiale pourrait exacerber cette situation déjà alarmante. Les gens pauvres pourraient sombrer davantage dans la pauvreté, les rendant plus vulnérables aux pratiques assimilées à de l’esclavage » et a appelé les gouvernements, les organisations de la société civile, le monde des affaires et les individus à s’unir pour protéger les victimes et mettre fin à toutes les formes d’esclavage et d’exploitation.
« L’esclavage est un crime contre l’humanité », a déclaré pour sa part la Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, la Sud-Africaine Navi Pillay. Elle a applaudi le courage d’une ancienne esclave du Niger qui a poursuivi récemment son gouvernement pour n’avoir pas réussi à faire respecter ses lois anti-esclavage. Navi Pillay a aussi salué la décision du bras judiciaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui a statué contre le gouvernement du Niger accusé d’avoir échoué à protéger cette ancienne esclave.
Le rapporteur spécial de l’Onu sur les formes modernes d’esclavage, Gulnara Shahinian, avait estimé fin novembre 2008 à « plus de 27 millions d’hommes, de femmes, de garçons et de filles » le nombre de personnes vivant aujourd’hui dans le monde en situation d’esclavage. Selon le rapport de l’Unesco réalisé par l’institut britannique Wilberforce et intitulé Unfinished Business (Affaire non classée), la plupart de ces 27 millions viennent du sous-continent indien, où entre 15 et 20 millions d’esclaves seraient maintenus dans un travail forcé en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et au Népal.
Le rapport cite plusieurs exemples comme celui de l’Inde où, « en plus de la question clé de la complicité officielle, de nombreuses études ont aussi relié le travail forcé aux problèmes plus larges de la discrimination des castes et de la pauvreté endémique ». A Singapour, 160.000 employés de maison immigrés, majoritairement des femmes originaires des Philippines, d’Indonésie et du Sri Lanka, endurent « des abus psychologiques et physiques, traitements dégradants, punitions arbitraires et restrictions de déplacement », relève le rapport.
Enfin, le texte cite l’exemple de la Grande-Bretagne, où « des dizaines de milliers d’immigrants subissent une grave exploitation ». « Au moins 10 000 femmes et entre 3 000 et 4 000 enfants ont fait l’objet d’un trafic en Grande-Bretagne ces dix dernières années pour leur exploitation sexuelle et des milliers d’autres immigrants ont été contraints au travail forcé notamment dans la construction, la restauration, et les emplois à domicile, malgré les efforts des autorités britanniques. »
Cette étude de 139 pages définit une série de stratégies destinées à répondre aux problèmes contemporains de l’esclavage, articulée autour de quatre axes : l’éducation, l’information et la prise de conscience, la nécessité de poursuivre la réforme légale et de l’appliquer efficacement, la libération, la réhabilitation et la restitution.
Selon des chiffres plus restrictifs de l’Organisation internationale du travail (OIT), 12,3 millions de personnes se trouvent dans des conditions de travail forcé de par le monde, dont 2,4 millions victimes d’un trafic d’êtres humains et 2,5 millions exploités par un Etat ou un groupe rebelle armé. D’autres chiffres de l’OIT estiment à 8,4 millions le nombre d’enfants soumis aux pires formes d’exploitation (travail forcé, enfants soldats, prostitution et pornographie infantile notamment), sur un total de 211 millions d’enfants qui travaillent dans le monde.

Marie Joannidis (MFI)
Jeudi 12 Février 2009

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