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Plaidoyer pour la défense du bénévolat et de l’action civique médicale




Plaidoyer pour la défense du bénévolat et de l’action civique médicale
Si «cogito ergo sum», penser c’est exister, parler c’est être, et puis donner, c’est avoir une âme! Et je dirais : ‘’Je donne, donc je suis!’’. L’amicale des médecins de Kénitra et Gharb avait été pensée par ses fondateurs pour être un instrument de travail culturel et d’enseignement post-universitaire de proximité. L’idée de départ était de ne pas couper ce cordon ombilical, qui permettait aux lauréats du doctorat de devenir des médecins, sans quitter leur berceau du CHU-Avicenne qui nous est resté très cher, malgré ses détracteurs qui veulent «tuer cet hôpital» et terroriser ses utilisateurs  potentiels : nos grands malades dont il est l’ultime recours !  Notre Avicenne est le domaine de professeurs tels que Berbich, Tounsi, Maouni, Alami, de bien d’autres illustres nationaux et célèbres missionnaires.  Ces stars, qui avaient donné avec amour et sans partage, une bonne formation et laissé une profonde empreinte sur leurs étudiants. Une anecdote : maître Alami Taya qui fut l’un des membres du jury de ma thèse, s’est tourné vers le jeune docteur qui sortait de son stage et lui dit en ces termes : «Et maintenant, qu’est-ce que tu vas faire?».  Ingénu, comme j’étais devenu grâce à la Corporation des étudiants en médecine, (affiliée à l’UNEM, du temps de Oualaâlou), et malgré ma timidité organique, je lui répondis : «Je vais aller me recycler!». J’avais, parallèlement à la rédaction de ma thèse, fondé une famille et il me fallait vite assumer cet autre ouvrage. 

Anecdotes
En m’installant comme interne, à l’Hôpital El Idrissi, j’étais comme chez moi. Plaisir prolongé, puisque succédant à la fournée de mon frère Azzeddine, je suis resté deux ans, «buvant et mangeant de la ration des malades» comme nous le disait l’économe de l’hôpital ! Blessures pour le pain et le lait dénigré, malgré le profit qu’on tirait de nous. Certains de mes confrères n’étaient pas du reste, ils en voulaient à ma chambre.
L’hôpital de la forêt, Canterac du nom de l’un de ses premiers chefs, a fini par devenir Idrisside. Grâce à l’atmosphère cordiale du Dr. Cherkaoui, à la pratique de l’artiste-chirurgien Opréa Mircea, au savoir du Dr Si Mohamed Benjelloun, que nous avions la chance de sentir près de nous, nous prenions confiance en notre pratique de médecins. Et, l’on venait de bien des endroits et des secteurs pour suivre ces «Conférences du mercredi» que j’avais instituées avec mes collègues. Elles se sont multipliées dans cette atmosphère de travail et de sympathie. On garda un bon rythme à ces  activités et un bon souvenir de l’action de cet autre interne activiste culturel, le Dr Mohammed Daniel, que la Cour et le Parlement des enfants allaient nous ravir.  Pour ma part, après mon service civique au village de Tahala des Béni Ouaraïnes, et ma participation à la Marche Verte, je me suis  installé dans le libéral. Mais, quelque chose me manquait à mon retour à Kénitra. J’ai pensé, comme d’autres, à une formule pour réanimer cette atmosphère de cordialité et de bénévolat qui devait concerner tous les secteurs de santé. Lesquels, hélas, devenaient contradictoires et antinomiques. Comment faire retrouver la confiance entre les pairs des différents secteurs de santé, pour le plus grand bénéfice des malades? Avant que l’Ordre ne s’en charge, nous allions les réunir, et de façon futurible. Ainsi, une circulaire émanant de ma part, allait fonder une Amicale vouée à tous les  médecins du Gharb, pour le plus grand profit des patients. L’AMK était née. Ne dites pas que nous avions fondé la Koutla ou le RNI, avant terme.
Un million d’habitants à l’époque, une charge immense, un bien commun dont émanent nos amis les malades. Ils consultent les spécialistes, leurs médecins de quartier, leurs médecins de famille. Ils zappent librement, une farandole dans la douleur, un tournis, dans une frénésie volage. Mal servis, chaloupant d’un secteur à un autre, ils s’en vont raconter leurs déboires, à qui veut bien les écouter. Parfois, de tristes choses, à notre honte bue. Leur parcours du combattant ressemble à un chemin de croix, avec beaucoup de difficultés et autant de perte de la valeur et de dignité des médecins que  nous sommes. Il fallait réagir et notre union était une formule d’autocritique collective.

L’AMK entre citoyenneté 
et civisme 

22 ans se sont écoulés entre le rêve initial, la pensée des fondateurs et l’AMK actuelle (Nous sommes en 2003). XIIème Congrès depuis. Cette fondation est une réalité nationale, grâce au travail bénévole de ses différents bureaux. Cette association est un peu notre famille. Elle continue à appeler les professeurs de Casa et de Rabat, les médecins de la région, en vue de consolider leur amitié et de réveiller leurs connaissances. Celle des hommes, des camarades et des confrères de la Corporation. La connaissance et le savoir changent, s’hypertrophient et s’étendent, devenant une gageure inaccessible pour une vie humaine. Les rencontres scientifiques permettent aussi des retrouvailles, comme la quête de nouveaux amis et la rencontre entre collaborateurs. Les nouveaux praticiens se font connaître et entrent dans la communauté pour faire un travail de groupe. Vous parliez de réseaux protéiformes… 
Depuis, bien des médecins au Maroc se sont mobilisés dans la société civile, contaminés par le «civisme universel» ambiant, les fondations démontrent leur souci humanitaire et se développent dans de belles envolées de bénévolat. Ils se sont éveillés, à la solidarité, au don de soi et se sont engagés, en plus de leur travail taciturne, au service de leur patrie communautaire. Le médecin aristocrate est devenu citoyen. Il innove et encadre ses concitoyens, apportant un plus pour un mieux, introduisant des apports techniques et contribuant, de par ses propres progrès, au bénéfice de tous. Ici et là, il devient conseiller, député, journaliste. Le métier de médecin mène à tout et faute d’aller au ministère, on reste au magistère.  Les décideurs, les parlementaires, les notables de la ville, se sont interpellés, ici et là, par des questions ayant de grands rapports avec la santé. De plus en plus, un travail civique, sur le terrain, un engagement supplémentaire, permet aux médecins de sortir de leurs pénates et d’aligner d’autres ordonnances. A certains plus que d’autres, pour mieux servir leur pays. On sent une juste fierté dans ce qu’ils apportent à leurs cités.

Le trophée d’un 
bon médecin 

Voilà que le Trophée qui porte le nom de Salim Sabri est institué. Un souvenir de ce coopérant, qui est venu du Nil au Sebou, du pays des Pharaons pour donner le sourire de Dieu Râ au Gharb. Homme  de culture et de foi, 26 ans de labeur, la jeunesse de toute une vie, au service des petits mioches de notre région. Bien des enfants, guéris dans son service, sont devenus, entre autres cadres, des médecins et des hommes, maintenant. 
En attribuant ce premier Trophée à l’un de ses stagiaires, en primant le Dr. Idrissi Ahmed, moi-même, l’Amicale des médecins de Kénitra crée encore l’événement. Une idée généreuse de l’équipe du Dr Aziz Aqira. Encore une fois, Kénitra innove. Cette superbe expression, rejoint dans son versant, admiration et reconnaissance, la formule antérieure du Dr. Ahmed Benmakhlouf. Qu’il en soit salué, notre premier président de l’AMK et actuel vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins.
Reconnaître et récompenser les médecins de la cité, un hommage des pairs de son vivant, est un plaisir immense pour le récipiendaire. Une pleine lune, une extase qui emplit de joie l’humble omnipraticien. Percevoir leur engagement de son vivant est une dette, une charge supplémentaire pour le bénéficiaire.

Une valeur immatérielle  
Si la symbolique permet de redorer le blason du médecin, ce trop perçu «d’honoraires», immatériels et fraternels, est difficile à rendre. Peut-être, qu’avec ce plus de chaleur, l’image écornée du médecin généraliste contemporain, brillera-t-elle, un peu mieux dans la cité. De pareilles attentions, de la part des pouvoirs publics, permettront aux généralistes, luxés de leurs larges fonctions, de retrouver l’éventail de leurs prestations ! L’attention retrouvée de la communauté poussera le citoyen-médecin à se surpasser, voire à servir d’exemple aux jeunes.  Où sont ces médecins, discrets, qui sont partis, pour regagner des métropoles qui n’étaient plus les leurs ? Je disais dans ma dédicace de thèse à mes maîtres Alaoui, Alami et Ostowar et parlant d’eux «que faute d’être d’un exemple pour mes enfants, je les citerais comme phares!». 
Deal rempli et chose ainsi faite. Je vous demande la tolérance de lire ceci. Au moment où la couverture médicale reste incomplète et parfois incertaine et que les dépenses de santé assurément se multiplient, nous sommes comme hypothéqués entre l’offre et les moyens pour répondre à la demande médicale.  Que faire face aux découvertes, face aux techniques nouvelles, dans un système médical devenu atrocement moderniste et onéreux ? Nous sommes comme perdus dans un hiatus.
 Obsolètes ? Nous vivons un paradoxe aux extrêmes insolents, entre une mentalité médiévale, des moyens inexistants, pour les uns et les abus matérialistes des autres. Le devoir se perd et les obligations sont soudoyées.
 On rançonne, on escroque ou on abandonne. Où sont les exemples de nos maîtres de fac et des anciens médecins étrangers qu’on a trouvés ici ? Oui, nous avons besoin d’un pied à terre, d’un local, pour notre Amicale de FMC ! Apte à nous permettre de nous réunir, de nous rencontrer, de nous surpasser, pour faire notre critique et combler nos lacunes pour le bénéfice de la population. Dès lors, profitons-en pour lancer un S.O.S. Comme du temps festif, où dans son leurre de fiction, Soltane Tolba pouvait faire un acte régalien, j’oserais faire un vœu.

Un appel enthousiaste 
Entouré de mes amis médecins, j’ai l’insigne honneur de demander un sacrifice financier au Trésor public pour le bénéfice de tout le peuple. Ceci, afin de permette un meilleur accès aux soins, un accès plus aisé à toutes les catégories de la société. Il s’agit tout simplement de supprimer les taxes douanières sur les médicaments au moment de leur importation.  Cette taxe grève le prix des médicaments et frappe les seuls malades. En cela elle est inique et pas démocratique pour un sou. Préservant les classes, disons, les souches les plus saines, la taxe opère sur les tranches les plus défavorisées par la santé. Déjà meurtries par les maladies, on les taxe, à outrance.  Détaxons avec autant de vigueur et de profits, ces denrées aussi importantes pour la vie que sont le livre et le pain. Que les secteurs des instruments et des réactifs médicaux soient dispensés de taxes douanières (et de TVA) car elles obèrent le coût des soins.  Les dispositions de loi, actuelles et antipopulaires, grèvent le propre budget du ministère de la Santé. Lequel ministère est l’un des plus gros clients des laboratoires et des fournisseurs. N’est-ce pas Messieurs les décideurs ?  Dès lors, la seule façon d’encourager le malade, la seule façon de le ménager, est encore une fois, de diminuer le prix d’achat de son médicament. Qui dit santé dit vie ! La vie avant l’avis. Avant de voter pour être démocrate, on se doit de se montrer humain.
 
Osons une prière 
œcuménique  

Supprimer la taxe de douane sur les intrants de soins, c’est une politique de proximité et d’égards pour les pauvres.
 Diminuer les prix des médicaments, c’est diminuer le nombre de ceux qui souffrent. Le prolongement de la souffrance est la création d’handicapés nouveaux et multiples.  Donc, en supprimant la taxe d’importation sur les médicaments, on sert la classe pauvre, comme on minimise les dépenses des mutuelles, des assurances et celles de la sécurité sociale. Cet amendement  souverain est un acte patriotique! Il rend la vie et diminue les dols et les souffrances des malades. Il rendra les soins plus supportables pour les malades, surtout les malades graves, les malades chroniques, qu’ils soient diabétiques, coronariens, hypertendus, rhumatisants ou asthmatiques (ou pire).  Dès lors, que dire des malades neurologiques? De ces myasthéniques? Des gens sans muscles et sans nerfs? Qui, souvent, restent sans médicaments. L’AAMM, dont j’ai l’insigne honneur de présider, n’a de cesse d’attirer l’attention des responsables sur le sort de ses myopathes et sur les difficultés que rencontrent leurs médecins.
Toutes les affections diminuent la rentabilité et le travail, en déprimant encore plus la valeur morale et sociale du Marocain. Ces pathologies affectent la dignité de l’homme et terrorisent plus les vieux jours.  
En résumé, cette voix vous interpellera ad vitam.  Il faut arrêter de faire trop payer les malades. Et là, c’est une honte ignoble.

 * Président de l’Association des amis des myathéniques du Maroc

Par le Dr Idrissi Ahmed
Jeudi 29 Janvier 2015

Lu 727 fois


1.Posté par DR IDRISSI MY AHMED le 29/01/2015 01:05
Merci à Libération de son travail civique social, culturel et politique, qui encadre , accompagne et éveille , les citoyens et ses lecteurs, Cet encadrement du peuple pour l'accès à ses droits et ses libertés modernes démocratiques les plus avancés.

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