Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Petit à petit, les Allemands délaissent pièces et billets chéris


Selon la Bundesbank, 53% du montant des achats privés est payé en espèces



"Pas de carte de crédit". Nombre de touristes voulant régler leur bière ou leurs emplettes auront cet été encore droit à cette réponse, dans une Allemagne très attachée à l'argent liquide, où toutefois les habitudes changent doucement. 
Petites ou grandes enseignes, restaurants, bars ou distributeurs de tickets de métro, les réfractaires à la carte de crédit sont nombreux, au grand désarroi des étrangers de passage. Les Allemands eux, prévoyants, se déplacent en moyenne avec 103 euros dans leur porte-monnaie. 
"Jusqu'ici les paiements par carte étaient pour les commerçants le moyen de paiement le plus coûteux. Un paiement en liquide ne coûte quasiment rien", explique à l'AFP Ulrich Binnebössel de la fédération du commerce de détail HDE.
Selon la Bundesbank, 53% du montant des achats privés est payé en espèces en Allemagne. En nombre de transactions, le pourcentage atteint 79%, et ce même si quasiment tous ont une carte de débit, bien plus répandue que celle de crédit.
Un tiers des personnes interrogées paie exclusivement en liquide, une proportion qui grimpe chez les retraités. Reinhard, la soixantaine, a toujours de l'argent sur lui et sait exactement combien.
"Dans un magasin, je considère comme une perte de temps de payer autrement qu'en liquide", raconte-t-il, sans souhaiter donner son nom. Craintes d'une erreur de facturation, décelable seulement après coup, de piratage ou de diffusion de ses données nourrissent sa méfiance à l'égard des cartes de paiement.
"Les consommateurs en Allemagne montrent peu d'envie d'expérimenter", a récemment rappelé Carl-Ludwig Thiele, du directoire de la Bundesbank. Toutefois "des changements dans la façon de payer apparaissent, à petits pas."
Signe d'une révolution en marche dans un pays très méfiant des crédits, où l'hyperinflation des années 1920 ayant aidé l'arrivée au pouvoir des nazis reste présente dans l'imaginaire collectif, les discounters Lidl et Aldi acceptent Visa et Mastercard depuis début juillet. Fin mai, les enseignes d'électronique et électroménager Media Markt et Saturn avaient aussi autorisé ces cartes, et dès l'automne, il sera possible de payer sans contact, par simple apposition de sa carte ou de son mobile contre une borne de lecture. 
"Il n'est plus pertinent de parler aujourd'hui de l'Allemagne comme d'un pays de payeurs cash. Les Allemands ont peut-être juste besoin d'un peu plus longtemps que les autres pour être convaincus des avantages des nouveaux systèmes de paiement", considère Horst Rüter, de l'institut de recherche EHI, à Cologne (ouest).
L'arrivée dans les rangs des consommateurs de générations nées avec Internet stimule cette prise de distance avec l'argent liquide. 20% des 14-29 ans paient déjà via leur smartphone, selon un sondage de la fédération de la high-tech Bitkom.
Mais rassurer sur la sécurité des modes de paiement est nécessaire, tout comme de limiter les coûts, car "la bonne volonté des consommateurs à payer pour les services de paiement est extrêmement basse", souligne M. Thiele.
Le plafonnement des coûts de transaction par carte bancaire, récemment décidé à Bruxelles, devrait accentuer l'acceptation des cartes chez les commerçants, anticipe M. Binnebössel.
"La tendance vers moins de liquide va se poursuivre, mais ce sera plutôt un processus continu et lent qu'une élimination au forceps", prévoit M. Rüter. Le cash devrait passer sous les 50% des paiements seulement "à moyen terme", anticipe la Bundesbank.
De là à imaginer un pays sans pièce ni billet, il y a un grand pas. Néanmoins franchi par Peter Bofinger, de l'université de Wurtzbourg (sud), l'un des "Sages" conseillant le gouvernement allemand. "Avec les possibilités techniques actuelles, pièces et billets sont un anachronisme", a-t-il certifié au magazine Der Spiegel. L'économiste fait valoir un gain de temps et un assèchement des trafics divers.
Pour ses détracteurs, l'argent liquide est une forme de liberté. 74% des Allemands refuseraient que les commerçants n'acceptent plus les espèces, selon un sondage de l'institut YouGov.
"Mélange de spécificité culturelle, de besoins précis et d'un bon sens sain", "chaque pays a sa propre manière de payer", rappelle M. Rüter. L'Allemagne a elle tiré un trait depuis 15 ans sur les chèques, jugés obsolètes.

Libé
Samedi 1 Août 2015

Lu 367 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs