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Pénurie d’eau au Cameroun : une crise de monopole ?




Pénurie d’eau au Cameroun : une crise de monopole ?
L’entrée du secteur privé dans le processus de  gestion de l’eau des centres urbains et périurbains camerounais avait laissé espérer l’ouverture d’une nouvelle ère dans l’offre et la gestion de l’eau potable, notamment un service de meilleure qualité accessible à tous. Malheureusement, force est de constater que la situation n’est guère reluisante. Les coupures d’eau dans les centres urbains et périurbains sont récurrentes  et la qualité de l’eau fournie aux ménages est douteuse. L’explication généralement avancée est le tarissement  des sources d’approvisionnement en eau couplé à  l’augmentation de la demande dont le corollaire est  la saturation de la capacité de production en eau potable.  Pareilles justifications peuvent-elles réellement expliquer à elles seules cette « crise de l’eau » ?
La situation actuelle  que vivent les populations des centres urbains du Cameroun trouve ses origines dans l’échec de la gestion publique du secteur de l’eau. Jusqu’en 2008, le secteur de l’eau était exclusivement géré par la puissance publique à travers la société nationale des eaux du Cameroun (SNEC) dont l’une des caractéristiques était : l’imprécision de ses droits et obligations. Si formellement cette dernière bénéficiait d’une concession impliquant non seulement la prise en charge des frais d’exploitation, d’entretien  mais également des frais d’investissements (infrastructures de production et de distribution d’eau), dans les faits,  les deux dernières charges étaient supportées par la puissance publique. De fait, la SNEC ne disposait d’aucune capacité de renouvellement des infrastructures de production de l’eau potable. Même la capacité de cette dernière de financer les équipements d’exploitation était réduite dans la mesure où la puissance publique était « un mauvais payeur ». Ni les ressources stables de cette entreprise que devait assurer l’Etat, ni les impayés de la puissance publique ne sont versés régulièrement. Alors qu’en 1989 les impayés de l’Etat s’élèvent à près de 12100 millions;  en 1993, les impayés de l’Etat et des communes s’élevaient à près de 36.000 millions de FCFA. La précarité financière de la SNEC découlant de cette situation, combinée à une gestion interne approximative, lourdement assujettie à la variable politique,  ne pouvait  que conduire à la défaillance de cette dernière.
Pour parer à ces insuffisances, la privatisation de ce secteur va être envisagée comme une solution. Si tout le monde s’accorde à dire que celle-ci est effective depuis 2008 avec la présence du fermier qu’est la Camerounaise des eaux (à qui la puissance publique a confié la distribution de l’eau potable dans les centres urbains et périurbains), remarquons tout de suite qu’on est juste passé d’un monopole public « brumeux » à un  monopole privé qui ne saurait véritablement rapporter les bénéfices espérés des secteurs concurrentiels. Tout comme l’était la SNEC, La camerounaise des eaux occupe une position monopolistique. Dans cette configuration, certes avec des objectifs de rentabilité, elle n’a pas les mêmes incitations d’amélioration du service que ceux qu’on pourrait voir dans des secteurs concurrentiels. Plus encore, sa situation de fermier fait en sorte qu’elle n’assume que très peu de risques et n’a pas une véritable d’emprise sur la qualité  du service. De fait, c’est la société publique de patrimoine CAMWATER  en charge « d’acquérir, de construire, de réaliser ou de faire réaliser tous les ouvrages, installations et autres travaux, nécessaires à la production et à la distribution d’eau potable sur l’étendue du territoire concédé », qui est la véritable clé de voûte du secteur de l’eau au Cameroun. C’est elle qui doit mettre à disposition les infrastructures nécessaires pour la production, le transport la distribution de l’eau potable par le fermier qu’est la Camerounaise des eaux. En outre, la CDE à qui, il est demandé d’exploiter le service selon les règles de l’art et dans les conditions qui assurent à la fois la rentabilité optimale des matériels mis à sa disposition, ne dispose pas de liberté en matière de prix. Autant mieux dire que dans cette situation, établir les responsabilités des uns et des autres en cas de défaillance, même en ayant recours aux divers contrats liants l’Etat, la CAMWATER et la CDE,  n’est  pas toujours chose évidente.
Par ailleurs, les préalables institutionnels pour réussir la privatisation n’étaient pas réunis. D’abord, le flou juridique et réglementaire, l’absence ou la faiblesse d’application des lois en raison de la corruption et de la bureaucratie, ont rendu difficile l’élimination des pratiques de monopole. Ensuite, L’absence de flexibilité des prix a créé une incertitude sur les droits d’usufruit sur les biens et services produits par les entreprises privées. Dès lors, il était illusoire d’espérer le développement d’un secteur privé car les entrants potentiels n’auraient pas été suffisamment incités. Enfin, En l’absence de règles, sanctionnant les pratiques anticoncurrentielles (ententes, barrières à l’entrée, etc.), les privatisations s’apparentaient à la transformation d’un monopole public en monopole privé.
Dans ces conditions les populations sont quasi obligées  de se plier aux dictats du triangle monopolistique : Etat, Camwater, CDE. Or, si le secteur de l’eau était réellement  ouvert à la concurrence, donc véritablement privatisé, il y a fort à parier qu’elle inciterait davantage à l’amélioration du  service dans la mesure où les entrants potentiels intéressés par le secteur voudront nécessairement  optimiser  leurs parts de marché. Ce qui suppose préalablement investissement  et obligation morale de satisfaire la clientèle. Si cette dernière n’est pas satisfaite,  elle aura la lassitude de mettre en œuvre sa liberté de choix qui reste, disons le : un droit naturel. Ainsi, seul la démonopolisation du secteur de l’eau pourrait véritablement apporter des solutions à long terme à la crise de l’eau au Cameroun.
 
Analyste pour Libre Afrique 
Article publié en collaboration avec 
www.libreafrique.org
 

Par Oumarou Sali Bouba
Mardi 11 Mars 2014

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