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Patti Smith enflamme la scène du Jazzablanca sous un chapiteau perméable




Patti Smith enflamme la scène du Jazzablanca sous un chapiteau  perméable
Elle arrive sur scène, la grande icône du rock, vêtue d'un bonnet, d'une veste noire, et d'un jean délavé. En quelques chansons, elle électrise l'hippodrome. Elle est accompagnée de ses deux acolytes (dont Lenny Kaye avec qui elle collabore depuis les années 70) et ce trio, à l'aide de deux guitares et un piano, réussit à faire danser un public qui a bravé vent et pluie pour se rendre jusqu'à l'hippodrome de Casa-Anfa Sorec. L'auditoire tape des mains, le poing levé et se trémousse sur ces mélodies mondialement connues.
Patti Smith chante, chuchote, danse, déclame... et cela en communion avec la salle qu'elle incite à participer au concert. Elle entonne «People have the power», «Gloria», «Because the night», «Dancing barefoot» et les Casablancais chantent à tue-tête par-dessus la voix grave et chaude de Patti Smith.
Ce mythe de la scène rock resplendit du haut de ses 67 ans avec cette énergie débordante. Femme, artiste et poétesse, elle combine tous ses talents dans son spectacle mélangeant folk-rock et punk new-yorkais. Patti Smith débute sa carrière en lisant ses poèmes, influencés par Rimbaud. Cette jeune fille déjà très rock'n'roll malgré l'éducation religieuse, que sa mère, Témoin de Jéhovah, lui a donnée, se destine à l'écriture. Magnifiée par le photographe Robert Mapplethorpe, Patti Smith allie poésie et rock dans une discographie riche et complète. Elle enregistre son premier 45 tours en 1974, une reprise de « Hey Joe », et ses paroles originales  connaissent vite un grand succès.
Son premier album, «Horses» en 1975 avec son fameux titre «Gloria» écrit par Van Morrison,  sera suivi d'une grande tournée. L'artiste  revient au premier plan en 1978 avec les tubes co-écrits avec Bruce Springsteen «Because the night» et «Dancing barefoot». C'est avec le temps qu'elle décide de se retirer de la scène pour se consacrer à son mariage et à l'éducation de ses deux enfants.
Cependant, la vie paisible de la poétesse rock est interrompue par la mort de son mari, de son frère et de son pianiste. Ces événements ramènent sur scène cette personnalité exceptionnelle aux multiples talents, qui décide alors d'enregistrer deux albums. C'est ainsi que, de fil en aiguille, l'indémodable artiste s’est  retrouvée sur la scène casablancaise le 2 avril 2014, un moment historique.
La pluie battait avec fureur sur le toit du chapiteau. A la fin du concert, la pluie s'est mise à se déverser dans la salle. Ce bruit était sourd et si fort qu'il  terrifiait les spectateurs. Peu importe, la légende du rock continuait à chanter et le spectacle était plus rock que jamais. L'assemblée était debout, continuant à danser et chanter, malgré ces intempéries qui semblaient agiter et enthousiasmer encore plus les Casaouis... jusqu'à ce que, malheur, le micro s'éteigne suite à un problème technique. L'artiste, qui chantait ses dernières chansons, n'a pu continuer son concert et a salué son public en secouant énergiquement ses mains en guise d'au revoir. Le public en était satisfait, et ce langage des signes était le moyen de se séparer, et de rentrer chacun chez soi sous cette averse redoutable. 

Bio-express
 
1946 : Naissance de Patti Smith à Chicago, Illinois.
1967 : Patti Smith part vivre à New York. Rencontre avec le photographe Robert Mapplethorpe. 
1969 : Patti Smith se rend à Paris où elle joue dans la rue pour subvenir à ses besoins
1970 : Pratique la peinture, l’écriture, devient actrice. Coécriture de plusieurs chansons et critique rock. 
1975 : Premier album, «Horses»
1978 : Album «Easter» contenant «Because the Night» coécrit avec Bruce Springsteen. Plus grand succès commercial de sa carrière.
1979 : Album “Wave”
1980-1994 : Mariage avec Fred “Sonic” Smith. Retraite anticipée pour s’occuper de ses deux enfants. 
1994 : Décès de son mari Fred “Sonic” Smith, de son frère Todd et de son pianiste Richard Sohl. 
1996 : Patti Smith revient pleinement sur scène avec l’album « Gone Again»
1997 : Album «Peace and Noise»
2000 : Album «Gung Ho»
2002 : Exposition d’art «Strange Messanger»
2004 : Album «Trampin’»
2007 : Album «Twelve», reçoit des mains du ministre français de la Culture la médaille de commandeur de l’Ordre des arts et des lettres
2010 : Publication de «Just Kids», récit de son amitié avec Robert Mapplethorpe 2011 : Tournée française qui rencontre beaucoup de succès
2012 : Album «Banga»
2013 : Chante un hommage à Edward Snowden
 


Je me sens très connectée avec la musique marocaine

Patti Smith enflamme la scène du Jazzablanca sous un chapiteau  perméable
Entretien
 
 
 
Libé : Votre dernier album "Banga" est sorti en 2012, quelles valeurs vouliez-vous transmettre?
 
Patti Smith : Je voulais aborder la question de la destruction de notre environnement, et expliquer qu'il faut agir contre cela, notamment pour nos enfants. Il y a également une chanson pour Amy Winehouse, car j'étais très triste de sa disparition, pour la grande artiste Romy Schneider, qui était également mon amie, et pour Johnny Depp; «Nine» car son anniversaire a lieu le 9 juin. Cet album est donc un mix de beaucoup de choses. J'ai choisi de finir l'album avec la chanson «After the gold rush», une composition pleine d'espoir pour le futur. Nous devons montrer notre amour pour la nature, pour que celle-ci nous aime en retour. 
 
 Pourquoi revenir sur scène après tant d'années d'absence ?
 
Mon mari est décédé et je vivais à Detroit. J'ai eu deux enfants et nous n'avions pas beaucoup d'argent à cette époque-là. De plus, je ne savais pas conduire, et il était impossible pour moi de tout faire seule. Ainsi, je suis partie à l'Est, à New York. J'avais besoin d'argent pour prendre soin de mes enfants, les envoyer à l'école et la meilleure chose à faire était d'enregistrer à nouveau. Mon mari et moi avions déjà commencé à écrire des chansons pour un disque. C'est pour cela que j'ai demandé à Lenny Kaye et mon ancien batteur de retravailler avec moi. Bob Dylan m'a demandé de faire une tournée avec lui et c'est ainsi que je suis revenue dans le monde de la musique. 
 
 Comment faites-vous pour avoir toujours autant d'énergie ?
 
Une fois un garçon m'a demandé un autographe sur l'album «Horses». Il s'est approché, m'a regardée et m'a dit: «Mais qu'est-ce qui t'est arrivé?». Donc, je lui ai répondu que j'avais vieilli... (rires). Je suis heureuse d'être vivante, beaucoup de mes amis sont décédés... Je pense être une personne positive. Quand j'étais enfant, j'ai été atteinte de pneumonie, de tuberculose et d'hépatite, car je vivais dans une famille très pauvre. Mes parents ont tout fait pour me maintenir en vie, et ainsi je suis heureuse d'être ici. Je ne veux pas gâcher ma vie dans la drogue, l'alcool ou autres dérivatifs. J'essaye de prendre soin de moi et de travailler beaucoup. Mais le plus important est de rester enthousiaste, car cela permet de rester jeune. Il faut être curieux, parce que quand on vieillit, on n'est pas aussi beau qu'avant, des gens meurent autour de vous.. Mais des choses magnifiques arrivent, des aventures de tous les jours. J'ai eu un petit-fils, et je devrais sans cesse être reconnaissante pour cela, surtout dans notre monde déchiré, où tant de choses terribles arrivent. Les informations pourraient rendre n'importe quel individu déprimé, mais il ne faut pas oublier que nous sommes vivants, nous respirons, nous avons de l'imagination, et c'est la meilleure nouvelle qui puisse exister. 
 
Qu'est-ce que le rock'n'roll a changé dans votre vie ? 
 
Je suis née après la Seconde Guerre mondiale, en 1946. J'ai eu une éducation très religieuse, je voulais écrire de la poésie, j'étais très fine, grande, impatiente. Même quand j'étais enfant, et que j'entendais du rock'n'roll, je me disais “Oui, ceci est ma musique!”, puisqu'y était exprimée toute l'énergie que je ne pouvais exprimer moi-même. J'ai grandi et j'ai dû travailler pour subvenir aux besoins de ma famille; mais j'avais cette énergie rebelle que j'exprimais à travers le rock'n'roll, en dansant. Oui, j'aimais danser toute la nuit en écoutant du rock'n'roll! Avec le temps, j'ai compris l'injustice de notre monde, le racisme, la guerre du Vietnam, la destruction de l'environnement et c'était le rock'n'roll qui parlait de cela et qui s'engageait politiquement dans cette nouvelle révolution culturelle. Grâce à ce genre musical, je suis devenue plus concernée par ce qui se passait dans le monde. C'est une expérience qui a changé ma vie. Je n'ai jamais voulu être chanteuse; je voulais juste écrire de la poésie mais à travers le rock'n'roll, j'ai vécu de merveilleuses aventures qui continuent encore aujourd'hui. J'ai 67 ans, je suis toujours sur scène, je rencontre de nouvelles personnes, je suis à Casablanca et je vois la Mosquée Hassan II par la fenêtre de mon hôtel. C'est magnifique! Aujourd'hui, la nouvelle génération redéfinit le rock'n'roll, la manière de l'écouter et ce qu’il transmet.  Ce qui est le plus important, c'est que le rock'n'roll soit un moyen de communication, jamais un moyen de devenir riche ou célèbre.  C'est potentiellement un langage universel pour les jeunes; ce style musical n'appartient pas à l'Amérique, aux hommes d'affaires ou aux émissions télévisées commerciales, mais bien au peuple. 
 
Comment vous sentez-vous sur scène dans un pays musulman ?
 
Je ne pense pas aux pays en termes de religion. J'ai toujours pensé au Maroc comme pays très indépendant.  J'ai étudié la religion islamique et je pense que de toutes les religions, l'acte de prière dans la religion musulmane est une des plus belles choses. Je ne suis pas musulmane, mais j'ai lu des textes, presque tout le Coran, que je respecte. Quand je viens à Casablanca, je ne pense pas venir en territoire musulman, mais plutôt dans une ville peuplée d'êtres humains. Les gens passent leur temps à se demander leur religion :  "Tu es bouddhiste, catholique...?". Cela ne me regarde pas, j'ai ma relation avec Dieu depuis que je suis enfant, et je ne demande pas aux autres le rapport qu'ils peuvent avoir avec leur Dieu. Quand je suis sur scène à Casablanca, je sens qu’il y a une grande ferveur spirituelle, mais aussi un pays indépendant. 
 
Quels sont vos styles musicaux ?
 
J'aime tous les genres de musique. J'adore l'opéra et si je le pouvais, je chanterais du Puccini, mais il se dirait «Oh mon Dieu, non arrête!». Récemment, j'ai écrit une berceuse pour Russel Crowe. Je ne chante pas que du rock'n'roll. J'adore la musique gnawa, qui fait partie du Top 5 de mes musiques préférées. Quand j'écoute cette musique, j'ai envie de danser, je m'y sens connectée car il y a quelque chose dans cette musique qui me donne envie d'écrire de la poésie. Cette musique a un langage. C'est la concentration des musiciens qui transforme ce langage en musique. Quand j’écoute les gnawas, je vois des images, des histoires... Je ressens une forte connexion avec la musique marocaine. Par exemple, j'adore le guembri, cet instrument est un de mes préférés.  

Propos recueillis par D. Pol
Samedi 5 Avril 2014

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