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Pascal Boniface : On ne luttera efficacement contre l'antisémitisme que si on lutte avec la même vigueur contre le racisme anti-arabe




Pascal Boniface : On ne luttera efficacement contre l'antisémitisme que si on lutte avec la même vigueur contre le racisme anti-arabe
Pascal Boniface est directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). 
Il a écrit et dirigé la publication d’une quarantaine d’ouvrages ayant pour thème les relations 
internationales, les questions nucléaires et du désarmement, 
les rapports de force entre les puissances, ou encore la politique étrangère française 
ou l’impact du sport dans les relations internationales et le monde arabe: 
Les intellectuels faussaires, le monde selon Sarkozy, JO politiques. 
Entretien


Libé: Le regard de la France sur le monde arabe et musulman va-t-il changer après les attentats du 7 janvier, événement que le journal Le Monde a qualifié de 11 septembre français ?

Pascal Boniface: Ce titre est très largement exagéré, car on ne peut pas comparer, par leur ampleur et par  leur organisation, le 11 septembre et les attentats qui ont endeuillé la France. Le défi est là, il y a une double inquiétude : l’inquiétude des musulmans français qui ont peur d’être stigmatisés, qui ont peur des amalgames et l’inquiétude de tous les républicains et les démocrates qui ont peur de ces amalgames qui concernent aussi bien  l’extérieur que l’intérieur. En effet,  dans cette ère de mondialisation, la peur de l’amalgame concerne le regard extérieur sur les pays musulmans et arabes  et le regard intérieur sur la population française d’origine arabe et musulmane. Je crois que le président de la République a choisi les bons mots à l’ouverture du colloque sur les renouveaux du monde arabe. Il a évité, comme certains l’ont fait, la guerre des civilisations, voire aussi la guerre contre l’islamisme qui peut donner lieu à plusieurs interprétations. Mais il est juste de dire que c’est  une guerre contre le fanatisme, qui peut être le fait de musulmans mais aussi d’autres catégories de personnes. Je crois que c’étaient des mots justes et  extrêmement pertinents.

Vous menez des études sur le monde arabe. On connaît les préjugés qui circulent déjà en Occident sur cette région. Ce genre d’attentat n’arrange pas cette image.  Y aura-t-il plus de racisme et d’islamophobie en France ? D’autant qu’on parle de 88 attaques contre les mosquées et les musulmans.

Je ne suis pas spécialiste du monde arabe. Je suis généraliste sur les questions internationales. Le risque est là, le risque de savoir si l’émotion va l’emporter sur l’analyse. Est-ce qu’on va se poser les bonnes questions, c’est-à-dire voir que les musulmans sont les premières victimes des fanatiques? Il y a, en effet, plusieurs victimes musulmanes et les causes sont aussi multiples. François Hollande a été pertinent dans son analyse.
 On ne luttera contre l'antisémitisme que si on lutte avec la même vigueur contre le racisme anti-arabe et que la République mette tous ses enfants sur un pied d'égalité, ce qui, pour de multiples raisons, n'a pas été le cas jusqu'ici.
En ayant des mots très forts sur la nécessité de combattre sur le même plan l'antisémitisme et l'islamophobie, François Hollande a montré un chemin, un cap. Il faut combattre avec la même vigueur toutes les formes de racisme.
Certains politiques français ont dit,  après les attentats, que la France devait faire face à un ennemi extérieur et intérieur.

Manuel Valls a parlé de l’ennemi de l’intérieur. Est-ce que ces jeunes Français, qui sont nés en France, qui ont fait leurs études en France et qui pour  certains d’entre eux, sont devenus fanatiques,  sont aujourd’hui ces ennemis de l’intérieur?

Il ne faut pas être dans le déni de la réalité. Tous ceux qui ont commis les attentats sont bien français, il y a cette réalité qui existe. Quant à transférer la culpabilité reconnue de quelques individus sur un ensemble de population, il y a une marche qu’il ne faut pas franchir pour deux raisons : la première parce que c’est injuste, la seconde parce que c’est criminel. Si on fait cela, on va pousser plus de jeunes vers la réagrégation. A stigmatiser sans distinction les gens, on va les pousser à la radicalisation, donc il faut être sévère avec le crime et les causes du crime.

On évoque beaucoup à Paris la crise franco-marocaine. La coopération sécuritaire et judiciaire a cessé entre Rabat et Paris. Comment expliquez-vous cela?

Il y a effectivement une brouille entre les deux pays qui est pénalisante et c’est urgent qu’elle prenne fin.
Il y a eu plusieurs incidents franco-marocains qui ont été mal pris, pris peut-être d’une façon très exagérée par rapport à leur gravité réelle. Il y a, à mon avis, beaucoup plus  d’émotions et de subtilité et sur ce point, il serait temps que la raison l’emporte. 

Propos recueillis par Youssef Lahlali
Jeudi 29 Janvier 2015

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