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Pas d’arbitrage Royal dans la crise de la coalition gouvernementale

Le nécessaire exercice d’émancipation des acteurs politiques




Pas d’arbitrage Royal dans la crise de la coalition gouvernementale
Dans le landerneau politique, l’information se précise. Peu à peu et bout à bout. Il n’y aura pas d’arbitrage Royal dans le différend opposant l’Istiqlal au PJD. Les deux partis sont invités à régler leurs divergences autour d’une table et  à laver leur linge sale dans le cadre de la majorité. Chabat et Benkirane ont été renvoyés dos à dos. Le Souverain a tranché. Pas d’intervention Royale comme le sollicitaient les Istiqlaliens, l’article 42 de la Constitution a été brandi à mauvais escient. Il n’y a pas crise institutionnelle mais crise gouvernementale et c’est aux alliés de la coalition de la gérer et la résoudre.
Depuis lundi, la communication du Palais s’est organisée alors que le microcosme politico-médiatique s’est transformé depuis plusieurs jours déjà en aiguilleurs du ciel, guettant le retour du Roi. En début de cette semaine, les premiers articles apparaissent, rompant un silence assourdissant observé depuis le coup de fil Royal donné le 12 mai dernier au secrétaire général de l’Istiqlal immédiatement après la décision de retrait du parti de la balance du gouvernement, un échange téléphonique rapporté dans un communiqué de l’Istiqlal. Un long mois –probablement le plus long de l’année pour la classe politique- au cours duquel  les deux protagonistes d’un mauvais feuilleton politique attendaient, chacun à sa façon, l’arbitrage du chef de l’Etat.
Alors que Hamid Chabat, le syndicaliste devenu leader, battait la campagne contre l’Exécutif et multipliait les sorties les unes plus incendiaires que les autres sur la thématique de «ce chef du gouvernement qui vous veut du mal», Abdelilah Benkirane, lui, s’installait dans le déni de la crise sur le mode «le gouvernement et le Parlement fonctionnent».
«Cela fait un mois que les Istiqlaliens piaffent d’impatience. Après autant de temps, ils auraient pu comprendre qu’il n’y avait plus rien à attendre, et surtout pas un arbitrage», confie une source au fait des us et coutumes du sérail.
Sauf que personne n’a vu venir le coup de sifflet, sonnant la fin de la récréation. C’est L’Economiste qui le premier annonce qu’il n’y aura pas d’arbitrage Royal, dans un éditorial visiblement documenté et  signé du patron d’Eco-médias, himself.  «Le Roi est au-dessus de la mêlée politique. Il intervient  en arbitre lorsque se pose un problème institutionnel mais il s’est donné pour règle de ne pas intervenir dans les conflits entre acteurs politiques. C’est aux acteurs politiques eux-mêmes d’animer et de gérer la vie publique. Y compris leurs différends», écrit Aboulmounaïm Dilami dans ce qui ressemble à s’y méprendre à l’énoncé d’un verdict.
Les spin doctors de la communication Royale rectifient le (mauvais) tir de l’Istiqlal après l’utilisation abusive ? intempestive? de l’article 42 de la loi suprême et préparent le terrain.

Une communication Royale qui s’organise
Le Roi est légaliste et veille au succès du système de monarchie parlementaire que consacre la nouvelle Constitution. Mardi 11 juin, c’est au tour d’Al Ahdath Al Maghribya de confirmer le non arbitrage du Souverain dans la crise du gouvernement et de la majorité. «Le recours à l’arbitrage Royal est une violation des dispositions de  la Constitution», titre en «Une» le quotidien casablancais.
A l’évidence, le Palais entreprend une communication ciblée, à travers des titres de presse sélectionnés, pour expliquer à l’opinion publique et à la classe politique elle-même que le Roi n’interférera pas dans la crise qui menace la coalition gouvernementale. Parce que, depuis juillet 2011, le système politique a changé et que  les anciennes habitudes et autres feux verts derrière le rideau n’ont plus cours sous l’égide de la nouvelle Constitution.
A travers cette décision de non arbitrage –le Souverain a visiblement pris le temps de la réflexion pour que soit respecté l’esprit de la Constitution-, le chef de l’Etat donne-t-il un coup de pouce à Benkirane en «lâchant» Chabat ? Ou, au contraire, pousse-t-il l’Istiqlal vers la porte de sortie? «Pas du tout. Les deux leaders sont aujourd’hui obligés de se parler pour régler, d’une façon ou d’une autre, leurs problèmes aussi profonds soient-ils» explique cet allié de la majorité. D’ailleurs, selon une information publiée lundi 10 juin par L’Economiste, le Roi va dans les tout prochains jours recevoir en audience le patron de l’Istiqlal.
Reste la question qui est sur toutes les lèvres politiques et médiatiques. Que va-t-il se passer maintenant? En plus du fait que les hommes et les femmes politiques doivent apprendre à «s’émanciper» en se passant désormais de tout signal du Palais, Istiqlal et PJD doivent impérativement trouver solution à leurs divergences dans «la boîte à outils» qu’offre la Constitution. «En fait, il n’y a pas 36 solutions. Soit Benkirane répond favorablement à nos revendications qui sont dans le mémorandum que nous lui avions envoyé il y a plusieurs mois, soit l’Istiqlal prend acte de la décision du conseil national, se retire du gouvernement et prépare 2016 depuis les bancs de l’opposition», fait valoir un cacique du plus vieux parti marocain.
 


Narjis Rerhaye
Mercredi 12 Juin 2013

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