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Pakistan : les contraintes du développement




Le Pakistan en crise a changé en début d’année de gouvernement. Ce dernier résoudra-t-il les problèmes ? Les économistes parlent de manière générale de « contre-performance économique » dès que plusieurs distorsions généralisées du marché sont repérées (peu importe leurs sources), qui empêchent l’utilisation optimale des ressources, en cassant notamment la productivité. Lever ces lourdes contraintes permet d’augmenter le niveau de l’activité, par l’amélioration du rendement privé. Qu'en est-il au Pakistan ? 
Ces deux dernières décennies, la croissance a fortement fluctué dans ce pays : le taux le plus bas étant enregistré en 1997 avec un taux de 1,7% et le taux le plus élevé, en 2005 avec un taux de 8%. Plus récemment, en 2010, le pays a connu une croissance de l’économie de 4,3%. 
Dans les années 80, le pays entra dans un programme avec le FMI comme cela était le cas très souvent avec des pays en développement aux déséquilibres macroéconomiques importants. Le programme se focalisa sur la mobilisation des ressources. Les dépenses furent comprimées, les privatisations ont été appliquées. Bref, les mesures classiques ont été envisagées, ramenant notamment le déficit à des niveaux acceptables. Dans un passé encore très récent, d’autres réformes ont été lancées pour élargir l’assiette fiscale et améliorer l’administration fiscale.
S’il est vrai que ces différentes mesures ont eu un impact positif sur la croissance à court terme, il est également vrai que ces mesures n’avaient guère envisagé le problème en termes de pauvreté ou de croissance soutenable : il faut envisager d’autres séries de réformes sur mesure qui touchent aux distorsions les plus importantes de l’économie pakistanaise, afin de stimuler davantage la croissance. Une étude récente s’est penchée sur cette problématique. En voici la substance.
Le manque d’épargne est parfois accusé d’être la cause fondamentale de la faiblesse de la croissance. Généralement, un pays avec peu d’épargne présente des déficits importants de comptes courants avec une dette extérieure élevée. Aussi, on y trouve des taux de rendement et d’intérêt réel bas, ce qui ne semble guère le cas pour le Pakistan. Tout indique que l’épargne n’y est pas une contrainte à l’économie. 
Le Pakistan a un problème de faible rendement de l’activité économique. Le taux d’intérêt est bas, les fonds transféré par les pakistanais émigrés sont déversés dans l’immobilier... Les réformes doivent aller dans le sens d’élever ce rendement. Pour ce faire, il faut savoir ce qui en est à la base. Deux facteurs généralement : les investissements à rendement social (infrastructures et capital humain) et le droit de propriété. 
Le faible rendement de l’activité n’est pas fortement expliqué par la faiblesse de l’infrastructure ni par celle de l’éducation ou le capital humain. En termes de qualité d’infrastructure, le pays est côté ex aequo avec la Chine, supérieur à l’Inde ou l’Indonésie, d’après Global Competitiveness report 2006-07. Et le taux de rendement de l’éducation semble être bas. Théoriquement, si l’éducation était un problème, son rendement devrait être très élevé. Donc, pour l’instant, le capital humain ne constitue pas non plus une contrainte très importante. 
La seule piste pouvant expliquer le faible rendement de l’investissement privé tiendrait donc à la capacité d’appropriation privée. Cette dernière est fonction des risques tant micro que macro. Au niveau macroéconomique, le pays ne semble pas être instable au point de poser problème à la croissance. En effet, le déficit public hors conjoncture reste à des niveaux relativement acceptables. Le solde du compte courant en moyenne de la décennie passée n’est pas lamentable, si l’on exclut les ravages de la crise. Ce qui permet notamment aux auteurs de l’étude évoquée de ne pas présenter la situation macroéconomique comme une réelle carence à surmonter.
Au niveau microéconomique, l’économie pakistanaise rencontre plusieurs obstacles dont l’absence d’innovation et le manque d’information entre agents économiques. Le faible niveau de l’innovation dans ce pays trouverait son explication dans l’absence de compétitivité ou de concurrence. Le manque de flexibilité du marché est l’une des raisons claires de cette absence de concurrence. Ainsi, se perpétue le cycle où les entreprises cherchent toujours à capturer une rente par du lobbying politique, au lieu de réussir par leur innovation. 
L’industrie textile du pays donne une très bonne illustration. Alors qu’on la renflouait de subventions et autres avantages, celle-ci n’a cessé de perdre les parts du marché : en 1959, 11% du marché d’exportation textile était pakistanais, aujourd’hui ce chiffre est tombé à 2%. Et ce, du fait du manque de diversification, notamment. Les politiques de substitution aux importations et des restrictions quantitatives dans les années 60-70 ont généré des privilégiés qui n’ont rien apporté tant en termes d’innovation qu’en termes de bien-être social. Les politiques bancaires des années 80-90 ont été faites en fonction d’une certaine « élite », qui a tiré profit de prêt sans projet réellement bancable. Quant au manque d’information, il résulte notamment du manque d’institutions qui garantissent les échanges tant au niveau formel qu’informel. L’absence de garantie claire gêne les échanges commerciaux. 
Ces deux contraintes semblent importantes, mais en réalité elles sont le résultat d’une autre contrainte, sans doute, la plus importante de cette économie. Il s’agit des défaillances institutionnelles. La corruption y est très élevée : 143ème sur 178 pays classés, selon Transparency International en 2010. Selon l’indice de compétitivité, le pays se classe en 123-me position sur 139 pays classés en 2010. Le droit de propriété n’est pas respecté : Selon Heritage Foundation, en 2010, le pays ne mérite qu’un score de 30 sur 100. La justice reste fortement dépendante et ne protège pas les prêteurs contre les insolvables, etc. 
Les prochaines mesures à mettre en place pour stimuler davantage l’économie devront s’attaquer au manque d’Etat de droit, au manque d’institutions fiables et à l’inexistence de la concurrence. Sans améliorer ces aspects, la soutenabilité et la vigueur de la croissance restent compromises. 
 
 * Economiste congolais 
Article publié en collaboration avec www.unmondelibre.org
 

Par Oasis Kodila Tedika
Mercredi 31 Août 2011

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