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Ouverture du procès d'une filière jihadiste en France

Une cellule qualifiée de la plus dangereuse démantelée en Hexagone depuis les attaques du GIA algérien en 1995




Attentat contre une épicerie casher en 2012, projets d'attaques et départs en Syrie: vingt jeunes suspectés d'appartenir à une filière jihadiste sont jugés depuis jeudi en France, où un nouvel attentat a été déjoué à quelques jours de l'élection présidentielle.
Trois ans avant les attentats de Paris, cette cellule composée de jeunes hommes originaires de Torcy (en région parisienne) et de Cannes (sud-est) avait été décrite par les services antiterroristes comme la plus dangereuse démantelée en France depuis les attaques du GIA (Groupe islamique armé) algérien en 1995.
Une filière qui annonçait les mutations du terrorisme français vers le crime de masse au nom d'un jihad inspiré voire téléguidé de l'étranger, à l'origine de la série d'attaques qui a endeuillé le pays (238 morts) depuis janvier 2015.
"Ce procès a une forte dimension pédagogique parce que les attentats qui sont survenus en 2015 étaient déjà écrits. On va comprendre les modes opératoires, les obsessions", a déclaré à la presse Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d'attentats, qui s'est portée partie civile.
Agés de 23 à 33 ans, les accusés sont poursuivis devant une Cour d'assises spéciale, chargée de juger les crimes terroristes et uniquement composée de magistrats professionnels: dix sont en détention provisoire, sept sont libres sous contrôle judiciaire et trois sont visés par un mandat d'arrêt - un en fuite et deux soupçonnées d'être en Syrie.
Dans le box, certains sourient, heureux de revoir leurs copains. D'autres sont concentrés, les traits tirés.
La plupart d'entre eux encourent entre trente ans de réclusion et la perpétuité.
Pour Joseph Breham, avocat d'un des accusés, "ce n'est pas du tout un réseau, c'est une bande de potes, une bande de vieilles connaissances dont certains ont déconné".
Ils sont amis d'enfance ou ont fréquenté les mêmes mosquées, fédérés autour de Jérémie Louis-Sidney, un délinquant aussi charismatique que "fanatique" selon ses proches, qui sera abattu lors de son interpellation. Leurs moteurs: l'antisémitisme et une radicalisation souvent rapide, favorisée par un séjour dans le sud "entre frères" durant l'été 2012.
Cinquante-trois jours d'audience sont prévus, jusqu'au 7 juillet, pour comprendre la genèse et le fonctionnement de ce groupe, dont certains membres, fascinés par les attaques perpétrées en mars 2012 par le jihadiste toulousain Mohamed Merah, se préparaient à des actions ciblées en France mais aussi au jihad en Syrie.
Le seul fait d'armes abouti du groupe a été nourri par la "haine des juifs" que, selon ses proches, Louis-Sidney avait chevillée au corps: le 19 septembre 2012, deux hommes, capuches sur la tête, entrent dans une épicerie casher à Sarcelles, en région parisienne et jettent une grenade. L'engin roule sous un chariot métallique, ne blessant miraculeusement qu'un client.
Grâce à une empreinte retrouvée sur la cuillère de la grenade, l'enquête mène rapidement à Jérémie Bailly, un petit délinquant converti à l'islamisme radical décrit par les enquêteurs comme "le fidèle lieutenant" de Louis-Sidney.
Un arsenal et tout le nécessaire pour fabriquer un engin explosif sont retrouvés à Torcy, dans un box au nom de Bailly. Ce dernier reconnaîtra devant le juge que cela devait servir à "fabriquer une bombe" pour "la poser chez des militaires ou des sionistes" mais il nie avoir participé à l'attentat de Sarcelles.
Le 6 octobre 2012, un premier coup de filet permet d'arrêter une vingtaine de membres présumés du groupe simultanément à Torcy, dans l'agglomération cannoise et à Strasbourg (est) où Jérémie Louis-Sidney, en visite chez sa compagne, est tué en résistant aux policiers.
Certains "Cannois" du groupe, dont le Tunisien Maher Oujani, sont arrêtés en juin 2013 alors qu'ils envisagent une attaque imminente contre une caserne, tandis que d'autres de retour de Syrie en 2014, comme Ibrahim Boudina, sont soupçonnés d'avoir voulu commettre un attentat de masse sur la Côte d'Azur.

Vendredi 21 Avril 2017

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