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Oualidia a permis à l'écrivain de surmonter l'angoisse d'une époque embrouillée : Le Maroc romanesque de John Knittel




John Knittel est célèbre comme romancier. Il débute dans le roman par (The travel of Aaron West) et acquiert la notoriété par son roman (Arietta) écrit en 1956 pendant ses longs séjours à Oualidia (Maroc). Tous ses romans débordent de vie, de fougue et d'idées, mais aussi, trop souvent de sensualité et d'érotisme. Tous les critiques reconnaissent à ses œuvres une valeur littéraire de premier ordre. Ce romancier fort doué avait publié (Capitaine West) puis (The  torch), (A traveller in the Night), (Nile  gold), (Midnight), (El Hakim), (Cyprus Wine)...Ces ouvrages sont dans le même ton et offrent le même mérite littéraire.
A son arrivée au Maroc, John Knittel se concentre sur un objectif essentiel: écrire et publer son roman (Arietta) à Oualidia. C'est cette petite ville qui lui permet de surmonter l'angoisse d'une époque embrouillée. Mais le Maroc, c'était son unique refuge, sa forêt vierge, il l'adore de tout son cœur. Ce grand pays lui permet de vivre la bohême, d'éprouver un vrai plaisir à être avec un peuple d'une autre culture. Auprès de ce peuple, il se sent à l'aise malgré la différence de culture «Au Maro, des personnes chérissent l'art ».
Pour la génération d'écrivains à laquelle il appartient, John Knittel avait passé au Maroc une grande partie des années 50. Il apprit plus, sur la vie des Marocains. Au cours d'un séjour à Casablanca, il constatait qu'à cette ville, il est plus facile qu'à Londres de s'entendre avec des gens, il les a trouvé très courtois et très ouverts: « Mais, je m'entends avec eux, ils sont de mon espèce ».
Avec (Arietta) qui se déroule au Maroc, John Knittel écrit un roman sur  «  une jeune fille allemande mariée à Hector, un capitaliste assoiffé de puissance et d'argent. Cette jeune fille est blessée par la brutalité de son mari, elle s'enfuit dans un village de pécheurs où elle fait la connaissance d'un Anglais qui lui promet de réaliser ses rêves.»  (Arietta) est  aussi une histoire d'amour entre John Knittel et le Maroc. Cet amour se manifeste sous des formes différentes: amitié, gaieté,  affection, hospitalité. Il se sentit vraiment à l'aise dans ce pays qui réalisa pleinement son rêve littéraire.
Un jour, Paul Bowles disait à Tennessee Williams qu'il ne voit qu'un lieu de séjour pour un écrivain qui aime la paix et la sérénité : le Maroc. Cette lexie est revenue à l'esprit de John Knittel qui la retrouve représentée par le Maroc. Il a avoué qu'il est content d'avoir écrit (Arietta) dans ce merveilleux pays. Il est fort probable que John Knittel eut à sentir la quiétude, surtout durant son séjour à Oualidia. Les efforts qu'il déployait pour écrire son roman n'avaient d'autre but que de décrire le charme du Maroc : « Arietta suivait des yeux la ligne régulière doucement brillante, séparant à l'horizon de bleu intense de l'Atlantique  de l'azur plus clair du ciel. De temps en temps, il y avait dans les falaises une brèche ouverte en forme de V, à travers laquelle Arietta pouvait apercevoir de verts pâturages et des lieues de sable rouge doré, avec des vagues aux crêtes blanches se déroulant sur les baies en vastes demi-cercles».
(Arietta), ce roman est plein de faits, d'idées. Il est, il faut bien l'avouer, bien parfait, on peut le lire sans se lasser. Il est l'œuvre d'un romancier qui sait offrir une peinture à la fois fine et profonde de la société coloniale où évolue  Arietta. Dans ce roman, John Knittel se complait à décrire les gens de plaisirs, toujours aimants ou aimés, assoiffés de sentiments imprégnés d'une atmosphère où les sensations préparent aux grandes chutes. Arietta, en apparence si littéraire, est en vérité, une vraie histoire, simplement humaine où l'œuvre et la passion survivent à tout.
John Knittel est assez fasciné par les jours lumineux au Maroc dont il dresse une description chaleureuse. Il y a dans son roman "Arietta" des expressions que nous aimons: «C'était un vieux châtaignier géant pétrifié du Haut Atlas qui l'avait étreinte. Les pêcheurs des environs l'appelaient " les Andouillers du cerf marin ", Comment il était arrivé là, coincé entre les rochers, sa partie inférieure enterrée sous le sable, nul ne le savait. Une légende racontait qu'il y avait longtemps, longtemps, un puissant torrent l'avait descendu des montagnes, au cours d'un déluge. Cela paraissait presque certain, ça la lagune était évidemment l'estuaire d'un néophyte cours  d'eau ».
Ce qui frappe chez John Knittel, c'est sa capacité  de lier la vie à l'œuvre comme  il l’a toujours  fait. C'est dans cet esprit qu'il entreprend son roman. Arietta, ce n'est point un roman que vient d'écrire John Knittel, c'est aussi une expérience  amusante, une somme de ses multiples aventures. Arietta est un joli écrit, il a pour qualité d'être écrit avec allégresse. Le rythme est vif, on sent que le romancier a appris la narration en aimant la vie marocaine de la belle époque.
John Knittel est allé au Maroc. Il a dépeint les paysages, beaux à ses yeux, qu'il a vus. Mais, il reste attiré par Oualidia. Est-ce le climat qui le séduit ? Ou bien, cette beauté qu'il l'attire fortement par ses charmes, ses qualités? Knittel aime les paysages, la paix, la solitude et le silence. Il aime l'affinité avec la population indigène. Toute sa vie, ce romancier qui possède l'âme des Anglais, a gardé au fond de lui le besoin d'autres rivages, d'une autre culture : « Vous êtes né à l'ombre d'une cathédrale anglaise, je connais votre Angleterre…à travers John Galsworthy, Hugh Walpole et d'autres romanciers que j'ai lus. Moi, je suis née (Arietta) dans un village forestier…dans une vieille maison avec des hauts pignons et de grands andouillers de cerfs suspendus sous le toit. Des chiens, des chèvres, des vaches et des chevaux furent mes compagnons ».
La personne de John Knittel  était singulière et, comme ses ouvrages, marquée d'une singularité exceptionnelle. Du reste, Knittel était bien doué de toute façon. Il avait quelques points communs avec Paul Bowles, sur lesquels il y a un accord unanime, par exemple son élégance, son éloquence et sa franchise. Dans ses romans, il y a de l’amour. Du moins, l'amour est l'idée principale sur laquelle pivote son œuvre. Chez lui, l'amour est le résultat d'une profonde sensibilité déguisée, et comme notre Bowles, qui a hissé son art d'écrire à la hauteur de la grande littérature, John Knittel écrit des romans pensés et imités par lui.
On comprendra que (Arietta) est l'un des romans les plus passionnants qu'on ait écrits. John Knittel  est mort aujourd'hui.  À une page de son roman, il écrit: « Croyez-moi ou non, je me sens heureux. Il me semble être suspendu entre deux sphères,  la vie n'a plus d'importance. Avec les forces qui font rage autour de moi, j'étais arrivé au point où l'on souffre plus. J'étais prêt pour la mort, j'ai cessé de la craindre ».

Par Miloudi Belmir
Mercredi 16 Décembre 2009

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