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Où allons-nous ? Thème d’une conférence de Moulay Ahmed Iraqi à l’ENCG de Marrakech




Où allons-nous ? Thème d’une conférence de Moulay Ahmed Iraqi à l’ENCG de Marrakech
A l’initiative 
d’un groupe de 200 étudiants de l’ENCG Marrakech, le Pr. Moulay Ahmed Iraqi 
a animé le 
18 janvier 2014 
une conférence-débat intitulée : 
«Rétrospective 2013, Où allons-nous ?» Bilan de cette 
problématique 
d’actualité.
 
Pour le conférencier, les faits marquants de 2013 suscitent trois remarques préliminaires. Premièrement, ils s’apparentent toujours aux effets induits par le triomphe de la société de consommation et depuis la chute en 1989 du Mur de Berlin, de la mondialisation culturelle et de globalisation économique. Deuxièmement, leur impact négatif  continue à susciter des solutions dans la logique de leur genèse et donc de leur aggravation. Troisièmement, ils sont entretenus soit par la passivité et l’attentisme de l’opinion publique, soit par la complicité à peine voilée d’une majorité des élites. Et c’est en fonction de ces trois remarques que le Pr. Iraqi a fermement rejeté certaines réponses courantes à la question «Où allons-nous? », comme «Tout va bien », «tout va mal», «Tu n’iras que là où le bon Dieu te conduira», «Celui qui veut gagner, l’année est longue». Car ce sont des réponses rassurantes ou alarmantes, mais surtout inhibitrices des plus vulnérables et en tout cas irrespectueuses de la personne.
En fonction de cette alerte, le conférencier a retenu pour l’année 2013 deux ordres de faits.
Premièrement, le Pr. A. Iraqi a insisté à l’échelon national sur l’hibernation volontaire ou involontaire par le gouvernement de la mise en œuvre de la Constitution 2011. Dans son constat relatif au seul texte produit en 18 mois, le texte des nominations, il a relevé le maintien des pratiques traditionnelles à l’échelon  des postes hautement stratégiques et de la recherche partisane d’occupation relative du terrain par l’Exécutif en place. Dans sa lecture de la crise ayant débouché sur le changement des coalitions, il a observé le retour de la mainmise (nomination de plusieurs ministres «technocrates» et assimilés dans l’actuel gouvernement) d’agents domestiqués par le pouvoir maghzénien.
Les autres faits soulignés sont la consolidation du courant néo-libéral, le sacrifice du service public (marchandisation envisagée des soins et du système éducatif en particulier) en étant la principale expression jusqu’à présent. D’autres mesures comme la remise en cause du système des retraites ou la suppression de ladite Caisse de compensation en plus des concessions faites aux lobbies de la finance confirment l’orientation prise.
Deuxièmement, le conférencier  a passé en revue les événements internationaux de 2013 pour retenir les indices d’une « désaméricanisation » du monde, de la réémergence de la  Russie, de la poursuite de l’ascension de la Chine, de la recherche par l’Europe de nouvelles frontières en Afrique. Le désastre de l’Obama care, la chute de popularité du président des USA,  la poursuite de la précarisation sociale et de la récession économique, l’abandon des frappes contre la Syrie, les interventions au Mali, en Centrafrique de la France en particulier, le retour de l’Iran, le désastre libyen et égyptien, la volte-face des monarchies du Golfe à propos du soutien apporté initialement aux gouvernements islamistes, l’alliance de l’Ukraine avec la Russie ont indiscutablement fait de 2013 une année particulière dans la forme mais totalement inscrite dans la dynamique du quart de siècle précédent. D’autres événements, comme la disparition de Hugo Chavez, de Mandela ou l’attribution du titre de l’homme de l’Année à un Pape argentin méritent certainement d’être retenus.
Mais quelles que soient les nouveautés de 2013, elles ne valent pour le Pr. Iraqi  que comme éclairages de la voie à suivre. C’est d’ailleurs la ligne directive des questions posées par l’assistance qui a admis le principe de responsabilité commune et différenciée pour aussi bien assumer la responsabilité de l’état du lieu que pour agir sur les événements.
Parmi de nombreux soucis exprimés, deux occupent réellement les esprits, l’un portant sur les changements des positions de certaines grandes puissances relatives à notre intégrité territoriale et l’autre sur le devenir du système éducatif dans sa finalité et sa dimension linguistique en particulier.
Concernant le premier souci, le conférencier a mis en exergue les mutations géostratégiques marquées par la tendance à la balkanisation et à la normalisation politique avec la volonté de mainmise des lobbies financiers sur les ressources résiduelles de la planète. A partir de là, il a exprimé sa vision des événements affectant le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord depuis l’annonce en 2001 du «plan James Becker » puis son hibernation face notamment à la résistance irakienne avant sa reprise depuis fin 2010. Le déroulement synchrone en l’espace de quelques semaines des soulèvements populaires de l’océan Atlantique au Golfe  en l’absence de tout encadrement national traditionnel permet clairement de s’interroger sur les véritables instigateurs des « révoltes ». Mais comme le prouvent le cas de la Syrie et la volte-face au moins partielle de la Russie et de la Chine populaire, ce plan passe à nouveau en 2014 par une phase de remise en cause, son actualisation ultérieure ne faisant aucun doute. Car il n‘y a pas d’autre alternative à l’export de la crise pour le capitalisme sauvage dans le contexte de la compétition entre les puissances traditionnelles émergentes. C’est la raison pour laquelle le Maroc ne peut en fait préserver son unité territoriale et son identité que par la production d’une stratégie nationale fondée sur ses atouts.
Concernant le deuxième souci exprimé par l’assistance, le Pr. A. Iraqi a établi par faire le lien entre l’éloge funèbre en 2012 du système éducatif faite par le souverain et la préparation de l’avenir.                                               
A ce propos, il s’est appuyé sur le l’explosion de la dernière bombe financière en 2008, pour retenir la perte de visibilité relative au marché de l’emploi. De là, il a souligné l’importance d’un retour à la formation académique, notamment dans les universités et l’urgence d’une assimilation de la formation complémentaire et continue à un service public. Il a en d’autres termes mis en avant l’acquisition des compétences d’adaptation à des évolutions imprévisibles sur des formations adaptées à des demandes volatiles du marché de l’emploi. 
Quant à la question cruciale de la langue et du savoir, l’intervenant a relevé l’apogée d’un amateurisme camouflant assez souvent des manipulations guidées non pas par la performance mais par l’instrumentalisation partisane des dossiers stratégiques de la nation.
Le Pr. A. Iraqi a toutefois reconnu les difficultés relatives à la langue pour préconiser l’adhésion aux chantiers de rationalisation du champ linguistique ouvert par de nombreuses instances de la société. Mais quoi qu’il en soit, l’issue du système éducatif et de la langue du savoir demeure tributaire d’une révision globale et intégrée de l’existant, les chapitres relevant d’une révision critique ne se rapportant pas aux processus mis en œuvre autant qu’ils se rapportent à leur cadrage institutionnel.
La rétrospective 2013 amène en fait à considérer l’état des lieux comme une simple crise, mais qu’il s’agit d’une véritable confirmation de la transition en vigueur au Maroc et dans le monde. Là où les choix conscients ou inconscients, volontaires ou involontaires nous conduisent, mettent encore une fois en exergue la responsabilité commune et différenciée autant des privilégiés conjoncturels que des défavorisés. La spirale ascendante simultanée des disparités spatiales et sociales d’accès aux services communautaires de base et des déficits globaux de la planète remet en cause en tout cas le fondement en vigueur du développement durable sur une croissance économique, inégale et de plus en plus hypothétique.
Mais parce que nous allons là où nous nous dirigeons, nous avons la possibilité de changer et d’espérer mieux. Dans cette perspective, la notion du projet partagé, équitable socialement et spatialement, réaliste et réalisable, prend la valeur d’un diktat. Et c’est bien la conviction profonde notamment de l’Union socialiste des forces populaires (USFP).
Et dans la mesure où l’engagement d’une évolution allant de la simple réaction aux événements à l’action a été pris, la rencontre organisée par les étudiants de l’ENCG est un succès. Espérons seulement que cela fera tâche d’huile.

Mardi 28 Janvier 2014

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