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Obama et les mémos de la CIA




Obama et les mémos de la CIA
Barack Obama s’est rendu le 20 avril au siège de la CIA, à Langley en Virginie, quelques jours après s’être attiré une vague de critiques en publiant les mémos de l’époque Bush détaillant les méthodes d’interrogatoires contre les suspects de terrorisme. D’un côté il y a ceux qui, à l’image de l’ancien directeur de la Central Intelligence Agency (CIA) sous George Bush, Michael Hayden, affirment que la publication des mémos équivaut à livrer des secrets d’Etat à l’ennemi, et risque donc de compromettre la lutte contre le terrorisme. De l’autre, il y a les organisations de défense des droits de l’homme, qui s’indignent du fait que Barack Obama a promis que les responsables des interrogatoires musclés ne seraient pas poursuivis. « Les Etats-Unis ne torturent pas », répétait George Bush. Le nouveau président américain, lui, a répété que les pratiques de l’époque Bush étaient interdites sous son administration ; que ces documents avaient été rendus publics parce qu’ils concernaient des méthodes révolues et déjà largement rapportées par la presse ; et, enfin, que protéger les agents de la CIA était pour lui une priorité. Voici ce qu’a déclaré Barack Obama aux agents de la CIA : « Ce qui distingue les Etats-Unis, c’est précisément le fait que nous voulons promouvoir nos valeurs et nos idéaux même quand c’est difficile, pas seulement quand c’est facile, même lorsque nous avons peur et que nous sommes menacés, pas seulement lorsque c’est opportun de le faire. C’est ça qui nous rend différents. Donc, oui, votre travail est plus difficile. Le mien aussi, et c’est bien comme ça. Parce que c’est la raison pour laquelle nous pouvons être si extraordinairement fiers d’être Américains. Et à long terme, c’est la raison pour laquelle je pense que nous vaincrons nos ennemis. Parce que nous sommes du bon côté de l’Histoire».Alors, évidemment, chacun de nous est libre de ses opinions. Et heureusement. J’avoue que je n’ai pas lu tous ces « mémos ». Mais j’ai quand même regardé la description minutieuse des 10 différentes techniques d’interrogatoire utilisées contre Abu Zubaydah, un haut responsable présumé d’Al Qaida. Ce qui me frappe, c’est l’accumulation de détails pour expliquer pourquoi, selon les auteurs des mémos, il ne s’agit pas de torture. Privation de sommeil, oui, mais pas au delà de onze jours consécutifs, car l’homme est jeune et en bonne santé... Glaçant. Et au bout de douze jours, ce serait torturer ? J’avais déjà ressenti cette même impression de malaise à Guantanamo, cette minutie dans le détail, cette réglementation systématique et froide. Il paraît que c’est terminé. Certains de mes confrères américains ont eu le temps et la patience de décortiquer les notes internes publiées par l’administration Obama. Le New York Times révèle ainsi que Khalid Sheikh Mohamed, l’un des cerveaux présumés des attentats du 11 septembre, a subi 183 séances de waterboarding, le supplice de la noyade. Abu Zubaydah, pour sa part, haut cadre présumé d’Al Qaida lui aussi, y a eu droit 83 fois. Il y a deux ans, un ex-agent de la CIA avait affirmé à la presse que Zubaydah avait livré tout ses secrets après une seule séance de waterboarding de... 35 secondes. Loin de moi, très loin, l’idée d’avoir la moindre once de sympathie pour Khalid Sheikh Mohamed – j’ai été l’une des rares privilégiées à pouvoir assister à des audiences préliminaires à son procès, en décembre à Guantanamo ; je l’ai vu, de mes yeux, et je l’ai surtout entendu. Sinistre personnage. Mais tout de même. Quelques remarques, tirées de ce séjour à Guantanamo où, en côtoyant les juges et les avocats, j’ai appris beaucoup de choses. A cause de ces méthodes d’interrogatoires de la CIA sous George W. Bush, la justice américaine est face à un problème. Les « aveux » des terroristes présumés sont tainted, souillés, donc irrecevables, parce qu’obtenus sous la torture. Dans bien des cas, la totalité des dossiers d’instruction sera donc à reprendre. Ensuite : les cerveaux sont les cerveaux, certes. Mais beaucoup des détenus de Guantanamo sont, à la suite justement des traitements qui leur ont été infligés, devenus « psychologiquement malades », ce qui veut dire pudiquement que ça les a rendus fous. Difficile, après cela, de faire la part des choses, de ce qu’ils ont fait ou de ce qu’ils n’ont pas fait. Et puis, je vous le dis comme je le pense. Je crois être une personne à peu près normalement constituée. Infligez-moi le waterboarding, le supplice de la noyade, privez-moi de sommeil ou enfermez-moi avec des araignées. J’avouerai tout ce que vous voulez, jusqu’à l’assassinat de John F. Kennedy, si ça peut vous faire plaisir. Et vous serez bien embêtés, après, lorsqu’il s’agira de faire justice.

Donaig Le Du (MFI)
Vendredi 24 Avril 2009

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