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Nouvelles appréciées de la littérature arabe : Une histoire d’amour folle (2)




Nouvelles appréciées de la littérature arabe : Une histoire d’amour folle (2)
L’auteur est né en 1945. Il poursuivit ses études jusqu’à l’obtention d’un diplômes d’études 
supérieur en littérature arabe, préparé au sujet du poète préislamique Taabbata Charrane. Après, il exerça le métier d’enseignant à la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, avant d’être muté à celle d’Aïn Chok. Sa patience pour l’écriture 
commença depuis qu’il comprit qu’écrire est une manière de s’affirmer. Ses premières nouvelles apparurent dans des 
revues et journaux 
nationaux,  au début des années soixante-dix, du siècle précédent. Il  
publia jusqu’à présent trois recueils de 
nouvelles qui sont :
« Revoir les personnes chères» (1984). 
«Ni vu ni connu (1987). «Le chasseur 
d’autruches» (1993). 
Les enfants du Farrej t’entourèrent. Ils te prenaient par l’habit, te couvraient de crachats, riaient… riaient  ...
- Le fou… le fou.
Des hommes tentaient de te saisir pour que tu te calmes, que tu restes debout. L’un parmi eux te donna une claque sur le derrière.
Assez Souailih ! cria-t-il.
Mais tu ne te calmas pas.
Tu courus vers la porte, tu entras et t’assis près de ta mère. Tu étendis tes pieds poussiéreux. Tu sortis la langue et imites les hurlements de ta mère. Tu entasses la poussière sur tes cheveux. Ayant pitié de toi, sa maman fit quelques pas dans ta direction tout en murmurant une prière. Tu levas le visage vers elle et  lui déversas sur la face en riant tout le crachat contenu dans ta bouche ; tandis qu’elle, Aicha, était là, debout devant toi, sans barrière aucune. Elle te regardait, alors que tu étais dans cet état étrange ! Elle souhaitait que ton regard croise le sien. Mai hélas ! Rien de cela n’arriva. Tu tournais la tête dans toutes les directions, tu fixais tous les visages, tous les yeux à l’exception elle, à l’exception ses yeux.  Son cœur n’était plus que douleur  et désolation.
Ainsi, ô Souailih, en une seule nuit, les fondements de ta raison s’écroulent-ils.
Ainsi donc deviens-tu aliéné, incapable de la reconnaître, et les gens se moquent de toi.
 “Fahd” son frère arriva haletant. Il écarta la marmaille dont les yeux te quêtaient. Il sauta du seuil, se laissa tomber près de toi. Il t’étreignit, t’embrassa, te supplia.
- Souailih ! Assez ! assez ! Viens avec moi dans ma chambre !
Il te saisit, tu t’arrachas lourdement du sol. Il te traîna par la main. Tu obéis en bondissant tel un singe misérable. Sur ta poitrine, les boites de conserve dansaient émettant une mélodie qui accompagnait tes pas sautillants. Sur ta tête, les plumes se soulevaient. Certaines s’envolaient, tombaient sur tes épaules, s’y collaient.
Tu disparus en compagnie de son frère à l’intérieur de la pièce.
La voix triste de sa mère suppliant ta mère qui pleurait toujours:
- Dis-moi Oummou Souailih je t’en prie, comment cela est-il arrivé ?
- Je l’ai entendu qui délirait continuellement au milieu de la nuit. Sa voix s’est mise à s’élever petit à petit. Je me suis levée, j’ai cru qu’il rêvait. Il a poussé un cri strident et s’est planté debout en face de moi, en riant sans raison aucune. Son rire m’a bouché les oreilles, j’ai eu peur pour lui, j’ai prié et maudit Satan. je lui ai apporté un verre d’eau. Il l’a renversé. Je me suis éloignée de lui et il s’est laissé choir par terre et s’est tu. Je me suis dit qu’il s’était rendormi. J’ai cru alors que ce n’était qu’un cauchemar. Quand je me suis  réveillée à l’aube, je suis allée jeter un coup d’œil sur lui  pour être tranquille. Je ne l’ai point trouvé là où il était. Je l’ai cherché et je l’ai trouvé au milieu des poules dont il a arraché les plumes. Je me suis mise à le gronder. Il s’est lancé sur moi comme un taureau. J’ai eu peur. Je me suis enfuie et il m’a poursuivie, jusqu’à mon arrivée ici comme tu l’as constaté. Il a perdu la raison, oh mon fils ! Mon unique ! 
    Sa mère dit: Je parlerai à notre voisin “Abou Mohamed”, il le prendra à l’asile.
Ta mère cria :
-Non ! Non ! Non !
-Ecoute fille de bonne famille, si tu le laisses dans cet état, il peut nuire aux gens!
La mère de Souailih pleurait tout en  assurant:
- Non, Souailih est un amour. Il ne nuit à personne, laissez-le ! Il se peut qu’il recouvre la raison aujourd’hui ou demain. Le bon Dieu est miséricordieux.
- Il n’y a de force et de puissance que grâce à Dieu.
La mère répéta trois fois l’expression avant de se retourner vers la chambre de Fahd, comme si elle espérait que tu en sortirais guéri.
Elle, Aïcha, disparut quelque part. Elle posa la tête entre les genoux et se boucha les oreilles pour ne pas entendre cet appel insistant au fond d’elle qui, cependant, s’accroissait à chaque larme salée qui jaillissait de ses yeux.
Elle sanglotait. Elle fut convaincue que tu avais perdu la raison, et que tu n’étais plus ce Souailih, l’ami de son frère, et la personne qui l’aimait. Tu n’étais dorénavant qu’un simple aliéné pitoyable, derrière lequel les enfants du village couraient tout excités.
Un fou à qui sa maman autorisa de nouveau à fouler le sol de la maison et à pénétrer dans  la chambre de Fahd.  

Samedi 2 Août 2014

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