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Nouvelles appréciées de la littérature arabe : Une histoire d’amour folle (1)




Nouvelles appréciées de la littérature arabe  : Une histoire d’amour folle (1)
L’auteur est né en 1945. Il poursuivit ses études jusqu’à l’obtention d’un diplômes d’études 
supérieur en littérature arabe, préparé au sujet du poète préislamique Taabbata Charrane. Après, il exerça le métier d’enseignant à la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, avant d’être muté à celle d’Aïn Chok. Sa patience pour l’écriture 
commença depuis qu’il comprit qu’écrire est une manière de s’affirmer. Ses premières nouvelles apparurent dans des 
revues et journaux nationaux,  au début des années soixante-dix, du siècle précédent. Il  
publia jusqu’à présent trois recueils de nouvelles qui sont :
« Revoir les personnes chères» (1984). 
«Ni vu ni connu (1987). «Le chasseur 
d’autruches» (1993). 
 
Laila Alotmani est une femme de lettres koweïtienne.
Jabra Ibrahim Jabra dit d’elle: ses nouvelles... brillent telle la lame d’un couteau. Elle vous affronte et vous oblige à revoir votre propre expérience, et à être sincère envers vous-même. Ses histoires sont également une sorte de plongée dans les profonds de l’être pour en extraire un moment d’examen de soi. Le moment où l’on affronte soi-même.
A la fin du 20ème siècle, les “gardiens de la vertu” décidèrent de la passer en jugement. Son crime ?  Ecrire sur l’amour. Nous laissons aux lecteurs le soin de réfléchir sur cette affaire.
«La folie est la seule vérité absolue dans ce monde. Je pense que tous les fous et les pensionnaires des asiles sont dignes d’être les chefs de ce monde»
Des jours et des nuits passent et rien n’existe ô SOUAILIH sauf tes yeux qui brillent dans les contrées de leur jour et le désert de leur nuit sombre tel un cheval assoiffé. Ils la fixent avec ce dernier regard rouge, s’implantent dans son cœur et sa chair. Le regard s’enfonce comme le tranchant d’un couteau affamé. Il fait jaillir le sang, ce liquide rouge dont elle a le goût entre les dents. Sa joie se froisse et la mélancolie flétrit son visage lumineux et séduisant. Elle soupire dans son intérieur. Elle étouffe jusqu’au silence qui prend naissance au fond de ses entrailles. Elle tâte sa poitrine, la serre avec force de peur que la vérité n’en échappe, après en avoir déchiré le voile, et la dénonce.
              
******************
Elle se souvient de la dernière fois où elle t’aperçut. Tu étais au summum de ta jeunesse, elle tenait à la main ce balai “d’ourfouj” dont elle se servait pour nettoyer le vestibule, quand tu t’annonças par trois coups derrière la porte. Elle n’eut pas le courage d’ouvrir. Elle hésita. Elle attendit que sa maman vînt. Celle-ci lui fit signe de la main ; un signe que les filles de son âge comprennent. Elle se cacha derrière la porte; mais elle entrevit ta face à travers les fissures et son cœur s’ébroua.
La voix de sa mère quand elle te vit :
- C’est toi?
Ta voix trembla
- Oui ma tante, je voudrais voir Fahd. Est-ce qu’il est là?
Sa maman bégaya avant de répondre.
-Ecoute Souailih... !
-Oui tante...
La voix de sa mère résonna en prononçant un ordre acerbe :
- Si tu désires voir Fahd, tu n’as qu’à le rencontrer dehors.
Tu balbutias :
- Mais tante... moi ... moi.
Elle te coupa la parole :
-Je sais. Tu es son ami, tu es comme son frère. Mais n’oublie pas que j’ai une fille qui a grandi. Et puis, il y a les voisins, et les gens. Et ta présence ici peut-être... peut-être.
Tu réponds d’une manière triste et calme.
- Oui, je comprends ma tante.
Sa maman te recommande :
- Ne dis pas à Fahd ce qui s’est passé entre nous ! Il t’aime et a confiance en toi mais... moi.
Fatiguée, ta voix résonna avec amour. 
-Entendu ! entendu ! ma tante.
Et quand sa maman poussa la porte, elle eut l’impression que celle-ci t’écrasait le nez, flétrissait ta joie, broyait tes grosses lèvres et déchirait ton cœur en morceaux ; au point qu’elle croyait les voir épars devant toi, sur le sol, répandant leur parfum.
Elle sentit que tes pas te portaient à peine. Elle était certaine que tu n’avais pas bougé, quoi que sa maman claquât la porte et entrât à la cour en murmurant rapidement des mots inintelligibles. Elle resta seule dans le vestibule avec, au fond d’elle, une tristesse tuméfiée. Elle colla l’oreille sur la porte. Elle croyait entendre les battements de ton cœur blessé, les sanglots ardents de tes pas immobiles sur le sol. Son cœur chuchota. Elle osa ouvrir la porte après s’être assurée que sa maman fut totalement loin. 
Elle ne fut point déçue. Elle te vit debout, le regard suspendu, et les yeux versant des larmes chaudes et salées. Quand vos regards se rencontrèrent, tu l’appelas de son nom :
 
- Aïcha
Elle fut confuse. Elle tenta de fermer la porte, mais ta forte main l’en empêcha.
Tu lui  dis :
- J’aime votre maison. Je me suis habitué à te voir.
Ton doux aveu la fit trembler. Pourtant sa main lui échappa pour libérer la porte de la tienne, et la fermer malgré elle, tout en s’y appuyant de peur de la voir s’ouvrir de nouveau pour te laisser passer. son cœur d’oiseau s’affaiblit. L’instant était amer. Elle pleura.

Traduit par Sahraoui Faquihi
Jeudi 31 Juillet 2014

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