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Nouvelles appréciées de la littérature arabe Tayeb Salih : Le palmier Oud Hamed (3)




Nouvelles appréciées de la littérature arabe   Tayeb Salih : Le palmier Oud Hamed (3)
 Tayeb Salih est un écrivain soudanais né en 1929 à Markaz Marawi dans l’Ach Chamaliyah, au nord du Soudan et mort le 18 février 2009. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains arabes avec  Taha Hussein et Naguib Mahfouz.
Venant d’un milieu modeste et composé essentiellement par des agriculteurs, il avait l’intention d’aider sa famille dans l’agriculture et pensait faire des études d’agronomie ou travailler dans les champs. Mais le destin en a voulu autrement. Pour lui, il n’aurait jamais écrit s’il n’avait pas quitté son pays.
Il poursuit ses études supérieures à l’Université de Khartoum pour les 
achever à l’université de Londres en Angleterre. Il travaille comme enseignant et rejoint ensuite la section arabe de la BBC à Londres.
Ses œuvres ont été traduites dans plus de 30 langues. La plus célèbre est « Saison de la migration vers le nord »  qui est considérée comme un chef-d’œuvre de
 la littérature arabe 
contemporaine.
Il a reçu le prix de la 
troisième rencontre 
du Roman arabe.
Ceci se passa au cours de l'occupation, il faut dire également qu'ils furent aidés par les mouches, les mouches de vaches !
La tumulte s'éleva alors autour de l'homme répétant que si le gouvernement coupait le palmier, ils le combattraient jusqu'à ce que le dernier parmi eux tombât raide mort. Les mouches ne furent pas du reste. Elles firent du visage de l’inspecteur ce qu'elles voulaient. Le technicien jeta ses papiers dans l'eau en criant :
«Assez! Le palmier restera, il n'y aura plus de projet».
Ni la machine à eau, ni le projet ne virent le jour; mais nous gardons quand même notre palmier.
Allons à la maison mon fils! Ce n'est pas le moment de parler dehors, car c'est en ce temps-là, juste avant le coucher du soleil, que l'armée (Annamta) des moustiques, avant de s'en aller dormir, devient active. Et en ce moment-là, seuls ceux qui avaient longtemps enduré leurs piqûres et dont la peau devint dure  comme la nôtre sont capables de les supporter.
Regarde-le mon fils, ce palmier, comme il est grand, hautain et orgueilleux. On dirait... on dirait une ancienne idole. Là où tu te trouves  dans ce pays, tu peux le voir. Mieux ! Tu peux l'apercevoir dans quatre pays proches de chez nous !
Tu  nous quitteras demain sans doute, on voit sur ton visage, ton cou, et tes mains également les traces de cette première tournée que nous venons d'effectuer ; mais avant que tu ne partes, je te terminerai l'histoire du palmier : le palmier Oud Hamed. Entre mon fils ! Tu es chez toi.
Tu me demandes qui a planté le palmier ?
Personne mon fils ! 
Et si le sol où il a poussé était une terre agricole ? 
Ne vois-tu pas qu'elle est rocheuse et plate, surplombant nettement la rive du fleuve telle le socle d'une statue et à ses pieds  le fleuve se contorsionnant comme un serpent sacré apparenté à la dynastie des anciens dieux égyptiens ?
 Non mon fils, personne ne l’avait planté ! Bois ton thé mon fils, tu en as besoin après l'épreuve que tu viens d'endurer... On peut croire qu'elle avait  poussé toute seule, mais personne ne se souvient de l'avoir vue dans un  autre état que celui dans lequel on l'a vu tout à l'heure. Nos enfants avaient ouvert les yeux, et l’avaient trouvée qui dominait le pays. Et nous, quand nous revenons à nos souvenirs d'enfance, à la limite au-delà de laquelle on ne se souvient de rien, on se trouve, dans nos mémoires, devant un palmier géant, debout sur un rivage. Tout le reste n'est que talisman, comme si ce palmier était la frontière entre le jour et la nuit, comme s'il était cette pénombre qui n'est pas l'aube, mais qui devance l'aube.
Est-ce que tu suis ce que je te dis? Est-ce que tu es conscient de ce sentiment que j'éprouve, et que je n'arrive pas à exprimer? Chaque nouvelle génération a le sentiment que le palmier est né et a poussé en même temps qu'elle.
Parle aux habitants de ce pays et écoute-les raconter leurs rêves ! L'un d’eux se réveille et raconte à son voisin qu’il s'était vu sur une terre sablonneuse et vaste. Son sable est d'une blancheur argentée. Il marchait et en même temps  ses pieds s'enfonçaient. Il les extirpait difficilement.  Il marchait … marchait… jusqu'à ce qu'il eût soif et faim sans que le sable prît fin. Il monta sur une colline. A son sommet, il vit une dense forêt de palmiers, avec au milieu un palmier : un grand palmier qui faisait l'effet avec le reste des palmiers d'un chameau au milieu et d’un troupeau de chèvres. L'homme descendit de la colline,  en ayant  l'impression que le sol pliait sous ses pieds. Un pas, puis un deuxième, puis un troisième et il se trouva en face du palmier Oud Hamed.
Il trouva également un pot de lait encore couvert de sa crème comme s’il était frais. Il s'en désaltéra, sans que la quantité du liquide diminuât d'un pouce.
Et son voisin de dire à son tour:
 "Réjouis-toi! Ta situation s’améliorera si tu es en train de vivre des moments difficiles".
Et tu entends l'une des femmes raconter à son amie : c'est comme si je me trouvais à bord d'une barque, voguant dans un détroit, au milieu de la mer, et chaque fois que je tendais les mains, je touchais le rivage des deux côtés ; puis je me vis au sommet d'une vague violente qui m'élevait à un point où je faillis toucher les nues, et me laissais choir jusqu'à des profondeurs obscures. J'eus peur, et me mis à crier, ma voix cependant se trouvait étouffée au fond de mon gosier.
Soudain, je sentis que le courant s'élargissait. Je regardai autour de moi, et vis sur le littoral des arbres noirs, dépouillés de leurs feuilles, avec des épines portant des têtes semblables à celles des aigles. Je vis les rivages se fermer sur moi, et sentis comme si ces arbres se dirigeaient vers moi.  Je fus terrorisée et criais de toutes mes forces, "Ô Oud Hamed!

Libé
Vendredi 15 Août 2014

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