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Nouvelles appréciées de la littérature arabe Tayeb Salih : Le palmier Oud Hamed (2)




Nouvelles appréciées de la littérature arabe   Tayeb Salih : Le palmier Oud Hamed (2)
Tayeb Salih est un écrivain soudanais né en 1929 à Markaz Marawi dans l’Ach Chamaliyah, au nord du Soudan et mort le 18 février 2009. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains arabes avec  Taha Hussein et Naguib Mahfouz. Venant d’un milieu modeste et composé essentiellement par des agriculteurs, il avait l’intention d’aider sa famille dans l’agriculture et pensait faire des études d’agronomie ou travailler dans les champs. Mais le destin en a voulu autrement. Pour lui, il n’aurait jamais écrit s’il n’avait pas quitté son pays. Il poursuit ses études supérieures à l’Université de Khartoum pour les 
achever à l’université de Londres en Angleterre. Il travaille comme enseignant et rejoint ensuite la section arabe de la BBC à Londres. Ses œuvres ont été traduites dans plus de 30 langues. La plus célèbre est « Saison de la migration vers le nord »  qui est considérée comme un chef-d’œuvre de la littérature arabe 
contemporaine.
Il a reçu le prix de la troisième rencontre du Roman arabe.
Vous avez en ville des musées, des endroits où l'on conserve l'histoire du pays et la gloire d'autrefois. Ce que je voudrais te montrer, tu peux dire que c'est un musée, la seule chose que nous tenions à montrer à nos visiteurs.
Une fois, un conseiller vint à notre village. Il  fut envoyé par le gouvernement pour  un séjour d’un  mois parmi nous. Son arrivée coïncida avec  un moment de détresse totale. Les mouches des vaches ne virent que lui de  charnu  à cette date. Dès le premier jour, la face de l'homme corpulent fut tuméfiée. Il résista et présida la deuxième nuit, la prière de fin de  journée. Il disserta après sur les plaisirs naturels de la vie. Au troisième jour, il fut atteint par la fièvre de la malaria, puis le distinaria, et finalement, ses yeux furent complètement fermés. Je lui rendis visite l'après-midi du même jour et le trouvai alité, et à son chevet un garçon qui le protégeait contre les mouches, je lui dis alors: 
«"Oh cheikh, nous n'avons rien dans le pays à vous montrer, mais j'aimerais vous montrer le Palmier Oud Hamid». Il ne me demanda point ce que c’était le palmier Oud Hamid,  quoique je fusse sûr qu'il en avait entendu parler ! Qui n’en avait pas entendu parler ? Mais il leva sur moi une face semblable au poumon d'une vache égorgée, avec des yeux comme je te l'avais dit fermés, mais dont les cils -j’en étais sûr-  cachaient, cependant une amertume, et dit:
"Je vous jure que même si votre palmier était un palmier de Jandal, et que vous étiez ces musulmans qui combattaient avec Ali et Mouâouiya, et que j'étais désigné à arbitrer entre vous, et que votre sort se trouvait entre mes mains, je ne quitterais pas d'un pouce ma place." Il cracha sur le sol comme pour m'insulter et tourna le visage. On entendit plus tard que le cheikh envoya un télégramme à ses supérieurs où il disait:
"Les mouches des vaches ont dévoré mon cou et la malaria a brûlé ma peau et le danestaria a enfoncé ses dents dans mes entrailles. Excusez mon faux pas, que Dieu vous accorde sa miséricorde. Ces gens  n'ont pas besoin de moi, ni d'un autre prêcheur".
L'homme est parti. Le gouvernement ne nous envoya plus d'autre prêcheurs, mais notre village, mon fils, connut -je te le jure- de grands hommes, forts et éminents, dont les noms sont réputés dans tous le pays. On n’avait pas pensé un seul moment qu'ils viendraient un jour chez nous, mais ils vinrent vers Dieu quand même si nombreux.
Nous voilà arrivés mon fils. Patiente, dans une heure, le zéphir du soir soufflera et découragera la ruée de ces bestioles vers ton visage.
Le voilà le Palmier Oud Hamed ! Regarde-le qui tend sa cime vers le ciel, et enfonce ses racines dans le sol ! Regarde son tronc ferme, et rond semblable à la taille d'une femme corpulente, et ses palmes au sommet telle la crinière des pouliches débridées ! Quand l'après-midi, le soleil penche de l'autre côté, le palmier allonge son ombre à travers le fleuve jusqu'à cette colline, pour en couvrir les gens  qui s’assoient sur l'autre rive. Et quand vers le soir, le soleil descend légèrement,  l'ombre du palmier s'étend sur tous les champs cultivés, et les maisons jusqu'à ce qu'elle atteigne le cimetière. On dirait un aigle mythologique déployant ses ailes sur tout le pays et sur ses habitants.
Une fois, après que le gouvernement a décidé de lancer un projet agricole, il eut l'idée de le faire couper. Il pensa que le lieu où se trouvait le palmier était le meilleur endroit pour installer la machine à eau.
Nos compatriotes, comme tu vois, sont occupés chacun par leurs soucis quotidiens. Il ne m’en souvient pas qu’ils se soient soulevés contre quoi que ce soit. Mais le jour où ils apprirent l'histoire de déraciner le palmier, ils s’y opposèrent tous comme un seul homme et barrèrent à l'inspecteur général tous les chemins.

Libé
Jeudi 14 Août 2014

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