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Nouvelles appréciées de la littérature arabe : Le chasseur d’autruches (5)




Nouvelles appréciées de la littérature arabe : Le chasseur d’autruches (5)
L’auteur est né en 1945. Il poursuivit ses études jusqu’à l’obtention d’un diplômes d’études 
supérieur en littérature arabe, préparé au sujet du poète préislamique Taabbata Charrane. Après, il exerça le métier d’enseignant à la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, avant d’être muté à celle d’Aïn Chok. Sa patience pour l’écriture 
commença depuis qu’il comprit qu’écrire est une manière de s’affirmer. Ses premières nouvelles apparurent dans des 
revues et journaux 
nationaux,  au début des années soixante-dix, du siècle précédent. Il  
publia jusqu’à présent trois recueils de 
nouvelles qui sont :
« Revoir les personnes chères» (1984). 
«Ni vu ni connu (1987). «Le chasseur 
d’autruches» (1993). 
 
Je secouai la tête pour signifier mon refus…peut-être qu’au fond, je refusais ce choix injuste entre deux choses agréables.  Mais j’étais conscient qu’il déduirait de ma réaction  mon rejet de Zahra…C’est pour cela que l’image brillante  se mit à s’estomper petit à petit vers le fond comme si le lac subissait un reflux. Quelques secondes  avant sa disparition, comme si c’était cette disparition qui s’exprimait, j’entendis une petite voix aiguë, contestataire, on aurait dit la mienne alors que j’avais cinq ans,  protestant qu’on me laissât devant le fkih pour la première fois, à l’école coranique …Une voix tremblante à cause de l’ampleur de cette injustice, une voix qui disait  :-«Mais la vie, c’est Zahra !»  
C’est de la bouche de Hassan que je saisis le nom de Zahra, cité dans l’histoire.  Il le chantait souvent. Pourtant, il n’apprécia point l’histoire. C’est parce qu’il n’était en relation avec aucune Zahra /Fleur dans sa vie. Il se contentait de fredonner les chansons qu’il entendait d’une manière continue et linéaire, comme on lisait traditionnellement le Coran au Maroc :
-«Je commence mon chant par la lettre  Z, comme Zahra, portant une tenue verte, avec un foulard  jaune et une ceinture rouge», et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il termine par
 :-«Et je conclus mon chant par Z comme Zahra qui prit le train, le train de la vie qui n’a pas de frein».
Quant à moi, je prends place dans  mon imagination, et je voyage à travers tous les espaces, et les horizons lointains du monde, mais à condition d’être dans un endroit étroit …Pourquoi suis-je passionné par les coins, les couloirs, les boites,  les coffres et les pièces rétrécies,  alors que mon imagination est fascinée par les horizons et les cieux ? L’Homme pourrait-il tomber amoureux d’un endroit ? Un amour sacré en plus ? Un endroit dont la forme et l’Etat importent peu. Un endroit réduit peut-être, sans beauté aucune,  ordinaire. 
Une simple crevasse peut-être, aux environs de la ville, où on se débarrasse des ordures, mais où l’on se recueille,  loin du monde,  pour contempler -non j’étais trop petit pour contempler-,  pour rêver ou pour regarder en face notre propre joie, notre amour propre ou notre propre génie. Je contemplais longtemps dans le miroir du coiffeur une veine bleue, sur mon front, que j’appelais –«la veine du génie».  Dommage qu’il n’y ait plus trace à présent de cette veine  et qu’elle  fût couverte par les rides  ou mise à nu par ces mêmes rides peut-être ; car sa beauté et toute la sagesse qu’elle  inspirait, venaient du fait que les cheveux empêchaient de voir d’où elle  provenait, et on ne pouvait la voir clairement que dans la glace du coiffeur qui coupait tout ce qui la cachait pour la mettre ainsi progressivement en relief.  Je suis chauve à présent !
Dans cet endroit : -au bord du gouffre-,  je m’occupais de mes sentiments intérieurs, je les examinais, les yeux fermés, comme un mendiant aveugle caresserait  la nuit  son propre trésor ; des sentiments pauvres, peu nombreux et minimes, mais chers et ayant beaucoup de valeur !
J’avais moi aussi ma Zahra à ce moment-là…Mais elle avançait sans cesse vers moi sans m’atteindre…Elle marchait comme si elle évoluait sur l’écran d’un cinéma…Se dirigeant vers moi, me souriant, marchant continuellement, sans réussir à atteindre son amant, assis dans la chambre comme le fit la  Zahra du Caire.
Et me voilà, vers la fin de ma vie, toujours assis dans la même pièce, sans aboutir à rien, et sans que personne ne vienne à moi.
Que m’importe-t-il si je perds le monde entier ? J’ai gagné ma propre personne, ma propre per… 

A suivre

Traduit par Sahraoui Faquihi
Lundi 28 Juillet 2014

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