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Nouvelles appréciées de la littérature arabe : La cage et la langue commune




Nouvelles appréciées de la littérature arabe : La cage et la langue commune
Ismail Fahd Ismail est l’un des hommes de littérature les plus éminents du Koweït. Il est connu par ses quatre romans «Le ciel était bleu», «Les marecages lumineux», «La corde «et «L’autre rive»  au sujet desquels Saad Youssef dit un jour : A l’Extrême-Orient arabe où l'écriture du roman n’est pas encore une tradition, je peux affirmer que les quatre romans d’Ismail Fahd  Ismail sont un repère unique non seulement au Koweït, mais également dans tous les pays arabes.
 
Première prise
Des constructions 
Propres, des avenues goudronnées. Aucune  trace  de voitures ou de passants sauf quelques arbres d’Athal  dispersés.
Le vent est doux, lent, chargé de l’odeur de la mer  tapie à l’autre bout, derrière les constructions.
Il était presque neuf heures du matin de cette journée d’automne familière. Le calme et le silence règnent sur les lieux.
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Deuxième prise
Un nouveau bâtiment de deux étages, avec de larges balcons et une pancarte en bois …
Ministère de l’éducation nationale 
Elle est d’une couleur grise et fixée au-dessus de la porte.
C’est le logement réservé  aux institutrices de l’école  S
      Une petite pancarte sur laquelle on déchiffrait difficilement à cause de la mauvaise écriture : «Stationnement interdit». De l’autre côté de la route : «Epicerie Almaarif», présentant à la rue une grande vitrine en verre : pas une trace des passants. Seul l’épicier au fond.  Son fils,  dehors, non loin de la vitrine, feuilletait une revue  persane. Le regard du jeune homme s’arrêta  sur l’image d’une jeune fille en maillot.
 
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La troisième prise
«A l’intérieur  de l’une des pièces du deuxième étage du logement des institutrices».
Le balcon de la pièce concernée est en face de l’épicerie. Au coin, une petite table  où furent déposés  des livres, des cahiers,  des affaires de maquillage, et une revue avec une couverture en couleur sur laquelle figurait le portrait d’un homme musclé.
Le lit et le corps. Elle, elle entamait ses vingt quatre ans, dans une robe de nuit jaune. La robe,  ses mains et ses sourcils se rapprochent  les uns des autres. Ses paupières tremblent. Elle est dans cet état où l’on est entre le sommeil et l’éveil.
Son corps bouge. Elle retire sa jambe, son genou s’élève, balance et touche  le mur. La robe se retire.
Quelque chose bouge dans sa gorge. Elle monte, arrive à sa bouche : l’envie de vomir. D’un mouvement prompt, tout son corps se secoue. Elle se lève, ouvre les yeux, cette envie dégoûtante se retire calmement à l’intérieur, laissant dans sa bouche le goût du café brûlé. 
Combien de fois suis-je surpris par cet état ?
Le soleil a déjà envahi sa  chambre. 
La journée touche à sa moitié. Elle jette un coup d’œil sur son poignet et s’étonne.
Neuf heures déjà !!
La robe s’amasse dans son giron, elle allonge les jambes, les deux jambes s’allongent l’une à côté de l’autre. Elle les caresse. Un soupir s’échappe  de sa poitrine. Elle pense soudain  aux traits du visage d’une amie.
La solitude… Le refoulement… Le dépaysement.
La voix d’une autre :Absence des moyens de distraction.
Et une troisième :
Tout est à la disposition des hommes :des clubs, des jardins.
Quant à la quatrième :
Une fois que je suis seule… Mes  parents me manquent…la nostalgie et…
-Je ne reviendrai pas l’année prochaine sans avoir un mari à côté de moi ;
L’une d’elle rit …Puis l’autre : 
-Je suis fatiguée. Je vais dormir.
-A ce moment là ?!
Mais la cinquième :
-Moi aussi je suis fatiguée, je dormirai dans ta chambre. La mienne n’est pas rangée.
Au contraire, sa chambre était totalement rangée.   
                
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Leurs voix ne retentissent plus. Et le sommeil serre toujours ses paupières.
Oh si je dors !
Aussitôt qu’elle ferme les yeux, l’envie de vomir  l’attaque.
Mon frère  avait ce genre de crise.
Elle ouvre les yeux.
Il me dit au moment où je mettais le pied sur l’escalier pour monter dans l’avion :
-« Est-ce que je dois aller chez maman pour lui dire que sa fille la salue du haut des escaliers de l’avion?»
J’aurais aimé le prendre dans mes bras !Un flux de tendresse.
-mais je ne le fis pas- qui fut suivi.
un sentiment de  tristesse succéda à cet état.
J’étais éduquée dans le sens de respecter mon frère et non de l’étreindre.
-Méfie toi de…
Mais la voix de l’hôtesse du haut de l’escalier  domina la sienne…
- Dépêchez vous on n’a pas le temps !
Elle regarda son chapeau puis les yeux de son frère, « Je m’en vais !! »
J’aurais aimé l’étreindre !
-Au revoir.
-Ecris-nous !
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La quatrième prise
Le regard du  jeune homme  quitte la jeune fille en maillot. Il prête l’oreille à l’intérieur, rien que le silence.
Il s’assoit convenablement, se croise les jambes sur le sol, s’adosse au mur, les rues sont totalement désertes.
Son regard s’élève  vers le bâtiment en face. Il contourne le balcon, essaie de s’introduire à travers le verre.
Le calme et le silence règnent sur les lieux. Sa main se dirige vers son bas-ventre. La revue qui se trouve maintenant dans son giron permet de  cacher  le mouvement de la main
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La cinquième prise
L’institutrice s’allonge à moitié, en appuyant la tête sur l’une de ses mains, tandis que l’autre main se trouve posée  indifféremment sur  sa cuisse, sans que ses doigts la tâtent. Aucun soupir ne sortait de sa poitrine.
-« …Est-ce que je dois aller chez ma mère pour lui dire…ta fille du haut des …
Je ne sentais pas le poids de la séparation avant la séparation.
Elle lève la main, corrige la position d’une mèche.
Tous les événements se sont déroulés vite, d’une manière
Etrange et successive.
Allons-y… !
Certaines de mes amies ont obtenu des contrats de travail.
-« …Le salaire est fantastique …»  « …Le traitement est doublé »… « Tu as tout ce que tu 
veux … »
-Allons…
Poussée par l’une de mes amies, je présentai une demande  manuscrite à l’ambassade
-« Je suis Melle …Je désire … »
On me dit :-« Votre adresse, on vous contactera» 
Une semaine après, je reçus la réponse.
-« Vous êtes priée de vous  …L’ambassade … présenter …le choix … »
Je me suis présentée,  j’eus l’impression d’avoir répondu aux conditions requises par la commission.
En quittant l’ambassade, je me demandais : «Est-ce que je pars ? En suis-je capable?»
Et mon frère qui se trouvait près de l’escalier de l’avion :-« Je ne sais pas comment tu vas vivre là bas.
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Elle même, ne sait pas jusqu’à quand elle continuera à résister à la réalité de son existence ici !  
Est-ce qu’elle s’en lave les mains : «Assez !»
Le bâtiment du ministère n’est pas loin …
-Renvoyez-moi chez mes parents !
Cette idée la hanta à plusieurs reprises … « A mes parents »
Ou bien va-t-elle en fin s’intégrer dans ses nouvelles conditions ?
Ses amies occupant le même logement qu’elles lui dirent :
-« Ne t’inquiète pas, on est toutes passées par là. Au début, on  souffre à cause de la nostalgie, mais aussitôt, la situation devient normale … Il suffit de supporter le premier mois…
Cela fait deux mois ou plus !!
Quand la situation devient-elle normale alors ?

A suivre


Jeudi 3 Juillet 2014

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