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Nouvelles appréciées de la littérature arabe Abdeljabbar Shimi : La fourgonnette (2)




Nouvelles appréciées de la littérature arabe Abdeljabbar Shimi : La fourgonnette (2)
Ecrivain, nouvelliste, journaliste, chroniqueur politique et ex-rédacteur en chef d’Al Alam, 
Abdeljabbar Shimi est considéré comme l'un des plus plus grands écrivains 
marocains contemporains. Il brille particulièrement dans le domaine de la nouvelle. Son recueil de nouvelles 
"Le possible de l'impossible" est l'une de ses meilleures œuvres.Il est connu 
également pour ses articles à Al Alam et surtout sa chronique manuscrite qui lui était réservée.
L'enfant dit :
- Est-ce que j'irai demain à l'école?
Le père dit :
- Naturellement !
La femme dit :
- Est-ce que je les mets au courant, au travail?
L'homme dit :
Oui, contacte Latif et Hassan. Inutile de charger un avocat de l'affaire. En réalité, les avocats ne font rien !
La femme demanda: 
- Est-ce qu'ils me permettront de te rendre visite?
Il dit :
- Ils prétendront qu'ils ne savent rien.
Les échos des pas se répandaient dans les escaliers, l'homme avait fini de mettre ses vêtements, il alluma une cigarette dans le noir. La femme dit d'une voix étouffée:
- Est-ce que j'allume ?
L'homme dit:
- Le mieux serait que non avant qu'ils ne frappent à la porte.
L'enfant dit d'une voix étouffée:
- J'ai peur.
L'homme s'approcha de lui, le prit de son petit lit et l'installa près de sa mère.
Tous les habitants de l'immeuble crurent qu'on frappait à leurs portes en même temps. On n'entendait plus le bruit des pas dans les escaliers, mais grâce au silence de la nuit, on pouvait suivre le  dialogue qui se déroulait, ponctué par des gestes violents... Ceux qui continuaient de regarder par la fenêtre virent un  ivrogne se dandiner sur le trottoir, et qui  se mit à chantonner : "Le tapis marocain est réputé dans le monde entier". Il passa à côté de la fourgonnette qui stationnait, phares éteints. Il ne remarqua pas l'existence des trois personnes à l'intérieur de la "fourgonnette". 
Il s'arrêta près du mur et reprit son refrain: "Le tapis marocain est réputé dans le monde entier  oulailla... oulailla ... oulailla..." On entendit de nouveau des pas dans les escaliers. 
Dans les rues, les chiens qui fouillaient dans les poubelles s'aperçurent d'une présence étrangère et se mirent à aboyer. La femme dit en soupirant: " Puisse Dieu nous rendre justice".
Le mari dit : "Tais-toi, les pas ne sont plus loin de la porte!".
L'enfant dit : "Je raconterai cela aux enfants à l'école. Aziz nous a dit qu'on a emmené son père aussi".
La femme demanda : "Est-ce que tu vas le rencontrer?"
De nouveau le ronronnement de la voiture. Cinq personnes y prirent place: les quatre qui s’étaient introduits dans l’immeuble, accompagnés d'un autre.
 Ceux qui regardaient par la fenêtre située juste en face des bâtiments, remarquèrent qu’un appartement de l'immeuble fut  éclairé. L'homme revint s'asseoir sur le bord du lit, près de sa femme et de son fils. Sa femme dit :"J'entends des sanglots provenant du dessus".
Il lui dit: C'est vrai, va voir Amina... Ils ont emmené son mari Abdellah.
Cette fois, c'était son tour...
La fourgonnette démarra sans allumer ses phares.
le 24 mars 1972 
 


Libé
Jeudi 7 Août 2014

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