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Nourrir chiens et chats, une industrie qui ne connaît pas la crise




La pâtée pour chiens est passée à l'ère du "petfood" personnalisé, bio ou diététique, sous l'impulsion des géants de l'agroalimentaire, Nestlé et Mars en tête. Lucratif, le secteur épouse les tendances de l'alimentation humaine, jusque dans les critiques sur la "malbouffe".
Snacks au saumon pour chats, croquettes pour petit chien obèse ou grand chien dynamique - "active" ou "food lover" - coffret "traiteur" pour matou gourmet et chewing-gum pour toutou à l'eucalyptus: les animaux de compagnie, autrefois nourris avec les restes des repas des maîtres disposent aujourd'hui de 300 références dans les hypermarchés occidentaux.
En France, au rayon épicerie, le "petfood" (alimentation pour animaux de compagnie) est la troisième catégorie la plus importante derrière le café et les biscuits. Aux Etats-Unis, l'un des deux plus gros marchés avec l'Union européenne, les ventes ont doublé ces 15 dernières années.
Le marché mondial du "petfood" devrait continuer à croître de 5% par an dans les prochaines années, notamment dans les pays émergents, Brésil en tête, après avoir atteint 90 milliards d'euros en 2014 (soins et nourriture confondus), selon le cabinet d'étude Alcimed. 
Très concentrée, l'industrie est aux mains des mêmes grands groupes que l'alimentation humaine. Le petfood constitue la première activité de l'américain Mars, célèbre pour ses barres chocolatées mais qui possède aussi les marques de "petfood" Royal Canin, Whiskas, Pedigree et Frolic.
Le suisse Nestlé, qui commercialise Friskies et Purina One via sa division Purina, a réalisé 12% de ses ventes grâce aux croquettes et autres pâtées en 2014, soit davantage qu'avec les confiseries. Autres gros acteurs du secteur: les américains Big Heart Pet Brands et Colgate Palmolive.
Un "marché anticrise", sourit Myriam Cohen-Welgrin, PDG de Mars Petcare France. Car si le nombre de chiens et chats reste assez stable en Occident, les maîtres dépensent de plus en plus pour les nourrir.
"L'animal est vu comme un membre à part entière de la famille. On lui donne la même chose que ce qu'on pourrait donner à son enfant", souligne Anne-Claire Lapie, responsable de mission chez Alcimed.
"Il y a beaucoup de similitudes avec la nutrition infantile: ce n'est pas celui qui achète qui mange", confirme Sophie Dubois, directrice générale de Purina France.

Croquettes allégées pour chiens gloutons   
Les industriels n'hésitent donc pas à investir lourdement, à l'image de Mars, qui a mis récemment près de 100 millions d'euros dans un troisième centre d'innovation, tout en rachetant la division nutrition animale de Procter & Gamble pour près de 2,7 milliards d'euros.
Nestlé et Mars possèdent chacun plusieurs centres de recherche exclusivement consacrés au petfood. Tendance phare: la santé, avec des produits ciblés selon la race, le niveau d'activité, les problèmes de digestion ou de stérilisation.
Royal Canin propose du zinc et des oméga 3 pour les bergers allemands et leurs problèmes de peau, des formules allégées pour les labradors gloutons et même des croquettes adaptées à la langue délicate des chats persans.
Les snacks sont en plein boom. La personnalisation aussi: aux Etats-Unis, Purina propose aux maîtres de concevoir sur Internet des croquettes sur mesure, livrées à domicile avec la photo du chien imprimée sur le paquet.
De petites marques très innovantes se lancent également, comme l'espagnol Affinity ou le français Nestor Bio, qui utilise volaille bio, riz de Camargue, romarin et huile d'olive.
Dans les usines, "les normes et les standards de qualité sont les mêmes que pour l'alimentation humaine, avec détecteurs de métaux et rayon X, comme dans l'alimentation pour bébé", explique Vianney Manchon, directeur de l'usine Mars à Orléans. Sur ce site, la viande est hachée en morceaux, mélangée à des arômes, des céréales et des oligo-éléments, "pour en faire un aliment complet", dit-il.
"Tout provient d'animaux propres à la consommation humaine", mais de morceaux peu goûtés par les humains, comme les abats, explique Sophie Dubois de Purina, rapporte l’AFP. Yves Bodet, délégué général du Syndicat des fabricants français, assure qu'"aucun animal dans le monde n'est élevé et abattu pour être utilisé en petfood".
Dans ce secteur, "l'enjeu important est de ne pas rentrer en concurrence avec l'alimentation humaine", explique Pascale Perez-Castellano, directrice de la communication de Mars. Elle est entourée de ses deux labradors, car chez Mars comme chez Purina, les salariés sont encouragés à amener leurs chiens au bureau, où ils disposent d'espaces aménagés.
Comme l'alimentation industrielle humaine, celle pour les animaux n'est pas épargnée par les détracteurs. Les croquettes, "c'est la malbouffe organisée pour les chiens", dénonce le Dr Pierre May, vétérinaire spécialiste des médecines alternatives. Pour réduire les coûts, "l'obsession des industriels, est de faire manger aux animaux domestiques ce qu'ils ne doivent pas manger, c'est-à-dire des céréales. Les produits des grandes marques en contiennent plus de 50%. Or un chien est un carnivore presque strict et un chat, un carnivore strict", détaille le Dr May.
Chez Purina, Sophie Dubois rétorque que les teneurs en céréales sont "adaptées aux besoins de la digestion".
Quant aux aliments spéciaux ultra-ciblés "santé", leurs détracteurs dont la vétérinaire autrichienne Jutta Ziegler dans son livre "Toxic croquettes" (Thierry Souccar, 2014) fustigent "la création d'un besoin qui n'existe pas".
Face à cette tendance, certains maîtres reviennent au contraire à une alimentation plus naturelle à base de viande crue. Et déjà, l'industrie propose des croquettes "sans grains", où lentilles et patates douces remplacent les céréales...

Libé
Dimanche 26 Juillet 2015

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