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Nouria Benghabrit, la femme ministre qui dérange l’Algérie profonde des conservateurs

Née au Maroc et issue d'une famille andalouse établie à Tlemcen, elle est d'abord critiquée pour ses prétendues origines juives




Universitaire reconnue et nouvelle venue en politique, la ministre algérienne de l'Education Nouria Benghabrit est devenue la femme à abattre pour les conservateurs de tous bords depuis qu'elle a entrepris de réformer un enseignement sinistré.
Comparée par de nombreux Algériens à la chancelière allemande Angela Merkel en raison de ses cheveux courts, de ses tailleurs stricts et de son caractère inflexible, cette sociologue de 63 ans subit des attaques sans précédent depuis qu'elle a évoqué fin juillet l'idée d'introduire l'arabe dialectal dans un enseignement jusqu'à présent dispensé uniquement en arabe classique.
Tissé d'emprunts au français, à l'espagnol ou au berbère, l'arabe dialectal est parlé à la maison et dans la rue. Pour les enfants, la découverte brusque de l'arabe académique à l'âge de six ans est l'une des raisons de l'échec scolaire, estiment les spécialistes.
Mais les conservateurs jugent la forme dialectale impure et symbole d'une forme de néocolonialisme. Une alliance de partis islamistes ont réclamé le départ de Mme Benghabrit qui a démenti cette semaine des rumeurs de démission colportées par des journaux en ligne.
Un député d'En-Nahda, Mohammed Hadibi, a publié sur sa page Facebook une photo de la ministre barrée d'une croix avec le slogan "Dégage!". Un autre, Nacer Hamdadouche, l'a accusée d'incarner "une menace réelle pour les valeurs du pays".
"Ce chahut a pour but de bloquer tout processus d'évolution de l'école", a-t-elle rétorqué, peu impressionnée. "Aucun de ceux qui polémiquent n'est entré dans le débat pour proposer des solutions", a ajouté Mme Benghabrit.
En face, la députée trotskyste Louiza Hanoune, figure emblématique de la scène politique et pionnière du combat féministe, a dénoncé un "lynchage odieux".
Si Mme Benghabrit cristallise autant les tensions c'est parce qu'"être une femme algérienne et scientifique, cela dérange certaines personnes", a confié à l'AFP un de ses proches sous couvert de l'anonymat. "Elle est une femme de combat et cela pose problème à un certain milieu", ajoute-t-il.
Directrice du Centre de recherches en anthropologie sociale culturelle d'Oran (ouest) de 1992 à 2014, membre du Conseil économique et social des Nations unies, elle semblait dotée de solides atouts pour mener sa nouvelle mission : réformer une école que l'on dit "sinistrée".
Mais elle découvre un champ de mines dans un secteur dominé par ceux qui veulent arrimer l'Algérie soit à l'oumma (communauté des musulmans), soit au panarabisme.
Née au Maroc et issue d'une famille andalouse établie à Tlemcen (extrême nord-ouest), Mme Benghabrit est d'abord critiquée pour ses prétendues origines juives. Elle est la petite-fille du frère de Kaddour Benghabrit, le premier recteur de la Grande mosquée de Paris, qui y a caché des juifs persécutés par les nazis durant la seconde Guerre mondiale.
Cette francophone, diplômée de l'Université Paris V, spécialiste des questions d'éducation, est peu à l'aise avec l'arabe classique et est aussi accusée de penchants francophiles, dans un pays où la guerre d'indépendance contre la France reste la principale source de légitimité du pouvoir.

Vendredi 21 Août 2015

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