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Noureddine Lakhmari, président du jury courts métrages «Ciné-Ecoles» charge l’autocensure plutôt que la censure

“Je filme le corps et surtout la rue, car celle-ci est libre”




Noureddine Lakhmari, président du jury courts métrages «Ciné-Ecoles» charge l’autocensure plutôt que la censure
Président du jury courts métrages du 13ème Festival international du film de Marrakech,
Noureddine Lakhmari a remis vendredi soir l’Etoile d’or à Ayoub Lahnoud et Alaa Akaaboune, deux
étudiants de l’Ecole supérieure des arts visuels (ESAV) pour leur court métrage “Bad”. Entretien.


Libé : Vous êtes le président du jury de la compétition Ciné-Ecoles, concours destiné aux étudiants   des Instituts et des Ecoles de cinéma marocains. Pensez-vous que la jeunesse marocaine a suffisamment de moyens pour exprimer sa créativité à travers le 7ème art?

Noureddine Lakhmari : Il est évident que les Marocains ont du talent et que  celui-ci est universel. Cependant, les jeunes cinéastes n’ont effectivement pas de moyens pour l’exprimer. Cela ne doit pas pour autant constituer un handicap pour ne pas travailler. Il faut lutter à sa manière pour exister. Ce qui est intéressant dans cet événement, c’est le fait que la majorité des jeunes en compétition sont formés au Maroc au sein des écoles marocaines. Ils ont alors une vraie vision locale.

Pensez-vous que le cinéma marocain puisse produire des films à vocation internationale?

Un cinéaste est une personne ouverte et censée être instruite. Le cinéma est un langage universel, donc on ne peut parler de cinéma marocain ou américain. Aujourd’hui, on regrette que les Marocains  préfèrent l’image à la lecture. Auparavant, les réalisateurs étrangers venaient filmer un Maroc plutôt folklorique et exotique. Ils ne  montraient que  des femmes voilées ou la place Jemaa-el-Fna. Dorénavant, il faut que nous fabriquions nos propres images. Parce que le Maroc est d’abord le creuset d’un peuple fondé sur ses relations. Il faudrait également que l’identité marocaine émerge et s’inscrive en même temps dans l’universalité.

En tant que président du jury courts métrages, que pensez-vous de votre mission?

Juger autrui est très difficile. Mais, je travaille avec des professionnels intelligents et compétents privilégiant un cinéma créatif et touchant. Mais ce que je n’apprécie pas, ce sont les films basés sur des préjugés à caractère folklorique ou exotique.   

Un mot sur la liberté cinématographique au Maroc...

Je filme le corps et surtout la rue, car celle-ci est libre. Dans le giron familial, je pense que nous ne sommes pas entièrement libres, car les opinions divergent le plus souvent.
Quand j’ai tourné “Casanegra”, je l’ai montré à un coproducteur à Paris qui m’a demandé où se situe le Maroc dans mon film du fait qu’il s’attendait à retrouver l’image d’un pays saharien traversé par des chameaux. En ce qui me concerne, le premier chameau que j’ai vu dans ma vie était dans un zoo norvégien. Cela pour dire qu’il faut dépasser la fracture Nord-Sud et s’employer tout simplement à raconter des belles histoires.
Bien que nous vivions dans une société traditionnelle, nous sommes aujourd’hui en train de construire quelque chose. Pour rappel, les Marocains ont été éduqués dans une société marquée par des tabous. Il se trouve qu’aujourd’hui, il n’y a rien de ce modèle: il faut oser filmer et parler de tout, ce qui sans doute nous permettra d’avancer.
Le problème essentiel n’est pas la censure, mais bien l’autocensure. A mon avis, je pense que le cinéma marocain est le plus libre du monde arabe. Cependant, il faut davantage pousser les limites et permettre aux femmes cinéastes de percer dans le domaine. Par ailleurs, il nous faut des investissements pour construire une véritable industrie cinématographique sans oublier l’ouverture de plus de salles et la formation aux métiers  du cinéma.  
Mon but est de soutenir les jeunes et les encourager à être plus libres et plus entreprenants.


Repères :

Noureddine Lakhmari est un réalisateur marocain célèbre de par ses films “Casanegra”, “Le Regard” et plus récemment “Zéro”, sorti en salles en décembre 2012, qui devient numéro 1 du box-office. Le réalisateur poursuit sa carrière à l’international et remporte de nombreux prix, notamment pour ses courts-métrages “Brèves notes” et “Dans les griffes de la nuit”.

Danaé Pol
Mardi 10 Décembre 2013

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