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Non à la mise sous tutelle des médias !




Non à la mise sous tutelle des médias !
La scène médiatique marocaine, essentiellement dans son volet audiovisuel, est aujourd’hui exposée à une véritable campagne œuvrant à vider son contenu de tout le rayonnement qui doit être le sien et aspirant à lui imposer une dimension morale dont le seul objectif est de la soumettre à une domination certaine. Et ainsi, la récente intervention du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, à la Chambre des conseillers, aura dévoilé un aspect de ces manœuvres intervenues suite à l’apparition au grand jour de cette ambition d’imposer une tutelle, que ce qui a été appelé «cahiers des charges» ont voulu mettre en place, avant qu’ils ne soient eux-mêmes amendés après la levée de boucliers du secteur audiovisuel.
L’entreprise d’imposer un discours à référentiel moral et religieux, clairement exprimé par le ministre de tutelle sous le couvert de « mettre un terme au Mal » – c’est son expression –, revient principalement à faire de l’audiovisuel national une annexe de ces chapelles qui se caractérisent par des discours à connotation religieuse et qui rappellent celles du parti conduisant le gouvernement et dans les rangs duquel milite le ministre El Khalfi.
Ce retour au discours de nature morale et religieuse coïncide avec la violente attaque menée par le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane contre les médias et les journalistes, de même qu’il intervient au moment même où l’on constate un tassement de la volonté de réformer dans différents et maints secteurs. Cela laisse penser que la concentration sur les médias, à laquelle nous assistons aujourd’hui, entre dans le cadre d’un calendrier servant les desseins du parti et dessert les objectifs principaux de l’audiovisuel public, lesquels se fondent d’abord et avant tout sur le respect de la pluralité politique, linguistique et culturelle, mais aussi sur la diffusion des valeurs de liberté et des principes de concurrence et de libre entreprise.
Le rôle de l’institution législative est le contrôle de l’action du pouvoir exécutif ; elle ne doit donc pas être instrumentalisée ni dressée contre le paysage audiovisuel, pour des objectifs strictement partisans et moraux. Le Parlement se doit de vérifier et de superviser l’application du programme gouvernemental dans ce secteur, entre autres. L’institution législative doit également s’attacher à promulguer les lois et règlements prévus par la Constitution et entrevus pour l’amélioration de la situation économique et sociale du pays.
La Constitution a, par ailleurs, défini les attributions et responsabilités de la Haute autorité pour la communication audiovisuelle (HACA) en matière de respect de l’expression plurielle des différents courants d’opinions et de pensées, en plus du droit à l’information, dans le cadre du respect des valeurs nationales et des lois en vigueur dans le Royaume. Ainsi donc, toute entreprise allant contre ces attributions ou œuvrant à les contourner, voire à les détourner, serait  une flagrante violation de l’esprit et de la lettre constitutionnels.
M. le ministre de la Communication a déclaré haute et fort qu’il n’appartenait pas à des fonctionnaires non élus de décider des choix et orientations de la production médiatique mais, dans le même temps, et en considération du fait qu’il est lui-même un fonctionnaire non élu, il s’est octroyé ce pouvoir d’intervention et d’orientation dans le paysage audiovisuel, prétextant un dessein moral. Mais, s’il s’était donné la peine d’observer les dispositions des cahiers des charges élaborés par son département, avant leur amendement, il aurait remarqué qu’il se plaçait lui-même dans une position qui ne lui permet pas de prodiguer ses conseils et de se lamenter sur le sort actuel du paysage audiovisuel national. Et la meilleure preuve de cette situation est le classement du Maroc au 147ème rang mondial en matière de liberté de la presse, un classement qui revient à cette approche autoritaire de l’Exécutif quant à  la production médiatique. Et l’entreprise du ministre El Khalfi de rapprocher les mécanismes de tutelle de son ministère de l’influence tentaculaire du Mouvement Unicité et Réforme est un autre exemple de ces objectifs résolument obscurantistes.
Le retour du discours moral et religieux établit clairement les revers enregistrés dans les politiques de réforme qui n’ont pas trouvé leur chemin pour leur réalisation ; et pour se dédouaner de toute accusation ultérieure d’avoir laissé les choses aller à la déliquescence, le ministre El Khalfi prend appui sur la dimension morale, espérant justifier son échec cuisant dans la gestion d’un secteur vital, mais aussi maître de son destin.
Notre responsabilité, en tant que signataires de cette pétition, consiste à tirer la sonnette d’alarme face à cette tentative de mise sous tutelle de ce secteur, entreprise par le ministère de la Communication. Et le discours moral et moralisateur poussiéreux et venu en droite ligne du musée de l’Histoire n’est qu’un arbre qui cache la forêt des contradictions et aussi, et surtout, la volonté de dompter, de soumettre puis de contrôler le paysage audiovisuel, afin qu’il devienne maîtrisé, sans âme ni vision.
Nous dénonçons donc avec force et vigueur la portée hostile du discours du ministre El Khalfi, et nous appelons également l’ensemble des acteurs et intervenants à se dresser de nouveau contre ces appels à la domination et au contrôle. En effet, la lutte pour la liberté de la presse et pour la consécration de la mission des médias dans l’éducation et le rayonnement ne peut être dissociée de la vraie bataille qui est celle de la liberté et du progrès.
 
Les premiers signataires
 
- Mouaad Rhandi, journaliste et producteur
- Sanaa El Aji, journaliste et écrivain 
- Ahmed Arrehmouch, coordinateur du réseau amazigh Azetta
- Fatiha Darif, vice-présidente de la section Maroc d'Amnesty International
- Fatiha Sadass, membre du Bureau politique de l'USFP
- Khadouj Slassi, présidente de l'organisation ittihadie des femmes
- Samira Sitaïl, journaliste
- Driss Moussaoui, ancien président de l'Association mondiale de la psychiatrie sociale
- Latifa Ahrarre, actrice
- Naïm Kamal, journaliste
- Sabah Chraïbi, universitaire
- Laila Ouachi, experte en communication
- Narjis Rerhaye, journaliste
- Abdelilah Souadka,membre fondateur du Forum du débat démocratique
- Mohamed Benarbia, journaliste
- Aziz Boucetta, journaliste et directeur du site Internet « Panorapost »
- Youssef Jajili, directeur de la publication du journal « Al Ane»
- Ahmed Aassid, écrivain et chercheur
- Mohamed Choubi, acteur 
- Saad Sarhane, écrivain
- Abdessalam El Galaai, réalisateur 
- Mokhtar Laghzioui, directeur de publication du journal « Al Ahdat Al Maghribia »
- Mouna Fettou, actrice
- Driss Roukh, acteur 
- Yacine Omari, journaliste
- Khalid Nakri, producteur
- Jamal El Khanoussi,  journaliste 
- Jihane El Bahar, scénariste 
- Outhmane Benadjallil, producteur 
- Nadia Kamal Merouizi, scénariste 
- Mohamed Moftakir, réalisateur 
- Si Mohamed Lachhab, journaliste et écrivain
- Abdelhamid Jmahri, poète et écrivain 
- Mohamed Bayoude, directeur artistique du Ficam
- Youssef Fadel, cinéaste et romancier.
 

Libé
Jeudi 29 Mai 2014

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