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Ni tout à fait homogène ni tout à fait hétéroclite : Benkirane tient sa majorité




Ni tout à fait homogène ni tout à fait hétéroclite : Benkirane tient sa majorité
C'est fait. Abdelilah Benkirane tient sa majorité. Après un week-end politiquement chargé, le leader du PJD, parti vainqueur aux législatives du 25 novembre, peut souffler : il dispose désormais d'une majorité confortable. Avec l'Istiqlal, le Mouvement populaire et le PPS -en plus du PJD bien sûr-, les islamistes peuvent  se prévaloir de 216 voix à la Chambre des représentants et autant de députés pour soutenir sa politique.
Un week-end éminemment politique donc qui a vu la réunion en session extraordinaire d'un comité central et de deux conseils nationaux. Samedi 10 décembre, c'est le PPS qui ouvre le bal des conclaves en réunissant à Salé les membres de son comité central. Le parti des anciens communistes ne crée pas vraiment la surprise en acceptant l'offre du patron des islamistes. Le PJD avait d'ores et déjà annoncé, il y a plusieurs jours déjà, la disposition de ce parti  de gauche à gouverner avec une équipe aux couleurs foncièrement conservatrices.  C'est maintenant officiel, bénédiction des militants à l'appui : le PPS accepte de rejoindre la majorité et le gouvernement Benkirane « au nom de l'intérêt national » et après avoir écouté et analysé le vote des électeurs. Après 9 heures de débat, des militants qui ont voté en faveur de l'entrée du PPS au prochain gouvernement (53 se sont prononcés contre et 7 ont choisi l'abstention),  cette formation politique aux destinées de laquelle préside l'ancien ministre de la Communication Nabil Benabdallah va donc prêter main forte à l'Exécutif conduit  par Benkirane. « Ce qui est aussi officiel, c'est que le PPS se détache complètement de la gauche en acceptant de rejoindre un gouvernement conservateur. Il ne faut pas oublier que quelques jours seulement avant les élections, le PPS participait à un séminaire organisé au siège de l'USFP, sur le thème du pôle de gauche. Tous les discours enflammés de ce parti sur le nécessaire rassemblement de la famille de gauche sont finis. On a le sentiment que le Parti du progrès et du socialisme a vendu son âme et qu'il n'a pas résisté à l'appétit du pouvoir. La question qui se pose aujourd'hui et à laquelle il devra répondre est de savoir quel sera son référentiel alors qu'il a fait le choix de faire alliance avec les islamistes et de manière plus générale avec un pôle conservateur », s'interroge l'universitaire et titulaire de la chaire des droits de l'Homme à l'Université Mohammed V, Ali Sedjari.

“Le MP ne peut pas vivre en dehors du pouvoir”
En plus du PPS, le Parti justice et développement peut compter sur l'Istiqlal qui a réuni ce dimanche 11 décembre son conseil national. Au lendemain de la victoire du PJD aux élections, les Istiqlaliens s'étaient empressés d'annoncer tambour battant leur disposition à rejoindre Benkirane et sa future majorité. « Une alliance naturelle : le parti fondé par Allal Al Fassi rejoint le camp politique qui a toujours été le sien. Les deux partis prêchent la bonne parole politique dans les mêmes chapelles. Ils puisent leur électorat dans le même terroir », soutient cet observateur de la chose politique. Dimanche, Abbas El fassi, le Premier ministre sortant, a rassuré les siens. L'Istiqlal n'intègre pas la future majorité à n'importe quel prix. Il compte bien négocier pied à pied son entrée dans le gouvernement Benkirane. Le nombre et la nature des portefeuilles ministériels mais aussi ses « ministrables » sont autant de points qui pèseront lourds lors de cette deuxième phase des consultations que le chef de gouvernement désigné devrait entamer en ce début de semaine.
Autre conseil national réuni ce dimanche à Rabat, celui du Mouvement populaire. Une simple formalité, cette fois-ci. Quelques jours auparavant, le Bureau politique du MP avait officiellement fait le choix du soutien plein à la majorité de Benkirane. Le parti de Mohand Laenser  revient donc au gouvernement et fait faux bond à ses principaux partenaires du G8, le RNI et le PAM  qui eux se sont déjà assis sur les bancs de l'opposition. L'analyse du politologue Ali Sedjari est sans appel. « Que le Mouvement populaire rejoigne le PJD et l'Istiqlal ne devrait pas choquer surtout les avocats de l'émergence d'un pôle libéralo-conservateur. Ce qu'il faut surtout savoir, c'est que le MP ne peut pas vivre en dehors du pouvoir. La preuve, il a très vite tourné le dos à ses amis du G8. A cela il faut ajouter que sa soumission est de plus notoire ! ».
Le chef de gouvernement désigné sera dans les prochains jours chef d'une majorité « ni-ni » : ni tout à fait homogène, ni tout à fait hétéroclite, l'entrée d'un parti de gauche, le PPS, ayant quelque part faussé le jeu et déçu les plans des architectes d'un pôle conservateur.
« Il n'empêche que la carte politique commence à s'esquisser. De grands blocs se dessinent avec un camp plus ou moins conservateur, un front de gauche et un pôle dit libéral. La recomposition du champ politique est malgré tout en marche » conclut Ali Sedjari .

Narjis Rerhaye
Lundi 12 Décembre 2011

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1.Posté par lecomte le 12/12/2011 10:55
Ce que vous dites de la participation du PPS (un parti de gauche) à un gouvernement conservateur, ne vous paraît-il pas s'appliquer également à l'USFP qui a fait parti du gouvernement précédent aux cotés du RNI et de l'UC ?

2.Posté par Sarah le 12/12/2011 15:30
Abdelilah Benkirane a déclaré vouloir construire des « relations plus équilibrées » avec l'Union européenne suite un article en arabe

http://www.marocpress.com/akhbar

tout en affirmant que la crise économique, qui touche actuellement l’Europe, aura des répercussions sur le Maroc. « L'Europe et l'Occident sont nos alliés.

3.Posté par futurbarbu le 12/12/2011 16:25
Poutine l'a bien fait en passant du KGB sovietique communiste au libéralisme ravageur ;pourquoi le notre ne fait pas de meme :le gouvernement est mort,vive le gouvernement ! apres tout il suffit de changer d'habit :ne l'appelez plus camarade mais akh ! c'est plus islamiste .

4.Posté par driss le 12/12/2011 19:26
Vous avez tout à fait raison de vous poser cette question lecomte; pour ma part, je pense que l'USFP a commis une erreur stratégique historique en choisissant de se situer dans le camp de l'opposition au motif que ce parti est à gauche et que la formation gouvernementale qui sera constituée par le PJD est conservatrice. Qui eut cru qu'un jour le parti de Feu Ben Barka allait composer et gouverner avec le PI,le MP et le RNI taxé pas plus tard qu'il y a quelques années, de parti de l'Administration ? A mon sens, ces critères dénommés gauche, droite et que sais-je encore dans le régime politique du Royaume du Maroc n'ont aucune signification dans notre contexte,ni historiquement ni idéologiquement ; et ce qui intéresse les marocains avant tout, c'est que les gouvernants aient le courage d'introduire des changements dans la gouvernance du pays,pour le développement du pays et le bien-être des citoyens. Nous avons applaudi le gouvernement de l'alternance en 1998 mais hélas des maux continuent d'entraver l'épanouissement de notre société et pour être clair avec vous, sans parler du chômage,du pouvoir d'achat des citoyens,des écarts honteux entre les diverses couches de la société, des inégalités criantes entre les territoires du pays en matière d'infrastructures de base, sociales, d'éducation,d'adduction d'eau et d'électricité,de proximité de l'administration des citoyens etc... etc...pour ne soulever que ces éléments-là, j'estime qu'un gouvernement qui n'arrive pas à soulager les citoyens de l'emprise esclavagiste des moukata3ates, des chioukhs et mokaddemines, des traitements dégradants que rencontrent les citoyens dès qu'ils s'adressent à un service "public", cela veut dire que ce gouvernement n'a rien fait au final parce que ce qui compte avant tout, c'est de redonner à ce citoyen sa karama, sa dignité(si toutefois il l'avait eu auparavant) . Personnellement, je pense que cette démocratie de façade à laquelle plusieurs partis authentiques ont participé et y ont laissé leur âme, va encore perdurer et pour biennnnn longtemps. Aussi quand j'entends M. Benkirane dire que s'il est empêché de faire jouer ses prérogatives de chef du gouvernement, il n'hésiterait pas à déposer le tablier, je trouve que c'est courageux de sa part pour quelqu'un qui est taxé de conservateur; et c'est à cet aspect là de l'évènement que l'USFP aurait dû s'attacher et tenter une nouvelle expérience sous l'empire de la nouvelle donne politique du Maroc et qui sait, si au bout de l'itinéraire, l'USFP en serait sorti plus agrandi et au final être membre fondateur d'un nouveau pôle "centre-gauche" face à un G8 qui se cherche encore. Mais enfin, c'est le choix de ses militants et il faut le respecter et j'espère pour eux que l'avenir me contredira .Une petite précision pour terminer, je ne suis ni PJD ni quoi que ce soit pour lever toute ambiguïté . Cordialement vôtre .

5.Posté par driss le 13/12/2011 07:21
Bonjour,c'est encore moi; je soumets à votre réflexion le texte ci-dessous qui est en fait un commentaire de "voirpourcroire" d'un article d'Imane Youssfi dans bondy blog de yahoo intitulé " Mohamed VI a-t-il convaincu son peuple ? " . C'était à la suite du lancement du processus référendaire concernant la nouvelle constitution qui aurait,semble-t-il, recueilli une approbation quasi unanime . Bonne lecture .

voirpourcroire dit : 15 mars 2011 à 17 h 30 min :

Ce dont a besoin le Maroc, c’est d’une révolution et révolution ne veut pas dire le renversement d’un régime. Le Royaume uni a bien fait sa révolution au XVIIè siècle et il a même connu pendant une courte période un régime républicain, la République de Cromwell qui s’est achevée par le retour de la monarchie mais bien parlementaire cette fois. Dans cette nouvelle forme de gouvernement, ce sont les représentants du peuple et non plus le roi comme par le passé, qui fixent les émoluments de la couronne et c’est ainsi qu’àprès chaque vote du budget du royaume,le roi ou la reine remercie dans un discours solennel, ses bons sujets pour leur générosité.
Revenons au Maroc, ici on n’a jamais parlé dans le discours officiel, de l’instauration d’une monarchie parlementaire où le roi règne et ne gouverne pas comme à l’anglaise,l’espagnole ou la belge, mais de simples aménagements constitutionnels qui peuvent sur le plan théorique, constituer des améliorations par rapport au texte actuel.
Mais ma foi, les lois ne valent que par les hommes et les moeurs qui les appliquent. A cet égard, il me semble que de nombreuses mesures suceptibles d’avoir un impact positif direct sur la vie des marocains peuvent être mises en oeuvre dans ce pays même sous l’empire de l’actuelle constitution, la Grande Bretagne fonctionnant bien sans constitution écrite faut-il le rappeler.
Si dans d’autres pays arabes, le slogan « le peuple veut la destitution du régime », ici et en tous cas en ce qui me concerne, je dirais, à défaut d’une voie plus dure et tout aussi hasardeuse:
1) Pour une répartition juste et équitable des richesses du pays, en faisant des coupes drastiques dans le train de vie de l’Etat, toutes institutions confondues, émoluments et salaires faramineux,dépenses somptueuses inutiles,gaspillages de toutes sortes,deux chambres parlementaires pourquoi faire?,revalorisation des petits salaires,lutte contre les monopoles et l’exclusion,lutte contre la corruption et le népotisme,le rapatriement des richesses nationales investies ou thésaurisées à l’étranger,la réforme profonde de la fiscalité et le soutien aux citoyens vulnérables et à l’enfance démunie. A-t-on besoin d’une nouvelle constitution pour celà? c’est de volonté politique que l’on a besoin plutôt et ça c’est une autre paire de manches à laquelle on aimerait bien avoir un éclairage de la part d’Imane.
2) Pour un service public citoyen, au service des citoyens et à ce propos le peuple demande que l’Etat répande les services publics à travers tout le territoire national (électricité,eau potable, routes,écoles, dispensaires actifs, justice de proximité etc…etc…);que l’Etat exerce son pouvoir de gestion et de contrôle sur le fonctionnement desdits services en y instaurant une culture de la citoyenneté où le citoyen peut accéder aux prestations du service public sans faire l’objet, ni de brimades,ni de retards,ni de maltraitance, ni d’extorsions de bakchich,ni de discriminations, ni… ni… ni…à ne pas en finir hélas ! La question à poser aux âmes plus que puériles, est-il besoin d’une nouvelle constitution pour modifier le comportement des caïds, chioukhs, mokaddmines, fonctionnaires préposés au service des usagers, douaniers, gendarmes, policiers,personnels, soignant et administratif des hôpitaux publics et de toutes les administrations publiques ? Ce qu’il faudrait, c’est plutôt une bonne dose de contrôle sur les services publics, associée à une écoute sérieuse des cris et des doléances des citoyens et suivie par la levée du système de l’impunité en vigueur dans les moeurs de nos institutions.Toutes les administrations et les entreprises publiques ont un site web où les usagers sont l’objet d’invites à déposer leurs doléances, essayez et vous verrez qu’aucun organisme ne vous répondra , quant à retirer un minable extrait d’acte de naissance pour ne donner que cet exemple, patience et longueur de temps.
3) Les libertés publiques et collectives ne sont ni totalement de façade, ni totalement réprimées, c’est du nini;c’est en fonction des jours et des tempéraments comme quoi la pratique des textes est aléatoire et en gros, il y a une certaine tolérance à l’expression limitée desdites libertés sauf en ce qui concerne les pratiques mafieuses et à cet égard, on ne sait pas si être épié pour le compte des services de sécurité par toutes sortes de bergaga (gardiens de voitures dans les quartiers et qui se multiplient à profusion avec leur lot de désordres dans les stationnements, concierges des immeubles etc…), signifie être atteint dans sa liberté? Il y a beaucoup de choses à voir et revoir en cette matière et en tous cas, ça n’est pas une constitution qui va régler cette question.
4) L’investissement et l’emploi qui sont freinés par toutes sortes de pratiques immorales et de précédures décourageantes,anti-concurrentielles,fiscales, paperassières,lentes et discriminatoires et au final contre productives de richesses; un épais dossier qu’une main de fer et non pas une disposition constitutionnelle,est à même de toiletter.
5) La nomination des membres des gouvernements qui obéit à des considérations désastreuses et irrationnelles depuis l’indépendance du pays est à bannir des moeurs politiques du pays et là c’est toute la problématique de la vie politique qu’il faut revoir, laissant le champ ouvert aux diverses compétences du pays et notamment la jeunesse, d’exprimer librement leur existence et leurs programmes. Les partis politiques dont l’échine est courbée par de nombreuses et lourdes années d’existence et de révérences sont dépassés par les évènements et par les défis du présent et du futur.
Alors, en attendant le vote et la promulgation de la nouvelle version constitutionnelle, y-a-t-il un bon coeur qui bat pour ce bon peuple, pour faire quelque chose ?


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