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«Ni Est, ni Ouest» de Kamel Nuseirat: Une pièce de théâtre brise le tabou des relations entre Palestiniens et Jordaniens




«Ni Est, ni Ouest» de Kamel Nuseirat: Une pièce de théâtre brise le tabou des relations entre Palestiniens et Jordaniens
Jaber le Jordanien et Zarifeh la Palestinienne sont mariés et se disputent tout le temps, surtout quand leurs équipes de football préférées s’affrontent. Une pièce de théâtre présentée à Amman lève le voile sur les relations complexes entre le royaume et «ses» Palestiniens.«Ni Est, ni Ouest» est une pièce qui met en scène de façon subtile et avec beaucoup d’humour le clivage entre les Jordaniens, habitant la rive est du Jourdain, et les Palestiniens du royaume, originaires de Cisjordanie, située sur la rive ouest.
Cette pièce, qui a connu un véritable succès ces dernières semaines, met en scène Jaber, Jordanien et fier de l’être, et Zarifeh, son épouse, une Palestinienne dotée d’une forte personnalité.
Pour son auteur, Kamel Nuseirat, «Ni Est, ni Ouest» est la première pièce à s’attaquer au tabou que constituent les relations difficiles entre le royaume et l’importante communauté palestinienne qui y vit.
Il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre de Jordaniens d’origine palestinienne vivant dans le pays mais, selon des experts, ils représentent une part importante des six millions de Jordaniens.
Le nombre de réfugiés palestiniens, qui n’ont pas la nationalité jordanienne, est par ailleurs estimé à deux millions par l’ONU.

«La société jordanienne est divisée. Je peux fièrement dire que j’ai brisé ce tabou grâce au Printemps arabe» qui a fait tomber le mur de la peur dans la région après des décennies de dictature, indique M. Nuseirat.
«Beaucoup de responsables ont assisté à la représentation et ont applaudi. Je pense qu’ils ont reçu le message», se félicite-t-il.

 Pour faire passer ce message, il a notamment choisi la métaphore du football, le sport le plus populaire en Jordanie.

 Comme la majorité des Jordaniens de souche, Jaber est supporteur du club Faisaly. Zarifeh, elle, est une fan invétérée du club rival Wihdat, du nom d’un immense camp de réfugiés palestiniens à Amman. La couleur des rideaux du salon est à l’image de la division qui règne dans le ménage. La moitié d‘entre eux sont verts, la couleur de Wihdat, tandis que les autres sont bleus, celle de Faisaly.
Les matchs entre les deux équipes se déroulent généralement sous haute surveillance, par peur d’affrontements entre supporteurs rivaux.

 Quand ce n’est pas le foot, c’est la nourriture qui divise. L’un préfère le mansaf, le plat national jordanien, et l’autre la mouloukhiyeh, un plat à base de feuilles de corète prisé par les Palestiniens. 

«Que dirais-tu de légumes bleus?», en référence aux couleurs de Faisaly, demande Zarifeh à son mari lorsqu’il refuse de manger des légumes verts.

 Un jour, des cambrioleurs pénètrent dans leur maison. En fait, c’est Jaber qui les laisse entrer, espérant ainsi saper le pouvoir de sa femme.

 Mais les truands pillent tout. Une allusion, explique M. Nuseirat, à la corruption dans le pays, un fléau que dénoncent notamment chaque vendredi des manifestants, inspirés par le Printemps arabe.
Effondré et tenaillé par le remords, Jaber avoue tout à sa femme, disant vouloir repartir sur de nouvelles bases dans leur relation.«Maintenant, nous devons apprendre à vivre ensemble. C’est facile de détruire un mur, mais c’est mieux de faire tomber les barrières dans nos coeurs», lance-t-il.
Les tensions entre Jordaniens et Palestiniens ont connu leur paroxysme en 1970, au cours du tristement célèbre Septembre noir durant lequel des milliers de personnes ont péri après que des mouvements de guérilla palestiniens ont tenté de renverser la monarchie hachémite. Un événement que Palestiniens et Jordaniens évitent aujourd’hui d’évoquer.

«S’attaquer aux problèmes sociaux et politiques qui entravent le développement fait partie des devoirs de l’artiste», estime M. Nuseirat, emprisonné en 1995 pour avoir publié un livre jugé «offensant» par le défunt roi Hussein.
Il regrette cependant que «les artistes et les écrivains arabes s’autocensurent encore plus que ne le font les autorités». Pour lui, cette oeuvre est bel et bien «un appel à l’unité nationale». Une leçon retenue par Laith, un étudiant venu voir la pièce: «Nous ne devons pas oublier que les footballeurs de Faisaly et de Wihdat jouent aussi pour l’équipe nationale, dont nous sommes tous fiers».

AFP
Lundi 6 Août 2012

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