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Neil Gorsuch, gardien farouche de la Constitution américaine




Magistrat brillant à l'ascension rapide, Neil Gorsuch incarne des thèmes chers à l'Amérique conservatrice en matière de famille, de religion et d'interprétation littérale de la Constitution.
Même s'il a depuis longtemps une chevelure argentée, cet homme élégant de 49 ans est devenu vendredi le plus jeune juge confirmé à la Cour suprême des Etats-Unis en un quart de siècle.
Encore tout récemment largement inconnu, ce natif du Colorado est sorti vainqueur d'une course d'obstacles particulièrement difficile entre sa nomination par Donald Trump fin janvier et sa confirmation par le Sénat 66 jours plus tard.
Il a notamment été cuisiné durant 20 heures par les élus démocrates, mais a conservé un calme olympien, sans jamais hausser le ton.
Il s'est présenté comme libre de toute influence politique, affirmant même qu'il n'aurait aucune réticence à juger, le cas échéant, le président Trump.
Au final, il s'est gardé de livrer ses opinions personnelles, au nom de l'indépendance qu'il devra incarner au sein de la plus haute juridiction américaine.
Ses convictions sont pourtant connues, notamment des groupes conservateurs parmi lesquels le principal lobby des armes qui n'ont pas hésité à dépenser des millions de dollars pour le soutenir.
Favorable à la peine de mort, il a rédigé un livre développant des arguments contre l'euthanasie et a soutenu des entreprises qui refusaient de fournir une couverture santé incluant une contraception à leurs employées.
Dans une vieille affaire, le juge Gorsuch avait donné raison au patron d'une société de transport qui avait licencié un de ses chauffeurs pour avoir abandonné sa remorque aux freins bloqués par le gel, l'homme ayant simplement été se mettre à l'abri du froid.
"Le juge Gorsuch a l'habitude inquiétante de faire passer les puissants avant les sans-voix", estime le sénateur démocrate Chris Murphy. "Il a constamment insinué que les entreprises et les grands donateurs avaient plus de droits constitutionnels que ceux qui travaillent pour eux".
Siégeant encore récemment à la Cour d'appel fédérale de Denver, dans cet Etat montagneux du coeur de l'Amérique qu'est le Colorado, Neil Gorsuch est doté d'une politesse indéfectible, parfois qualifiée d'obséquiosité.
Il est également réputé pour ses talents de diplomate et sa rigueur intellectuelle.
Ses jugements à la rédaction ciselée l'ont amené à être comparé à Antonin Scalia, le pilier conservateur de la Cour suprême décédé l'an dernier et dont il occupera le siège.
Neil Gorsuch ne cache pas son admiration pour le magistrat disparu. Il a relaté avoir pleuré en apprenant le décès de son mentor.
Comme le juge Scalia, Neil Gorsuch appartient à l'école de jurisprudence américaine originaliste, qui soutient que la Constitution doit être interprétée conformément à son sens à l'époque de son adoption. En choisissant Neil Gorsuch, M. Trump a envoyé un message aux "flyover states", ces Etats d'Amérique que l'on survole en allant d'une côte à l'autre et qui se sentent oubliés. Pas un seul n'a vu naître l'un des huit juges qui siègent actuellement à la haute Cour.
Neil Gorsuch se dit d'ailleurs attaché à son Colorado, où il pratique la pêche à la mouche et où, avec sa femme Louise et leurs deux filles, il élève des chevaux, des volailles et des chèvres.
Mais le magistrat issu d'un milieu aisé n'arrive pas non plus en étranger sur la côte atlantique. Il a vécu une partie de sa jeunesse à Washington, où sa mère dirigeait sous Ronald Reagan l'Agence de protection de l'environnement.
Comme les autres sages de la colline du Capitole, Neil Gorsuch est issu de l'"Ivy League", ce groupe de huit universités prestigieuses du nord-est des Etats-Unis.
Il est passé par Columbia et la Harvard Law School --peu après un certain Barack Obama-- avant de traverser l'Atlantique pour peaufiner son CV à Oxford. D'où peut-être son goût pour citer Winston Churchill.
Le juriste a ensuite arpenté en 1993/1994 la Cour suprême, comme l'un des clercs d'Anthony Kennedy qui, à 80 ans, fait toujours partie de la vénérable institution.
M. Gorsuch a également travaillé dix ans comme avocat d'affaires dans le privé, avant de rejoindre les services du ministère de la Justice sous la présidence de George W. Bush.
Il a alors rédigé des notes dans lesquelles il semblait défendre le recours à la torture. Il a assuré en mars ne pas se souvenir du détail de ces écrits.

Mardi 11 Avril 2017

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