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Nadia Savtchenko, symbole de l'Ukraine dressée face à l'“ennemi” russe

Savtchenko L'Ukraine a le droit d'exister




Nadia Savtchenko, symbole de l'Ukraine dressée face à l'“ennemi” russe
Inflexible devant la justice russe, volontiers provocatrice, la pilote militaire Nadia Savtchenko, de retour en Ukraine après avoir été échangée contre deux Russes, incarne pour ses compatriotes une "Jeanne d'Arc", icône nationale dressée face à Moscou.
Libérée mercredi par la Russie, cette Ukrainienne de 35 ans a été accueillie sur le tarmac de l'aéroport de Kiev par sa mère et sa soeur, puis reçue par le président Petro Porochenko qui lui a remis le titre de "Héros de la Nation".
Condamnée en mars par un tribunal russe à 22 ans de prison pour avoir, selon l'accusation qu'elle rejette, fourni à l'armée ukrainienne la position de deux journalistes de la télévision publique russe tués par un tir de mortier dans l'est séparatiste de l'Ukraine en juin 2014, Nadia Savtchenko ne purgera donc pas sa peine.
Connue pour son esprit bravache et sa détermination face aux juges russes, elle a été échangée contre deux Russes, accusés d'être des agents des services secrets militaires russes (GRU) et condamnés en Ukraine à 14 ans de prison pour avoir combattu aux côtés des rebelles prorusses.
Fidèle à sa réputation, la jeune femme a juré, sitôt le pied posé sur le tarmac de l'aéroport, être prête à se "sacrifier de nouveau sur le champ de bataille pour l'Ukraine".
"L'Ukraine a le droit d'exister", a-t-elle plus tard affirmé, rapporte l’AFP.
Son procès lui a apporté une renommée mondiale et le soutien des autorités de Kiev, qui l'ont toujours considérée comme une prisonnière politique, mais aussi des capitales européennes, de Washington ou du prix Nobel bélarusse Svetlana Alexievitch, qui l'a qualifiée de "Jeanne d'Arc ukrainienne", "symbole du peuple ukrainien".
Originaire de Kiev, Nadia Savtchenko obtient un diplôme de stylisme, puis étudie brièvement le journalisme avant que sa passion pour le ciel ne la conduise vers l'armée ukrainienne.
Pour entrer plus facilement à l'académie de l'armée de l'air, la jeune femme sert plusieurs années dans des unités militaires en Ukraine ainsi que dans le contingent de maintien de la paix en Irak en 2004.
En 2009, Nadia Savtchenko, qui rêve de piloter un avion de chasse, obtient un diplôme de navigateur aérien pour hélicoptère de combat Mi-24.
Alors qu'elle souhaite devenir parachutiste, un commandant de bataillon lui rétorque qu'il ne recrute pas de femmes avant de lui imposer de courir 15 kilomètres dans la neige avec un sac à dos de 15 kilos, selon un documentaire de 2011 que le ministère de la Défense lui a consacré.
Début 2014, elle rejoint le mouvement pro-européen du Maïdan, qui débouche sur la chute du président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch.
Quand la guerre éclate dans l'est de l'Ukraine, elle demande à être déployée sur place. Faute de réponse positive, elle part à la guerre sur ses "vacances", dit-elle. Pour certains, elle a simplement déserté pour rejoindre le bataillon de volontaires Aïdar, une unité controversée, plus tard accusée de crimes de guerre par Amnesty International.
Le 17 juin 2014 à Lougansk, l'un des bastions rebelles, l'Ukrainienne dit s'être approchée de l'endroit où des rebelles venaient de frapper des véhicules blindés "pour voir s'il y avait des blessés". Elle affirme avoir été "enlevée" à ce moment-là. L'accusation a assuré pour sa part qu'elle a été arrêtée plusieurs jours plus tard en Russie, après avoir traversé d'elle-même la frontière.
Selon la défense de Nadia Savtchenko, elle se trouvait déjà aux mains des rebelles au moment de l'attaque au mortier ayant tué les deux journalistes russes et ne pouvait pas fournir leur position à l'artillerie ukrainienne.
La militaire est devenue célèbre lorsqu'une vidéo de son interrogatoire, mené par des rebelles, a été diffusée sur Internet. Menottée, elle y explique fermement être venue sur le front pour "défendre l'Ukraine et son intégrité territoriale".
Sa popularité en Ukraine grandit pendant son procès. Elle n'hésite pas à porter un chemisier brodé de motifs ukrainiens et à défier le pouvoir russe, voire Vladimir Poutine personnellement, en qualifiant la Russie de "pays du tiers-monde avec un régime totalitaire et un despote à sa tête".
Vers la fin de son procès, elle saute sur le banc des accusés et adresse un spectaculaire bras d'honneur à ses juges avant d'entonner l'hymne ukrainien.
Elue symboliquement députée en Ukraine, elle a passé plus de 80 jours en grève de la faim de décembre 2014 à mars 2015. Début mars, elle a arrêté de se nourrir et de s'hydrater pendant sept jours prévenant Moscou: à vous de choisir si vous voulez me rendre "morte ou vivante".

Mardi 31 Mai 2016

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