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Mustapha Jmahri : El Jadida, est ma raison d’être




Mustapha Jmahri : El Jadida, est ma raison d’être
L’auteur jdidi revient avec un nouveau livre,
A l’ombre d’El Jadida, une autobiographie ou plutôt des fragments de vie qui ont une valeur documentaire.
Rencontre avec
un passionnant conteur d’histoires locales.


Libé : Vous avez fait une formation à l’Institut supérieur de journalisme et vous vous êtes retrouvé dans des recherches liées à l’histoire locale. Comment en êtes-vous arrivé là?

Mustapha Jmahri : Au tout début de mon parcours, j’ai commencé  par écrire des nouvelles en arabe dans le quotidien Al-Alam. J’ai publié d’ailleurs quatre recueils de nouvelles dont deux au Maroc et deux autres en Syrie sous l’égide de l’Union des écrivains arabes. Puis un jour, alors que j’étais à Rabat, poursuivant mon cursus en journalisme, j’ai constaté de visu que les centres d’intérêt des lecteurs n’étaient pas forcément littéraires ou artistiques. Pour de multiples raisons sociales, culturelles et politiques, d’autres tendances plus pragmatiques captaient l’intérêt telles que l’histoire, la sociologie, l’économie, les mémoires et l’étude monographique.  
En ces temps-là, j’ai constaté aussi que les publications portant sur les grandes villes comme Casablanca et Rabat et les destinations impériales comme Marrakech et Fès abondaient alors que les petites cités historiques comme El-Jadida et Azemmour ne retenaient  plus l’attention des chercheurs.
J’ai écrit mon premier article sur El Jadida dans la défunte revue Lamalif en 1987. L’article s’intitulait : El Jadida : histoire d’une ville. La même année, avec la complicité du directeur de l’Institut français d’El Jadida, j’ai organisé une table ronde autour du thème : « L’histoire d’El Jadida racontée par ses anciens habitants » à laquelle avaient pris part d’anciens Jdidis, marocains et étrangers, et ce en présence d’une assistance vivement séduite par les vibrants témoignages présentés.
L’intérêt suscité par cette première rencontre a fait qu’elle a été rééditée à deux reprises en 1988  et 1989. Les trois tables rondes ont réussi à répondre au souhait de ceux qui s’intéressent à l’histoire locale notamment les étudiants de l’Université Chouaîb Doukkali, c’est-à-dire connaître la bibliographie relative à l’histoire d’El Jadida et de sa province.

Que représente El Jadida pour vous ?

Je peux affirmer qu’El Jadida, pour moi, est ma raison d’être. C’est une ville qui, par ses ruelles, son port, et sa médina, me raconte l’histoire de ma famille. Une famille de grands marins qui y étaient toujours attachés depuis la première moitié du 19ème siècle. En effet, mes trois grands-parents paternels étaient de père en fils raïss au port, c’est-à-dire maîtres-marins.

Est-ce qu’on peut dire que le lien familial est le secret de votre attachement à El Jadida?

Pour vous répondre d’une façon objective, je dirais qu’en effet il y a trois secrets à cet attachement :
Le premier secret, je viens de le citer dans la réponse précédente qui consiste en le lien familial. Le deuxième est de satisfaire autant que possible une demande d’informations émanant de jeunes étudiants et aussi de simples lecteurs en quête de connaissances sur leur environnement immédiat. Le troisième secret est de satisfaire une curiosité personnelle qui me pousse, d’un ouvrage à un autre, à dévoiler des pans de cette histoire locale immédiate mais aussi inconnue.    

Quelles sont les personnalités jdidies que vous avez rencontrées et qui vous ont le plus marqué?

Je vais me limiter surtout à deux noms : Abdelkébir Khatibi et Nelcya Delanoë. D’abord, Khatibi, sociologue et romancier marocain, m’a, à plusieurs reprises, encouragé à continuer dans ces recherches qui restent malgré tout marginalisées. Il faut reconnaître aussi qu’Abdelkébir Khatibi était indirectement derrière la bibliographie que j’ai consacrée à El Jadida. Cela s’est produit suite à ma participation à l’atelier d’écriture qu’il a animé en 1990 au siège de l’Association Doukkala et auquel il a invité le romancier Claude Ollier. Lors de cet atelier, Khatibi a parlé de la relation entre l’écriture, la ville et la région et a suggéré la préparation d’une bibliographie littéraire sur El Jadida, idée que j’ai adoptée tout en centrant le travail, pour des raisons pratiques, sur le volet historique.
La deuxième personnalité est Nelcya Delanoë, écrivain et professeur d’Histoire à l’Université Paris-X, et originaire d’une famille jdidie. Elle m’a souvent conseillé et a également préfacé mon livre : La communauté juive de la ville d’El Jadida. D’ailleurs, je profite toujours de ses conseils.

La plupart de vos ouvrages sont liés à El Jadida. Pourriez-vous écrire sur un sujet autre que ce thème?

Au tout début de mon parcours, j’ai commencé par écrire des nouvelles en arabe. Récemment aussi depuis quatre mois, j’ai écrit mon autobiographie. Selon mon humble avis, il ne s’agit pas d’écrire sur autre chose que l’histoire de cette cité, mais c’est que je me sens investi d’une tâche que plusieurs autres chercheurs désertent.  Car il ne faut pas perdre de vue que ce genre de recherches exige beaucoup de temps, beaucoup d’engagement de soi-même et où l’on ne peut, malgré tous les efforts, que restituer des fragments du passé.
 
Vous êtes tellement lancé à la recherche de la documentation historique d’El Jadida. Est-ce que la ville manque de documents historiques?

En effet, il manque beaucoup de choses pour un chercheur qui s’intéresse à l’histoire de la ville.  Personnellement j’ai eu à surmonter plusieurs difficultés parmi lesquelles le problème d’absence d’archives et le manque de documentation.
Au niveau de la ville, aucun fonds d’archives locales n’est exploitable. Ma question est donc la suivante : où sont les archives de la municipalisé datant de la période du Protectorat ? Idem pour les archives de l’hôpital régional, de celles du port, des Travaux publics et de la Chambre de commerce. J’ai essayé il y a plusieurs années déjà de demander à exploiter les archives de la Chambre de commerce, mais en vain.   
C’est la raison pour laquelle, étant journaliste de formation, j’ai essayé, du point de vue de l’approche méthodologique, d’enrichir mes sources écrites par le recours à deux outils ne relevant pas de l’écrit : le témoignage oral et l’enquête du terrain.

 Vous êtes journaliste, écrivain, chercheur et professeur à la fois. Dans quelle casquette vous sentez-vous à l’aise?

A mon avis, le point commun de toutes ces casquettes reste le même, c’est-à-dire le penchant vers l’écriture et la culture. Ces quatre volets se complètent comme des ruisseaux qui versent dans une seule rivière. D’autant plus que l’Histoire est une discipline pluridisciplinaire et complexe. Et comme le précise le professeur Abdeslam Cheddadi :«Il ne suffit pas seulement d’être historien, mais, il faut aussi être sociologue, anthropologue, avoir des notions de droit, de philosophie et de sciences sociales.
Mon ambition est donc de contribuer à promouvoir le volet culturel local et régional et aider à l’accumulation d’un savoir sur l’histoire de la cité d’El Jadida et des Doukkala en général.

Pouvez-vous nous révéler vos projets, après l’édition de votre autobiographie A l’ombre d’El Jadida ?

Actuellement je suis en train de réaliser deux projets : le premier, la sortie de la deuxième édition revue et augmentée de mon ouvrage épuisé sur la communauté juive de la ville d’El Jadida et le deuxième concerne la collecte de la documentation et des témoignages sur les personnalités anciennes de la ville.


Repères
Mustapha Jmahri, lauréat du 3ème cycle de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat a d’abord exercé en tant que journaliste pendant une courte période à la RTM à la fin des années 1970 avant d’entamer une carrière d’attaché de presse pendant une vingtaine d’années au sein d’un établissement public à El Jadida.
Auteur-éditeur de la série Les cahiers El Jadida (13 ouvrages), son autobiographie vient de paraître récemment à Paris chez L’Harmattan.

Propos recueillis par Mouhib Bouchra
Lundi 24 Juin 2013

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