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Mustapha El Khalfi qualifie le quotidien “Al Ittihad Al Ichtiraki” de menteur : L’erreur politique d’un ministre sous pression




Mustapha El Khalfi qualifie le quotidien “Al Ittihad Al Ichtiraki” de menteur : L’erreur politique d’un ministre sous pression
Scandale sous la Coupole. La démocratie a été bien malmenée ce lundi 7 mai lors de la traditionnelle séance des questions orales de la Chambre basse.  Le  ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement a franchi le Rubicon en accusant un journal de l’opposition, Al Ittihad Al Ichtiraki, de mentir à ses lecteurs et de publier des informations mensongères. «Ce journal ment !», s’est-il écrié faisant face aux députés de l’Union socialiste des forces populaires. Le ministre islamiste a choisi cette fois de s’attaquer à un monument de la presse démocratique et à  un support à la tradition journalistique bien ancrée et qui est une référence dans les cercles politico-médiatiques et ce pour faire taire ceux et celles qui ne sont pas d’accord avec le gouvernement conservateur auquel il appartient.
Ce qui devrait être une simple question orale posée par la députée socialiste Hasna Abouzeid sur la couverture des protestations sociales et autre sit-in par les télévisions publiques se transforme en passe d’arme et attaque frontale d’un ministre contre la presse de l’opposition. « Je vous interpelle Monsieur le ministre sur l’indépendance des médias audiovisuels publics qui sous votre ère sont en train de se transformer en télévisions gouvernementales.
C’est bien vous qui  avez protesté, au lendemain des manifestations du 1er mai parce que la télévision n’a pas donné la part belle au syndicat qui est proche de votre famille politique. Est-ce cela votre bilan et votre réforme de  l’audiovisuel ? » a demandé la parlementaire du parti de la Rose. La réaction de Mustapha El Khalfi est immédiate. Elle n’est pas, surtout, réfléchie. «Ce journal publie des informations mensongères quand il écrit que j’appelle 2M pour protester contre une couverture qui n’aurait pas été de mon goût», lance-t-il. Depuis que la rectification des cahiers des charges a été confiée à une commission ministérielle présidée par Nabil Benabdallah, le ministre de la Communication est visiblement devenu hyper-sensible à la question des médias publics.

Offense et excuses
 Le président du Groupe parlementaire socialiste bondit de son siège pour demander la parole dans le cadre d’un point d’ordre. «Jamais nous n’aurions pensé qu’un ministre allait se permettre de traiter un journal de menteur. Comment un responsable gouvernemental peut-il qualifier un quotidien de menteur ? Nous protestons vigoureusement contre ces propos non démocratiques tenus par un gouvernement qui se prétend démocratique. Nous pouvons ne pas être d’accord les uns avec les autres mais en aucun cas nous ne pouvons nous insulter et nous traiter de menteur. Monsieur le ministre, vous n’avez pas d’autre choix que de retirer ces propos que vous avez tenus.
En tout cas, nous, nous ne partageons pas votre conception de la démocratie», a martelé Ahmed Zaidi, dans un brouhaha inqualifiable, alimenté par les députés islamistes du PJD, volant au secours de leur ministre, auteur de l’offense. Dans l’hémicycle, les députés usfpéistes s’élèvent contre cette avanie et font entendre avec force leurs protestations. Parmi eux,  Abdelhadi Khairat, le directeur de la presse qu’édite l’USFP,   Al  Ittihad Al Ichtiraki et Libération, et qui a bien du mal à contenir sa colère face à l’affront fait au journal qu’il dirige. Driss Lachgar lui emboîte le pas. Ce qui s’est passé est, estime-t-il,  grave pour la démocratie, grave pour le gouvernement, grave pour les rapports de respect que doivent entretenir les différentes institutions.
«Jamais un ministre n’a osé proférer une telle insulte ni porter une telle accusation contre un journal édité  de surcroît par un parti politique respectable et ce dans l’enceinte même de l’institution législative. De mémoire de député, jamais on n’avait vu cela», a commenté un parlementaire de l’opposition.
La présidente de la séance, la députée PAM Khadija Rouissi, est très vite débordée. Elle s’empresse de lever la séance. Dans les coulisses, la fièvre commence à tomber, les esprits  s’échauffent moins et finissent par se calmer. El Khalfi a très vite pris conscience qu’il vient de commettre une erreur politique lourde. «Un ministre ne perd pas ses nerfs même s’il est sous pression,  ça se maîtrise ou ça démissionne», ironise cette Usfpéiste. Sous la Coupole, il présentera ses excuses et dira tout le bien qu’il pense d’«Al Ittihad Al Ichtiraki», ce journal qui lui a «beaucoup appris», affirme-t-il. Au même moment, tout le monde sait qu’il est déjà trop tard. Le jeune ministre islamiste, lui-même directeur de journal presque dans une autre vie, s’est attiré sûrement pour longtemps  les foudres de l’opposition de gauche et  de sa presse.

Narjis Rerhaye
Mercredi 9 Mai 2012

Lu 1822 fois


1.Posté par futurbarbu le 09/05/2012 10:08
Sans être à l'usfp, je lis ses journaux militants depuis 1963 ,à cette datte ce ministre n'était peut être pas encore à l'école ,en traitant ce journal de menteur ,il oublie que grâce à la lutte de ce parti ,ce membre du pjd est aujourd'hui ministre Je parle en connaissance de cause .

2.Posté par Omar le 09/05/2012 16:39
Je joins ma voix à celle de mon prédécesseur (article précédent): La lutte des militants de l'USFP, et d'autres a ouvert la voie du début de démocratie que nous connaissons.

Mais dire que Mme Rouissi a été débordée est faux et injuste envers la présidente du jour, car elle a levé la séance pour calmer les protagonistes.
Si la presse de gauche dénigre (c'est du dénigrement car c'est archi faux) une dame qui a beaucoup donné au pays dont les idées sont fortement ancrées à gauche... c'est que quelque part, certains veulent accréditer les thèses du PJD.

Et Mme Rerhaye devrait se renseigner auprès des parlementaires de son parti avant d'écrire n'importe quoi.

3.Posté par le marocain le 09/05/2012 22:20
Je ne sais pas,mais peut être il a raison,peut être il a tort. Toutefois,aucun parti n'a fait émerger le Maroc de sa précarité. D'ailleurs il y a beaucoup de choses à dire,mais vu la conjoncture actuelle,je me retiens de parler.
Laissant ces gens faire ce que bon leur semble.Nous on ne peut rien faire

4.Posté par ouchen le 10/05/2012 20:38
il s'agit d'une maladresse monumentale de la part du jeune ministre, il s'en est aperçu et s'est pardonné et c'est là un réveil du sens civique qui doit être partagé par toute notre politique qui censée nous encadrer et non le contraire;

des boutades comme ça ne sont pas l'apanage de notre paysage politique national, donc inutile de dramatiser et de s’éterniser sur une futilité qu'on peut mettre sur le compte du manque d'expérience du ministre, le fait de s'être excusé confirme qu'il s'agit de propos, regrettables certes, mais qui ne sont pas prononcés de mauvaise foi, et c'est ancré dans notre culture de marquer son étonnement en criant " NARI 3LA KDOUB ! "

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