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Musiques sacrées : Un brin de "sagesse" pour redorer le blason du Festival de Fès




Après une 16ème édition en demi-teinte, le Festival de Fès des musiques sacrées du monde (03-11 juin) place cette année la barre très haut, en tentant, comme par un tour de magie, d'orienter son fil d'Ariane d'un haut-lieu de consommation de la culture à celui de création et d'innovation.
De la sorte, des artistes d'Orient et d'Occident, illustres ou à découvrir, deviendront des complices de ce jeu de magie, qui s'efforcera de manier les forces intrinsèques du patrimoine musical, dit "sacré", pour lui redonner le vrai sens de son origine.
Malgré cette odeur d'essoufflement qui s'est dégagée lors des récentes éditions et qui a, par ailleurs, accéléré l'introduction de petits changements à la Fondation Esprit de Fès, l'incitatrice du Festival, cette année semble être celle du redressement de la courbe de vie de cette fête "sacrée", en y apportant un brin de "sagesse des mondes".
Le sacré entre amour et sagesse
Le ton de cette sagesse, qui cadrera les activités artistiques et culturelles de cette 17ème édition, sera vite donné. Une confrontation entre l'héritage traditionnel et celui du monde contemporain sera, d'emblée, mise en valeur lors de la soirée inaugurale.
Armand Amar, compositeur de la très belle musique du film "Home", dirigera une quarantaine d'artistes d'Orient et d'Occident dans une création Opéra intitulée "Majnoun et Layla".
Rien de plus beau, pour commencer, qu'une "expression même d'un amour qui, de par sa folie, rejoint le mystique", comme se plaît de commenter le compositeur et pédagogue français Alain Weber, qui vient de prendre les destinées de la direction artistique du festival.
Un amour, qu'Edgar Morin, le grand sociologue et philosophe qui sera encore une fois présent au festival, n'avait-il pas définit comme "le comble de l'union de la folie et de la sagesse".
Au fur et à mesure que les jours du festival s'égrènent, la sagesse, cette vertu universelle si rare dans le monde d'aujourd'hui, continuera d'ouvrir ses portes aux artistes, "complices" du festival, pour façonner leur propre image du sacré.
Youssou Ndour viendra rendre hommage, à sa façon, au cheikh Sidi Ahmed Tijani, Maria Bethania, elle, louera la Vierge d'un Brésil hybride, Elena Ledda restituera des chants sacrées des montagnes sardes, avant qu'Abd Al Malik, un habitué du public local, n'étale sa manière de déclamer une poésie imprégnée de pensée soufie.
L'aventure magique du festival, cette "sorte de label dont on retrouvera ensuite les traces et le rayonnement dans différentes régions du monde", selon les mots du nouveau-ancien directeur du festival, Faouzi Skalli, se poursuivra avec la même délicatesse, venue d'autres "mondes".  
Les ruelles exiguës de la médina, les Médersas, les Foundouks, les Palais et fontaines seront, de jour comme de nuit, témoins du chant sacré et lyre bèguèna de l'Ethiopie, du rubâb afghan, du clavecin italien, de la harpe paraguayenne et des voix douces andalouses.
La sagesse héritée des grandes cultures spirituelles viendra embaumer l'air du festival et proposer des moments purs de sérénité et de paix interne. Le Maloya réunionnais, les Qawwali indo-pakistanais, les chants Hajir Marawis indonésiens et beaucoup bien d'autres s'en chargeront. L'arabe, cette langue par laquelle la sagesse s'est épanouie, ses idées se sont "frottées" et ses opinions "confrontées", mettra un point à l'aventure "sacrée" du festival. Et qui mieux que Kadem Saher et Asmae Lamnawar pour représenter cette langue de cœur et de raison et emporter le public dans un doux fleuve de chants et d'images orientales.
En d'autres soirées, les murailles des prestigieux sites historiques de Bab Al Makina, Dar Tazi, Dar Mokri résonneront au rythme des voix de la sublime Julia Boutros, de Sheikh Taha et d'Amine El Akrami.
 Une âme pour la mondialisation : débat des sages
Mais, le Festival des musiques sacrées n'est pas seulement le chant et la musique. Il est aussi cette sorte de "Davos spirituel", de ce lieu privilégié d'observation du " monde en mutation accélérée qui nous entoure, pour y apporter de nouveaux éclairages émanant de cultures et sagesses, pour y apporter plus de sérénité et de compréhension".
Pour en découdre, le festival proposera, dans le cadre de son forum "Une âme pour la mondialisation", des éclairages, des débats et des réflexions sur les apports essentiels que peuvent être ceux de la diversité des arts, philosophies et visions du monde au processus en cours de mondialisation.
Sous le chêne pluricentenaire du somptueux musée Al Batha, des intellectuels, connus et reconnus dans le monde entier, se réuniront, pratiquement tous les jours, pour parler d'Islam, d'Occident, de politiques de civilisation, des nouveaux horizons du Maghreb, de l'avenir du Proche-Orient, de la crise et des expériences émergentes.
Rajmohan Ghandi, Katherine Marshall, Salamatou Sow, Wim Wenders, Leila Shahid, Bariza khiari, Jacques Attali, Michel Thao Chan, Michael Barry, Marie Miran-Guyoun, Mohamed Ghalmi, Henri Joyeux, Jean-Claude Carrière, Amal Arfaoui, Abd Al Malik, Setsuko Klossowska de Rola, Joseph Maila et beaucoup bien d'autres devront faire le déplacement pour donner, chacun, sa propre réflexion de la mondialisation. Une réflexion qui se nourrit des étincelants et intarissables ruisseaux de la Sagesse.

Morad Khanchouli (MAP)
Samedi 5 Mars 2011

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