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Moussaoui Ajlaoui, membre de l’Institut de recherches africaines à l’Université Mohammed V Agdal et spécialiste en Histoire des sciences et techniques dans l’espace saharien


Christopher Ross a commis de grandes maladresses
dans le dossier du Sahara



Moussaoui Ajlaoui, membre de l’Institut  de recherches  africaines  à l’Université  Mohammed V Agdal et spécialiste en Histoire des sciences et techniques dans l’espace saharien
Dans cet entretien, l’historien marocain Mousaoui Ajlaoui passe en revue les relations du Maroc avec les pays africains et le rôle important que joue le Royaume dans la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue d’une part, et pour la paix et le  développement en Afrique d’autre part, et ce malgré les manœuvres dilatoires de l’Algérie. 
Ce spécialiste des questions du Sahara et du Sahel a, par ailleurs, vilipendé Christopher Ross, Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara, qui assume, selon lui, une grande responsabilité dans les dérives du dossier.
Libé : La question du Sahara marocain passe par un tournant décisif. Christopher Ross entamera une tournée au Maghreb en vue de faire sortir le dossier de l’impasse actuelle. Ne croyez-vous pas que l’Envoyé personnel de l’ONU au Sahara ait une part de responsabilité dans cette situation ?  

Moussaoui Ajlaoui : Les envoyés spéciaux de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU,  compliquent souvent les conflits  régionaux et  cela  a été démontré en Syrie, en Libye, au Yémen et dans d’autres régions. Ceci explique pourquoi ces représentants de Ban Ki-moon n’ont pas réussi à résoudre  les problèmes épineux qui secouent le monde, d’où la question sur la capacité de l’ONU comme acteur multilatéral dans la résolution des conflits. Dans ce contexte, Christopher Ross a commis des maladresses dans ce dossier, bloqué  depuis 1991. En principe, l’Envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies est nommé par résolution onusienne pour promouvoir des négociations et régulations politiques sur un dossier spécifique, mais C.Ross avait  pour objectif de s’installer longtemps dans le dossier du Sahara; il est influencé par l’approche de l’Etat algérien et il croyait que le Maroc était dans une position de faiblesse et a osé, par le biais de certains canaux au secrétariat de Ban Ki-moon, de grignoter la positon marocaine, dans un contexte où les « trains » du Parti démocrate américain  se  trouvaient dans des postes clés de l’Administration d’Obama. C. Ross a une grande responsabilité dans les dérives du dossier du Sahara ; il a cru un certain temps que le processus de démocratisation du Maroc peut constituer une issue pour gagner des points en faveur de l’Etat algérien. Malheureusement pour Ross, le contexte géopolitique de la région joue en faveur du Maroc. Le moment où le Maroc a demandé, par écrit, des éclaircissements au sujet des tâches du représentant de Ban Ki-moon et de son Envoyé spécial et lorsque le Maroc a refusé de recevoir les deux fonctionnaires de l’ONU, Ban Ki-moon était obligé de téléphoner au Roi Mohammed VI pour répondre à la requête marocaine. L’exemple de Ross et autres posent un tas de questions sur les actions des médiateurs internationaux. 2015 sera une année décisive dans la recherche de cette solution politique du conflit du Sahara. L’Afrique du Nord ne supportera guère un autre conflit et le Maroc constitue un intérêt sécuritaire stratégique pour le bassin méditerranéen occidental, notamment avec l’installation de Daech en Lybie. Avec l’anarchie qui a suivi «  le Printemps arabe », et la « daechisation » du monde, la question de la fiabilité de l’Etat est posée en termes de stabilité (Libye, Nord du Mali, RCA, Sud-Soudan et autres), d’où l’intérêt de l’ONU de cristalliser « la solution politique » du conflit du Sahara à partir du projet marocain d’autodétermination, souvent cité positivement par le Conseil de sécurité de l’ONU.     
L’Union africaine a nommé, en 2014, un envoyé spécial pour le Sahara. C’est pourtant elle qui a accepté durant les années 80 du siècle passé un Etat fantoche. A-t-elle, selon vous, la crédibilité de faire la médiation dans ce dossier surtout que celui qui a été nommé à ce poste affiche clairement ses positions anti-marocaines ? 
La désignation d’« un envoyé spécial » de l’Union africain reflète avant tout une manœuvre de l’Etat algérien. Depuis l’arrivée de Ramtan Laamamra en octobre 2013 à la tête des affaires extérieures algériennes, le pouvoir algérien vise l’instrumentalisation de l’UA pour influencer les décisions de l’ONU et d’autre part régler le problème de reconnaissance de la pseudo “Rasd“  par les pays africains; seuls 13 sur 53 pays reconnaissent la “république de Tindouf”.
Nommer un envoyé spécial  a pour objectif la  diffusion d’une idée  que l’Afrique a une position unifiée sur la question du Sahara.  Sans oublier que plusieurs pays prévoyaient de demander l’expulsion du Polisario de l’UA. 
 Avec l’implication affichée dans le dossier du Sahara (université de Boumerdès), la nomination de l’ancien président mozambicain Armando Guebuza comme envoyé spécial de l’UA, l’Etat algérien vise l’affaiblissement de la position marocaine. 
Le Maroc refuse l’implication de l’UA et sa désignation d’un «envoyé spécial» pour le dossier du Sahara,  le ministre Mezouar a déclaré que «l’Union africaine n’a aucune base juridique ni fondement politique ou légitimité morale pour intervenir dans ce dossier qui est du ressort exclusif de l’ONU». Armando Guebuza devra résoudre le problème politique et éthique de l’appartenance d’un “Etat” fantoche à l’UA et reconnu uniquement par 13 pays sur 53. S’il peut répondre à cette question, je crois que Guebuza pourra être le sage de l’Afrique.
La nomination d’Armando Guebuza ne complique pas davantage le retour du Maroc au sein de cette organisation régionale, lequel retour est réclamé par plusieurs pays africains amis du Maroc ?
Il s’agit avant tout d’une manœuvre diplomatique qui empêche l’idée qui circule dans les coulisses à Addis Abeba concernant le retour du Maroc au sein de l’UA. Mais la diplomatie marocaine, et depuis l’époque de l’ancien ministre Fassi Fehri, est basée sur des rencontres bilatérales menées en marge des sommets de l’UA. Ces rencontres sont l’occasion de montrer que le Maroc reste un acteur continental. 
Elles visent aussi à consolider l’amitié avec les pays alliés qui se font les porte-voix de la marocanité du Sahara lors des rencontres multilatérales de l’UA. Les réunions bilatérales sont une manière de combler l’absence du Maroc dans les instances de l’UA. 
Vu son poids politique, économique, sécuritaire et autres, plusieurs amis africains réclament le retour du Maroc au sein de l’UA, la chaise vide dérange souvent les amis du Maroc.
Depuis quelques mois, la santé du chef du Polisario s’est détériorée. Comment pourrait-on envisager l’après Mohamed Abdelaziz pour le Polisario et pour la situation dans la région? 
L’hospitalisation en Italie puis en France, du chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz, et dans un état de santé critique, pose un problème de survie du Polisario. Depuis 40 ans,  Abdelaziz était  fidèle à l’Etat algérien; la pseudo “RASD” était conçue sur le modèle de l’Algérie avant 1988. La question qui se pose : qui succédera à Mohamed Abdelaziz ? Un seul nom répond aux critères algériens,  il s’agit de Mohamed Lamine Ould Bouhali, “ministre de la Défense” et  originaire d’Algérie. Mais il est contesté par d’autres fractions de Rguibat et autres tribus, en raison de son autoritarisme et sa compromission dans le détournement de l’aide internationale destinée aux camps de Lahmada et dans toutes sortes de trafics illicites dans la sous-région comme le démontre le dernier rapport accusateur de l’UE. 
Certes, l’état de santé d’Abdelaziz va déclencher des mouvements de protestation dans les camps de Tindouf. Parallèlement, la maladie du chef du Polisario a coïncidé avec la visite à Tindouf de Kim Bolduc, représentante spéciale du SG de l’ONU au Sahara, et chef de la Minurso.  Cette visite est passée inaperçue malgré les déclarations timides du “Mauritanien” Mohamed Khaddad (coordinateur de Polisario avec la Minurso). Depuis 2009, la situation dans les camps inquiète la communauté internationale ; ces camps sont transformés en pépinières pour des groupes jihadistes et trafiquants de drogues et d’armes. 
Quelques médias espagnols ont mis en exergue d’éventuelles connexions entre le trafic de drogue et les réseaux terroristes, en évoquant récemment que la route du Sahel du trafic de drogue était contrôlée par des groupes terroristes comme Ansar Eddine, Al-Qaïda dans le Maghreb islamique et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique occidentale. Mais après l’intervention de la France au Mali, les trafiquants ont commencé à «utiliser la route de la Méditerranée orientale qui consiste en une large bande côtière maritime qui comprend le Nord d’Afrique, les côtes espagnoles, le sud de la France, et les côtes ouest de l’Italie ».
 Que pensez-vous de cette assertion ? Et que faire pour faire face à cette nouvelle donne?
Ce n’est pas la première fois que l’on met en évidence l’implication d’éléments du Polisario dans des actions jihadistes dans l’espace sahélo-saharien. Omar Sahraoui, de son vrai nom Omar Sidi Ahmed Ould Hamma, avait été à l’origine de l’enlèvement en 2009 lors d’une opération commanditée par AQMI de trois ressortissants espagnols au  nord de la Mauritanie. La justice mauritanienne l’avait condamné un an plus tard en 2010 à douze ans de prison ferme, mais il a été relâché en contrepartie de la libération des Espagnols  kidnappés entre Nouadhibou et Nouakchott. 2011  était l’année du  fameux Abou El Walid Sahraoui, ex-responsable de l’Union des jeunes du Polisario, devenu membre le plus influent du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Les liens entre le Polisario et le MUJAO sont également établis de longue date. L’adhésion de la jeunesse sahraouie de Tindouf  et des cadres du Polisario aux idées salafistes et  au jihadisme a été reconnue par la direction du Polisario dans un rapport secret daté du 21 janvier 2009. 
 Cette situation est une conséquence logique de la misère, voulue par le Polisario et l’Etat algérien, de la population des camps de Lahmada de Tindouf. Chaque année, le Polisario reçoit des millions de subsides de la part des organisations humanitaires internationales, notamment de l’UE, que la direction du Polisario met un point d’honneur à détourner à son profit plutôt que de chercher à améliorer le sort des habitants des camps. Il faut voir le triste spectacle des camps, où il n’y a que des bidonvilles. C’est également pour dire que le Maroc est responsable du « malheur » des Sahraouis.
Les Sahraouis de Tindouf savent qu’Abdelaziz disposerait de nombreuses propriétés luxueuses en Espagne. Les jeunes Sahraouis, notamment,  n’auraient d’autre choix que la criminalité transfrontalière pour pouvoir s’en sortir. Ils sont pris entre le marteau et l’enclume. Depuis l’enlèvement des humanitaires européens à l’intérieur de Rabouni au mois d’octobre 2011,  l’armée algérienne interdit aux jeunes de quitter les camps sans autorisation. Avec la complicité de Bouhali, l’ordre est donné de leur tirer dessus s’ils essaient de s’évader. Depuis, la contestation fait rage à Tindouf, ce qui explique les protestations quotidiennes dans les camps de Lahmada.
Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est dit, à maintes fois, profondément préoccupé par les activités des réseaux terroristes dans la région du Sahel et a appelé les pays de la région à plus de coordination pour y faire face.
Comment peut-on atteindre cet objectif (la coordination parfaite) alors que quelques pays de la région manœuvrent pour empêcher d’autres pays de prendre part aux efforts pour lutter contre le terrorisme dans la région ? Quel rôle peut  jouer le Maroc dans
cette lutte ?

Grâce à sa position géostratégique, le Maroc peut jouer un rôle de premier plan dans la stabilité de l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Lors d’une réunion internationale tenue en novembre 2013 à Rabat sur la sécurité des frontières, plusieurs recommandations ont confié au Maroc la responsabilité de leur mise en œuvre. Donc, il y a une reconnaissance internationale du rôle du Maroc dans la garantie de la stabilité d’une région qui connaît une recrudescence du crime transnational et la multiplication des groupes jihadistes. Depuis le  mois d’août 2014, plusieurs accords sécuritaires ont été signés entre le Maroc d’une part et les USA et l’Europe d’autre part. La coopération sécuritaire entre l’Espagne et le Maroc est citée comme exemplaire pour faire face à l’internationale jihadiste. Les événements qui ont secoué la France dernièrement  ont montré l’importance du Maroc dans la lutte contre les réseaux jihadistes dans le monde entier. Cela explique le rôle joué par le Maroc dans l’espace sahélo-saharien par une approche multidimensionnelle. Les menaces sécuritaires en Afrique du Nord et dans l’espace sahélo-saharien nécessitent une approche commune des Etas de la région, mais la politique de leadership de l’Etat algérien fait obstacle à toute approche commune, ce qui explique la position de l’Etat algérien dans plusieurs réunions sur la sécurité régionale.
Comment évaluez-vous le processus de paix au Mali? L’on sait que le Maroc y a beaucoup contribué, quel rôle peut jouer Rabat pour préserver ce processus surtout que des pays comme l’Algérie font  des mains et  des pieds pour entraver tout rôle marocain dans ce processus?
La réconciliation nationale au Mali est la seule voie possible vers la sécurité au Sahara central. Mais beaucoup de déclarations, de communiqués  et de querelles laissent penser qu’il y a un grand fossé entre le Nord et le Sud, entre les Touaregs et les Arabes d’une part et les Bambara d’autre part, malgré le mélange racial. En effet, la carte ethnique joue un rôle important dans les alliances politiques et autres. Beaucoup d’habitants du Sud n’ont pas oublié comment le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azaouad)  a été instrumentalisé par le mouvement Ansar Eddine et les mouvements jihadistes  pour séparer  le Nord du Mali du reste du pays et le dénommer Azaouad du  nom d’une région proche de Tombouctou. Le grand problème dans l’espace saharien, c’est le changement  continu et rapide des alliances, ce qui complique l’aboutissement à une solution durable.
La position marocaine vis-à-vis de la problématique du Nord du Mali dérange le voisin algérien. La nomination de Ramtan Laamara, ministre des Affaires extérieures en octobre 2013, avait pour objectif l’absorption des acquis diplomatiques du Maroc qui devient une puissance économique, religieuse, militaire, financière et politique en Afrique de l’Ouest et Centrale.
Le rôle du Maroc dans le dialogue entre Maliens peut passer par la société civile et les institutions des droits de l’Homme. Avec les derniers développements dans la région du Sahel et du Sahara, la régression du rôle de l’Algérie et du Burkina Faso, le Maroc peut jouer un rôle positif dans le processus de discussions entre les Maliens. Ce qui explique la demande faite par le président Ibrahim Boubacar Keïta au Roi Mohammed VI de jouer un rôle au cours de cette phase historique importante. Et c’est dans ce sens que le Roi a accueilli la délégation du MNLA, sachant que le Maroc garde de bonnes relations avec l’ensemble des parties en conflit au  Mali. Pourtant, aucune tentative de réconciliation ne peut aboutir si l’on ne prend pas compte des véritables causes de la crise qui secoue le Nord Mali depuis 1963. Seule l’intégration du Nord dans les efforts politiques, économiques et sociaux déployés dans le cadre de la reconstruction d’un  nouvel Etat est à même de préserver la société malienne des crises répétitives.    
Toutefois, si la médiation marocaine peut faire avancer le processus de réconciliation, ce sera un gain stratégique pour le Maroc et un exemple à suivre dans la gestion et la résolution des conflits. Mieux, elle aura des effets positifs sur le dossier du Sahara.
Mais il faut garder à l’esprit que les choses ne se présentent pas si facilement tant que l’Algérie considère l’intervention marocaine dans le dossier malien et sa présence religieuse en Afrique de l’Ouest comme une tentative de l’assiéger. Notamment dans un contexte marqué par le conflit entre la présidence et l’appareil de renseignements (Département du renseignement et de la sécurité connu sous le nom DRS). A noter que l’Europe veut que le Maroc joue un rôle régional en prévision de ce qui pourrait advenir en Algérie au cas où les forces détentrices du pouvoir n’arriveraient pas à s’entendre.
Il y a quelques jours, les autorités marocaines ont annoncé les résultats de l’opération de régularisation des migrants en situation administrative non régulière. Quelle lecture faites-vous de cette opération et partant de la nouvelle politique du Maroc en matière de migration ?
En Afrique, le Maroc a pris position sur les plans économique, politique et diplomatique et sa réussite dans ces domaines est due à son statut de pays africain lié au reste du continent par des relations historiques, religieuses et d’intérêts communs. Dans ce contexte, le Maroc a instauré une politique de migration par le biais d’une intégration des Subsahariens dans la société marocaine, et en prenant en considération trois dimensions: le côté humain, le droit de chaque immigré  et le volet politique. 
On lit parfois dans la presse ces dernières années que les relations entre le Maroc et la Mauritanie passent par une zone de turbulences, alors que les responsables des deux pays nient qu’il y a crise entre eux. Quelle est, selon vous, l’état des relations entre Rabat et Nouakchott ? Et si crise latente il y a, quelles en seraient les raisons ?
Les défis sécuritaires de la Mauritanie sont multiformes, et malgré le contexte politique actuel, l’axe Nouakchott –Alger et le refus systématique d’Alger d’associer le Maroc dans les rencontres et les réunions sur la sécurité de l’espace sahélo-saharien, les deux pays doivent adopter une politique de renforcement de la coopération et la coordination sur la sécurité des frontières  au Maghreb et au Sahel. La coopération  sécuritaire régionale doit avoir un pendant économique et de développement.
Les visites Royales dans les pays limitrophes de la Mauritanie ont suscité un débat vif dans la société mauritanienne, deux sujets ont attiré l’attention des Mauritaniens : 1) La question religieuse et l’approche marocaine de plus en plus demandée en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord. 2) Vu l’absence et la faiblesse des infrastructures en Mauritanie, les investissements du Maroc dans l’infrastructure et l’économie sociale en Afrique subsaharienne  provoquent le regret au sein de l’opinion nationale. Des commentaires souhaitent que le Maroc réalise ces infrastructures en Mauritanie d’abord. Certaines analyses portent la responsabilité  de l’absence du Maroc en Mauritanie sur le président Ould Abdel Aziz. Le cas de l’ambassade mauritanienne à Rabat et l’absence des hauts fonctionnaires reflètent l’état d’âme de la présidence mauritanienne.
Depuis avril 2014, on constate le retour de contact entre les deux pays, notamment avec les visites officielles de plusieurs ministres. Le Maroc doit prospecter les voies d’une approche nouvelle dans le traitement de la situation d’avenir de la Mauritanie, qui constitue un pont stratégique de la forte présence du Maroc sur la scène africaine, et qui devra s’adosser, en outre, sur des mécanismes institutionnels et traditionnels. 


 

Comment peut-on atteindre cet objectif (la coordination parfaite) alors que quelques pays de la région manœuvrent pour empêcher d’autres pays de prendre part aux efforts pour lutter contre le terrorisme dans la région ? Quel rôle peut  jouer le Maroc dans 
cette lutte ?

Grâce à sa position géostratégique, le Maroc peut jouer un rôle de premier plan dans la stabilité de l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Lors d’une réunion internationale tenue en novembre 2013 à Rabat sur la sécurité des frontières, plusieurs recommandations ont confié au Maroc la responsabilité de leur mise en œuvre. Donc, il y a une reconnaissance internationale du rôle du Maroc dans la garantie de la stabilité d’une région qui connaît une recrudescence du crime transnational et la multiplication des groupes jihadistes. Depuis le  mois d’août 2014, plusieurs accords sécuritaires ont été signés entre le Maroc d’une part et les USA et l’Europe d’autre part. La coopération sécuritaire entre l’Espagne et le Maroc est citée comme exemplaire pour faire face à l’internationale jihadiste. Les événements qui ont secoué la France dernièrement  ont montré l’importance du Maroc dans la lutte contre les réseaux jihadistes dans le monde entier. Cela explique le rôle joué par le Maroc dans l’espace sahélo-saharien par une approche multidimensionnelle. Les menaces sécuritaires en Afrique du Nord et dans l’espace sahélo-saharien nécessitent une approche commune des Etas de la région, mais la politique de leadership de l’Etat algérien fait obstacle à toute approche commune, ce qui explique la position de l’Etat algérien dans plusieurs réunions sur la sécurité régionale.
Comment évaluez-vous le processus de paix au Mali? L’on sait que le Maroc y a beaucoup contribué, quel rôle peut jouer Rabat pour préserver ce processus surtout que des pays comme l’Algérie font  des mains et  des pieds pour entraver tout rôle marocain dans ce processus?
La réconciliation nationale au Mali est la seule voie possible vers la sécurité au Sahara central. Mais beaucoup de déclarations, de communiqués  et de querelles laissent penser qu’il y a un grand fossé entre le Nord et le Sud, entre les Touaregs et les Arabes d’une part et les Bambara d’autre part, malgré le mélange racial. En effet, la carte ethnique joue un rôle important dans les alliances politiques et autres. Beaucoup d’habitants du Sud n’ont pas oublié comment le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azaouad)  a été instrumentalisé par le mouvement Ansar Eddine et les mouvements jihadistes  pour séparer  le Nord du Mali du reste du pays et le dénommer Azaouad du  nom d’une région proche de Tombouctou. Le grand problème dans l’espace saharien, c’est le changement  continu et rapide des alliances, ce qui complique l’aboutissement à une solution durable.
La position marocaine vis-à-vis de la problématique du Nord du Mali dérange le voisin algérien. La nomination de Ramtan Laamara, ministre des Affaires extérieures en octobre 2013, avait pour objectif l’absorption des acquis diplomatiques du Maroc qui devient une puissance économique, religieuse, militaire, financière et politique en Afrique de l’Ouest et Centrale.
Le rôle du Maroc dans le dialogue entre Maliens peut passer par la société civile et les institutions des droits de l’Homme. Avec les derniers développements dans la région du Sahel et du Sahara, la régression du rôle de l’Algérie et du Burkina Faso, le Maroc peut jouer un rôle positif dans le processus de discussions entre les Maliens. Ce qui explique la demande faite par le président Ibrahim Boubacar Keïta au Roi Mohammed VI de jouer un rôle au cours de cette phase historique importante. Et c’est dans ce sens que le Roi a accueilli la délégation du MNLA, sachant que le Maroc garde de bonnes relations avec l’ensemble des parties en conflit au  Mali. Pourtant, aucune tentative de réconciliation ne peut aboutir si l’on ne prend pas compte des véritables causes de la crise qui secoue le Nord Mali depuis 1963. Seule l’intégration du Nord dans les efforts politiques, économiques et sociaux déployés dans le cadre de la reconstruction d’un  nouvel Etat est à même de préserver la société malienne des crises répétitives.    
Toutefois, si la médiation marocaine peut faire avancer le processus de réconciliation, ce sera un gain stratégique pour le Maroc et un exemple à suivre dans la gestion et la résolution des conflits. Mieux, elle aura des effets positifs sur le dossier du Sahara.
Mais il faut garder à l’esprit que les choses ne se présentent pas si facilement tant que l’Algérie considère l’intervention marocaine dans le dossier malien et sa présence religieuse en Afrique de l’Ouest comme une tentative de l’assiéger. Notamment dans un contexte marqué par le conflit entre la présidence et l’appareil de renseignements (Département du renseignement et de la sécurité connu sous le nom DRS). A noter que l’Europe veut que le Maroc joue un rôle régional en prévision de ce qui pourrait advenir en Algérie au cas où les forces détentrices du pouvoir n’arriveraient pas à s’entendre.
Il y a quelques jours, les autorités marocaines ont annoncé les résultats de l’opération de régularisation des migrants en situation administrative non régulière. Quelle lecture faites-vous de cette opération et partant de la nouvelle politique du Maroc en matière de migration ?
En Afrique, le Maroc a pris position sur les plans économique, politique et diplomatique et sa réussite dans ces domaines est due à son statut de pays africain lié au reste du continent par des relations historiques, religieuses et d’intérêts communs. Dans ce contexte, le Maroc a instauré une politique de migration par le biais d’une intégration des Subsahariens dans la société marocaine, et en prenant en considération trois dimensions: le côté humain, le droit de chaque immigré  et le volet politique. 
On lit parfois dans la presse ces dernières années que les relations entre le Maroc et la Mauritanie passent par une zone de turbulences, alors que les responsables des deux pays nient qu’il y a crise entre eux. Quelle est, selon vous, l’état des relations entre Rabat et Nouakchott ? Et si crise latente il y a, quelles en seraient les raisons ?
Les défis sécuritaires de la Mauritanie sont multiformes, et malgré le contexte politique actuel, l’axe Nouakchott –Alger et le refus systématique d’Alger d’associer le Maroc dans les rencontres et les réunions sur la sécurité de l’espace sahélo-saharien, les deux pays doivent adopter une politique de renforcement de la coopération et la coordination sur la sécurité des frontières  au Maghreb et au Sahel. La coopération  sécuritaire régionale doit avoir un pendant économique et de développement.
Les visites Royales dans les pays limitrophes de la Mauritanie ont suscité un débat vif dans la société mauritanienne, deux sujets ont attiré l’attention des Mauritaniens : 1) La question religieuse et l’approche marocaine de plus en plus demandée en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord. 2) Vu l’absence et la faiblesse des infrastructures en Mauritanie, les investissements du Maroc dans l’infrastructure et l’économie sociale en Afrique subsaharienne  provoquent le regret au sein de l’opinion nationale. Des commentaires souhaitent que le Maroc réalise ces infrastructures en Mauritanie d’abord. Certaines analyses portent la responsabilité  de l’absence du Maroc en Mauritanie sur le président Ould Abdel Aziz. Le cas de l’ambassade mauritanienne à Rabat et l’absence des hauts fonctionnaires reflètent l’état d’âme de la présidence mauritanienne.
Depuis avril 2014, on constate le retour de contact entre les deux pays, notamment avec les visites officielles de plusieurs ministres. Le Maroc doit prospecter les voies d’une approche nouvelle dans le traitement de la situation d’avenir de la Mauritanie, qui constitue un pont stratégique de la forte présence du Maroc sur la scène africaine, et qui devra s’adosser, en outre, sur des mécanismes institutionnels et traditionnels. 


 

Propos receuillis par Mourad Tabet
Lundi 23 Février 2015

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