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Moi, Greta T., 30 ans, en grève de la consommation pendant un an




Moi, Greta T., 30 ans, en grève de la consommation pendant un an
Durant un an, l’Allemande Greta Taubert a renoncé à la société de consommation. Boire, manger, s’habiller sans bourse délier, cette trentenaire voulait tester ce qui se passerait si la crise finissait par emporter notre système économique basé sur le toujours plus.
La première chose que s’est offerte Greta Taubert à l’issue de ses douze mois d’abstinence? «Des collants!», lâche-t-elle spontanément, attablée devant un cappuccino, dans un café de bric et de broc de Leipzig, en ex-RDA.
«Et des produits d’hygiène», ajoute-t-elle aussitôt, en repoussant une mèche de ses longs cheveux blonds volumineux. Finie la fastidieuse fabrication maison de déodorants, crèmes de visage et autres dentifrices estampillés 100% naturel. «J’ai même fabriqué mon propre shampoing», raconte-t-elle. «Mais je me suis mise à ressembler à l’homme de Néandertal. Mon entourage m’a dit: +Non mais là ça va trop loin!+», rigole-t-elle.
Pendant toute une année, Greta Taubert, journaliste indépendante, a troqué jupes et pantalons dans des bourses d’échanges de vêtements, gratté la terre pour faire pousser choux et pommes de terre dans un jardin collectif et parcouru en stop plus de 1.700 km pour passer des vacances (dans un squat) à Barcelone...
De cette expérience extrême, la jeune femme a tiré un livre, «Apokalypse jetzt!» («Apocalypse maintenant!») dans lequel elle narre sa vie loin des portants H&M, des caisses d’Aldi, et du gaspillage considérable d’une société de surconsommation.
Cette aventure écolo-minimaliste a démarré un dimanche après-midi, chez sa grand-mère, en contemplant la toile cirée couverte de tarte aux pommes, gâteau au fromage, tarte à la crème, biscuits secs à la vanille, canapés jambon-fromages, café filtre, sucre. «Et quand j’ai dit: +je veux du lait+, ma mamie a posé sur la table du lait au chocolat, à la banane, à la vanille et à la fraise», se souvient Greta.
«Notre système économique repose sur la perspective d’une croissance infinie mais notre monde écologique est limité», écrit-elle. «Le mantra du +plus, plus, plus+ ne va pas nous mener très loin».
En Allemagne, en 2012, près de sept millions de tonnes d’aliments ont atterri à la poubelle, soit en moyenne 81,6 kilos par personne.
Greta Taubert assure que la crise en Europe a provoqué une prise de conscience des limites du modèle économique actuel. «Je crois que les gens ont compris qu’on n’avait rien réglé avec les plans de sauvetage et Mécanisme européen de stabilité», souligne-t-elle. «On ne fait que continuer comme auparavant mais ce système n’a pas de fondement sain». 
Certains chercheurs tirent d’ailleurs la sonnette d’alarme. «La chasse sans fin à plus de prospérité est une folie», assurent les économistes britanniques Robert et Edward Skidelsky dans un livre retentissant «How much is enough?». «Dire que mon but dans la vie, c’est de gagner plus d’argent, c’est comme dire que mon but en mangeant, c’est de devenir toujours plus gros», estiment-ils.
Des initiatives se multiplient en Allemagne et ailleurs basées sur l’économie du partage: sites internet de récup de nourriture, «magasins» où tout est gratuit. A Berlin, un «arbre à livres» permet de déposer des ouvrages dont on ne veut plus et d’y piocher ses nouvelles envies de lecture.
L’Europe du Sud, où les souris dansent dans le tiroir-caisse depuis le début de la crise, s’y met aussi. En Grèce, une jeunesse lessivée par le chômage tente un nouveau vivre ensemble: «Tu fais du jardinage? Je te propose des cours d’anglais en échange». Durant cette aventure, Greta Taubert a rencontré néo-babas et intellos devisant en rang. Elle a aussi touché du doigt les limites d’un mode de vie parfois très alternatif. Comme durant son séjour chez Walter, et ses toilettes à compost pour éviter le gaspillage de l’eau potable et recycler ses excréments.
«Aujourd’hui je cherche à intégrer dans mon quotidien ce que j’ai appris durant cette année mais je suis contente de ne plus vivre aussi radicalement», explique-t-elle.
 

AFP
Vendredi 4 Juillet 2014

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