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Mohammed Noureddine Afaya : Cinq considérations sont indispensables à la compréhension de l’extrémisme religieux

Ce deuxième rendez-vous avec la «Mère des sciences» a drainé encore plus de monde




Professeur de philosophie contemporaine
et d'esthétique à la Faculté des lettres et des sciences humaines
Mohammed V à Rabat, Noureddine Afaya a pris
part, samedi dernier,  à «La nuit des philosophes»,
organisée par  l’Institut français de Casablanca et Rabat.
L’évènement qui avait réuni, l’année dernière,
un public de plus de 9.000 personnes, constitué
en grande majorité de lycéens et d'étudiants,
a donc signé un retour  triomphal.
 

Dans le cadre des activités de "La nuit des philosophes", organisée  par  l’Institut français de Casablanca et Rabat, l’érivain et penseur marocain Mohamed Noureddine Afaya qui vient de remporter le Prix du “Meilleur livre arabe”, décerné par la  Fondation de la pensée arabe de Beyrouth pour son ouvrage “De la critique  philosophique contemporaine, ses sources occidentales et ses manifestations  arabes”, a déclaré que « l'organisation "Daech" s’est constituée par la complicité de plusieurs parties prenantes, menées par la Turquie, l'Iran, et le gouvernement de Nouri Al-Maliki en Irak », avant d’ajouter: « S’il n’y avait pas ces trois parties, "Daech" n’aurait jamais eu l’ampleur dont elle dispose aujourd'hui ».
Afaya a également expliqué, que l'avion militaire russe "Sukhoi", abattu par la Turquie, est dû au fait que des avions russes ont commencé à bombarder des zones très sensibles pour la Turquie se situant sur ses frontières avec la Syrie, où il y a des puits de pétrole qui sont exploités par l’EI, et d’où le pétrole est exporté vers les  ports turcs.
En plus du bombardement des puits pétroliers qui sont en possession de "Daech" par l’aviation russe, Afaya note également que « la zone bombardée par des avions russes est habitée par des Turkmènes, qui sont rejetés par la Turquie. Ainsi, selon lui, ce fait serait une sorte de « bas les pattes ! Un message clair de Ankara à Moscou : ne touchez pas au pétrole et ne vous approchez pas des Turkmènes ».
Le professeur de philosophie contemporaine et d'esthétique propose cinq considérations pour la compréhension du phénomène de l'extrémisme religieux (islamique), dont la première est la nécessité de s’arrêter sur la nature des relations internationales depuis la fin de la Guerre froide en 1989, en passant par les événements du 11 Septembre 2001, arrivant à ce que le monde connaît aujourd'hui, en précisant: « Le monde a changé de façon inattendue et sans précédent, et il y a des guerres qui éclatent par sous-traitance ». Selon lui, le sujet de la religion est fortement présent dans les conflits internationaux.
La deuxième considération est qu’aujourd’hui tout est mondialisé, et que les frontières entre les pays se sont effondrées, y compris celles des grandes puissances, avant de se poser la question: « Si tout est mondialisé de nos jours, pourquoi le terrorisme ne le serait-il pas ? », en faisant référence aux attentats terroristes qui ont secoué la capitale française le 13 novembre, et qui ont montré l'incompétence de la France à contrôler ses frontières, et que les croyances sont devenues transfrontalières.
Afaya a soulevé une question qu’il considère d'une importance primordiale : « Tout le monde se considère comme une victime de quelqu'un, l'Amérique se considère victime d'un ennemi, et les musulmans se considèrent comme des victimes de la mondialisation, nous nous demandons qui est donc responsable, qui a conduit à cette situation et à cette image qui génère des degrés de violence assez élevés », affirme-t-il, avertissant que cette victimisation que tout le monde semble s’attribuer, aura des répercussions très graves sur le plan politique, intellectuel et humain, et à tous les niveaux.
La quatrième considération porte sur le rôle fondamental joué par les médias dans le monde arabe, depuis 1995 jusqu’à nos jours. Et d’ajouter: « Les médias sont devenus un outil de guerre numérique, œuvrant à déstabiliser la structure et les composantes du monde arabe », en soulignant à cet égard le rôle joué par les chaînes satellitaires pendant les soulèvements arabes récents, affirmant que le slogan "dégage", lancé avec la révolution tunisienne, a en fait été « créé par la télévision et les masses l’ont digéré », avant d’expliquer que « les droits revendiqués par les manifestants étaient légitimes, mais il faut s’arrêter sur les fils qui ont tissé le déroulement de ces soulèvements ». La dernière considération, qui s’articulait autour "des croyances et des tentations radicales", est qu’il faut impérativement penser aux "incendies" dont le monde arabe est la scène, à la destruction et la dévastation qui secouent le monde aujourd’hui, en ajoutant que « les grands jouent dans nos stades sans tenir compte de la valeur de l’être  humain ». Sur ce, il a appelé à la nécessité de prendre du recul entre le récepteur et ce qu’il entend, lit et voit.  Le conférencier a insisté sur la nécessité de différencier  la religion des religieux, en rappelant que l'extrémisme se trouve dans toutes les religions et ne se limite pas à une religion donnée, avant de reconnaître qu’ « il existe une référence dans le texte sacré. Cependant, est-ce que  tout musulman est considéré comme représentant de l’islam? », s’est-il demandé. Il a expliqué dans ce sens que la pensée et l'Histoire islamique ont été créées par les êtres humains, puis les islamistes ont impliqué la religion dans l’action politique, sachant que la politique est à la base de la négociation et de la concession, chose qui soulève la question : comment peut-on faire une concession dans le sacré ?
En guise de conclusion, Afaya a mis en exergue les rapports qui existent entre l'extrémisme sous toutes ses formes, l'injustice et l'absence de démocratie, soulignant que « cet extrémisme persisterait tant que l'injustice, l'inégalité sociale, l'humiliation et le mépris des personnes existeront, car ce sont là les ingrédients majeurs dans la production de multiples aspects de l'extrémisme ». Il a noté, à cet égard, que l'Europe n'a été capable de sortir des guerres de religion  qu’elle a vécues pendant trois siècles, qu’à travers le recours au dialogue et à la raison, en termes de reconnaissance et de respect des droits, et de la citoyenneté de l’être humain, « même si cela ne mettra pas fin à l'extrémisme, mais limitera du moins ses causes », a-t-il conclu.

Karima Nadir (Stagiaire)
Mercredi 2 Décembre 2015

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