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Mohamed Nabil : “Joyaux de la tristesse” est piraté et exploité à des fins déplorables




Mohamed Nabil : “Joyaux de la tristesse” est piraté et exploité à des fins déplorables
Il est chercheur en
sociologie, mais aussi réalisateur. Son film
documentaire, «Joyaux
de la tristesse », œuvre
d’une coproduction
maroco-allemande, avait mis la lumière sur un
phénomène dont on parle peu dans notre société :
les mères célibataires.
Un extrait du film est
actuellement en diffusion
sur le net. Un piratage
caractérisé et un déni
des droits d’auteur.
Le réalisateur révèle cette affaire dans cet entretien
accordé exclusivement
à Libé.


Libé : Vous criez votre colère contre ceux et celles qui diffusent sur Youtube l'extrait d'une femme qualifiée de "prostituée". Pourquoi ?

Mohamed Nabil : Notre film «Joyaux de la tristesse» est piraté et exploité à des fins minables. Je suis en colère, car ils ont volé mes droits et mes rêves et ceux des mères. L’image de la femme marocaine est affectée par cet acte criminel.
La mère /protagoniste est aussi touchée dans une société qui demeure malheureusement impitoyable envers les femmes. Vous pouvez imaginer toutes sortes de douleurs qu’éprouvent ces mères célibataires. A cela s’ajoute un autre fardeau qui est la discrimination sociale envers leurs enfants. La vidéo concernée alimente la haine et plus de soumission des femmes. Elle vole un espoir et pose des questions primordiales.
J'éprouve de l'amertume et je pense à Charles Baudelaire lorsqu'il disait dans son poème : Le vampire: «Toi qui, comme un coup de couteau, Dans mon cœur plaintif est entrée. Toi qui, forte comme un troupeau. De démons, vins, folle et parée». Ceux qui piratent des films sont comme des voleurs de rêves. Ils sont aussi des vendeurs de cadavres. Avec le cinéma, nous participons à un changement de mentalité et nous améliorons aussi nos goûts artistiques.

Qui était à l'origine de ce vol qualifié ?

Notre film «Joyaux de la tristesse» a été diffusé sur la chaîne britannique en langue arabe BBC World plusieurs fois en format original. Mais il y a deux personnes tel Doroos Almaghribi qui ont piraté le film et surtout des séquences de 8 minutes montrant une mère célibataire en train d’évoquer sa vie de prostituée avant de le diffuser sur Youtube. Ce viol des droits d'auteur n'a souligné ni le titre du film, ni son réalisateur, ni son producteur. Mais quelques jours après, des sites web de la presse marocaine ont commencé à écrire des articles sur une prostituée qui parle de son expérience, à visage découvert en se basant sur les informations des séquences piratées. Dès lors, plusieurs amis m'ont contacté pour m’annoncer ce crime. Toutes et tous ont déjà vu le film. «Joyaux de la tristesse» a été projeté lors de plusieurs festivals, la dernière diffusion remonte au Festival international de la femme à Salé en septembre.

Qu'allez-vous faire maintenant?

Pour l’instant, je discute avec mon avocate et la BBC World. J'ai envoyé une plainte à la direction de Youtube et nous allons suivre des démarches dans les semaines à venir. En tant que production allemande, nous avons signé un contrat avec la BBC World pour diffuser le film. Je pense que notre production Mia Paradies Productions et la BBC World sont victimes de ce piratage.

Racontez-nous l'histoire de "Joyaux de la tristesse" ?

Le documentaire «Joyaux de la tristesse» explore ce phénomène en racontant l’histoire de deux mères célibataires au Maroc, qui sont ostracisées par la famille, la société et l'État et subissent des discriminations en tout genre. Outre les deux mères, des représentants du culte, d'organisations humanitaires, de défenseurs des droits humains et de l'Etat marocain prennent la parole dans ce film. Ils expliquent leur vision des choses, et illustrent la complexité des dimensions de ce phénomène.
Le film est un témoignage saisissant qui nous donne l'occasion de réfléchir et de se poser des questions. C’est une référence esthétique et artistique signée par une équipe allemande et arabe. Il y a le chant, la poésie, la musique arabo-allemande et aussi le langage de l'image qui reste significatif pour les amoureux du septième art.

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Vendredi 9 Janvier 2015

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