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Mohamed Elhor : “Le théâtre national demeure éloigné de ses vraies missions”




Mohamed Elhor, directeur artistique de la troupe
Akoun théâtre, est à la fois acteur et metteur en scène, non seulement dans le théâtre marocain mais aussi dans
le monde du cinéma.
Lors d’un
entretien avec Libé, il parle
du théâtre marocain,
de sa crise et de
ses perspectives.

Libé : Comment se porte le théâtre marocain aujourd’hui?

Mohamed Elhor : Je crois qu’un bref panorama sur la petite histoire du théâtre au Maroc peut nous révéler la santé du théâtre marocain aujourd’hui. Le théâtre marocain a démarré au début des années vingt du siècle précédent. Des textes traduits et adaptés du patrimoine classique des Français ; la création de quelques troupes titres ; s’ensuit une période de floraison avec le théâtre amateur qui était un véritable réservoir pour le théâtre professionnel soit moins dynamique que pendant les années 70 et 80 et le théâtre universitaire ; puis avec l’arrivée de l’Institut supérieur des arts dramatiques et d’animation culturelle (ISADAC) et les subventions d’aide à la création et la diffusion du ministère de la Culture ; en passant par les troupes régionales fantômes.
Aujourd’hui, nul n’ignore que le théâtre est en crise. Heureusement qu’il y a de nouvelles générations qui apportent un sang neuf au mouvement théâtral. Avec  ce qu’on appelle le soutien à la production théâtrale et à la diffusion ; un projet qui a ses avantages comme il a toutes ses gaucheries; le théâtre est désormais le domaine des pauvres ; et s’éloigne de plus en plus de sa mission principale et de son interlocuteur ; le public marocain. Les comédiens et les hommes du théâtre qui, en une sorte d’exode, ont quitté le théâtre pour le cinéma et la télé ; domaines plus rentables tant que le marché théâtral n’existe pas et  tant que la subvention que Feu Hassan II a accordée au théâtre n’est pas réactivée; laissant ainsi le domaine aux nouvelles troupes. Le ministère, au lieu de nous livrer une bonne stratégie, semble être satisfait d’enterrer vivant cet art. Laissant ainsi le théâtre démuni de ressources et enfermé dans un amateurisme quasi-structurel. Des lacunes juridiques et administratives, une quasi-absence des promoteurs de spectacle et d’infrastructures. Le nombre de Marocains qui se rendent au théâtre est restreint, en raison de l’absence d’une culture ancrée de l’art de la scène. L’absence d’éducation artistique, qui nous empêche de le découvrir et d‘en jouir. L’indifférence et le mépris des gouvernements qui devraient le promouvoir.

Et que pensez-vous des troupes régionales, des fonds de soutien, du rôle du ministère de la Culture ?

Concernant les troupes régionales, je pense que le concept  a été  dès le début assez brumeux et douteux.  Chaque troupe a travaillé isolément pendant quelques années avant de disparaître après dans l’anonymat total. L’expérience a montré que ces troupes se battaient  rien que pour monter un seul spectacle et errer ensuite dans le labyrinthe bureaucratique pour pouvoir rejouer quelques représentations orphelines pendant des festivals et activités nationales qui n’appellent pas le public marocain, qui croit encore que le théâtre c’est ce qu’on diffuse à la télé. Une comédie de mauvais goût dans la majorité des cas. On peut facilement constater que le modèle de financement de la gestion des troupes régionales est le même modèle de la subvention d’aide du ministère. Difficile  de constater avec tant de regret, comme l’a déjà déclaré l’ex-ministre de la Culture Touria Kritif (Touria Jebran), que le soutien  se réduit à une  misère. On peut dire clairement que le ministère ne soutient pas les créations marocaines ; mais c’est les créateurs marocains qui soutiennent ce ministère qui n’arrive pas encore à établir une stratégie claire pour redonner vie à cet art et à la culture en général. L’absence de cette politique fait également que le théâtre au Maroc reste loin de ses missions véritables.

Et que dites-vous de l’avenir du théâtre marocain ?

Sans  s’étendre sur la question, on peut dire avec modestie que le théâtre aujourd’hui est un théâtre jeune  fait par des jeunes. Les jeunes aujourd’hui sont les seuls à redonner à cet art la place qu’il mérite. Les jeunes sont les seuls capables de répondre aux goûts et attentes de la  société marocaine. On peut dire que la nouvelle ère du théâtre est entre les mains qui ont les atouts artistiques, professionnels et esthétiques pour remettre  cet art  à sa vraie place, à savoir la société marocaine, loin des démagogies.

Propos recueillis par Hassan Bentaleb
Samedi 26 Mars 2011

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