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Mohamed Aniba Al Hamri : Hymnes à la tristesse




Quand parut le premier recueil de Mohamed Aniba Al Hamri « L’amour, comédie des siècles », le maître des lettres marocaines, Abdeljebbar Shimi, écrivit, avec la perspicacité qu’on lui connaît, que ce titre antiphrase annonce un vrai poète.
Cette voix discrète, nourrie des insignes odes arabes et du langage de la poésie moderne, a produit en effet,  une œuvre originale qui se lit comme un long poème traversé d’hymnes aux frissons de la nuit et aux regrets, à la bruine et à l’encrier, à l’éclat des yeux et aux nuages éplorés,  aux larmes et à l’amour, à l’incurable espoir et à la détresse des crucifiés, aux ciseleurs de vers et à l’empreinte des lieux. Peuplés de tendresse et de limpidité, de méditations intimes et d’images chaleureuses, ces hymnes sont un hommage à une tristesse fatale et vitale qui n’est pas sans rappeler le hüzün que Orhan Pamuk saisit, en évoquant la vie nocturne d’Istambul, « non comme maladie passagère ou comme une souffrance, mais comme quelque chose de sciemment choisi, qui considère la défaite et la pauvreté comme des conditions à honorer ».
Pour parcourir cette tristesse, voici des poèmes extraits des œuvres poétiques que l’auteur vient de publier aux éditions Le Fennec :

Ombre

A peine te voit-elle
Tu la vois à peine,
Elle n’est là
Que grâce à tes pas,
Tu te plies
Elle se plie,
Tu t’inclines
Elle s’incline,
Tu te tournes
Pour la contempler
Elle décline,
Tu t’orientes vers le miroir
Pour la regarder
Elle s’abrite dans les reflets,
Quand ton corps
Est sous le soleil
Elle s’évanouit,
Désormais
Sans ombre
Tu es.

Ramier

Dites à l’éperdu
Qu’embrase le roucoulement
De la colombe
Les pleurs se savourent
Comme palpitent les douleurs,
Quand l’amour point
Tous les humbles aimants
Sculptent leur tourment
Sur une toile
Où les arcs sont le diadème
Des cœurs,
L’éploré déverse sa tristesse
Sur le fleuve
De ses entrailles elle s’épand
Comme une Senteur.

Ondoiement

Anxieuses sont les vagues
De ce midi,
Elles cherchent
Etrangement abri
Au sein du sable
Comme pour s’évanouir
Et s’incarnent
Au gré des eaux
Linceul de terre,
Elles désertent le bleuté
Pour élire la poussière
Les rochers rugueux
S’attendrissent pour les accueillir
Dans leurs saillies
Où elles se baignent
En quête de répit.

 * Ancien des écoles primaire
et secondaire publiques du Maroc

Par RédouaneTaouil *
Vendredi 12 Mai 2017

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