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Mohamed Abounasr, coordinateur du Comité de suivi du dossier de l'habitat à Casablanca : «Les autorités doivent assumer toutes leurs responsabilités»




Mohamed Abounasr, coordinateur du Comité de suivi du dossier de l'habitat à Casablanca : «Les autorités doivent assumer toutes leurs responsabilités»
Professeur universitaire, Mohamed Abounasr est loin d’être un homme
ordinaire. Il est l’un des militants les plus actifs
de la métropole.
Ce coordinateur qui a auparavant failli payer cher sa solidarité illimitée avec les victimes
de l’habitat insalubre,
promet de poursuivre la lutte jusqu’à la résolution définitive de ce dossier.
Les habitants qu’il ne fait qu’assister et soutenir
dans leur lutte promettent de hausser le ton.
Ils ont annulé
leur sit-in hier
devant le tribunal
de première instance
d’Ain Sebaa.
Mais ils se réunissent ce soir pour déterminer la date et le lieu de la marche interdite auparavant par les autorités.
Une persistance qui ne fait pas le bonheur de ceux qu’il appelle «la mafia
de l’immobilier». Incarcéré arbitrairement le 4 janvier et relaxé trois jours plus tard, Abounasr nous a tout déballé sur son arrestation et celle des autres
bidonvillois incarcérés dans une interview
exclusive à Libé.

Libé : Où en est le dossier de l’habitat au Grand Casablanca ?

Abounasr : La nouveauté dans le dossier est le report jusqu’à vendredi du sit-in qui a été programmé hier matin devant le siège du tribunal de première instance d’Ain Sebaa. Et ce pour réclamer la libération des détenus de Bernoussi, de Brahma Cherkaoua et tous les autres incarcérés arbitrairement. Une réunion aura lieu ce soir entre la coordination régionale et les représentants de tous les comités de soutien et de solidarité avec les bidonvillois et les habitants des quartiers insalubres ainsi que les victimes de décisions arbitraires d’évacuation. Lors de cette réunion, les intéressés prévoient d’élargir la discussion autour de plusieurs points, notamment le bilan du sit-in de diamnche dernier. Ils y décideront surtout la date et le lieu de la marche populaire contre l’habitat précaire et le silence des officiels. Notons que cette marche a déjà été interdite par les autorités plusieurs fois.
Dans le cadre du suivi du dossier de l’habitat insalubre dans d’autres régions du district que je gère dans le cadre de mon travail associatif, je dirai que le cas de Casablanca est particulier. Il s’agit du point noir national qui regroupe une centaine de bidonvilles et de quartiers insalubres. Le mouvement de protestation s’accentue de jour en jour avec l’organisation de plusieurs sit-in et la programmation de la marche populaire interdite à maintes reprises. Tout a commencé avec l’effondrement des maisons à l’ancienne médina. Depuis, la grogne s’est propagée à l’échelle régionale contre les décisions, souvent arbitraires, des tribunaux qui jugent en faveur de la mafia de l’immobilier en ordonnant l’évacuation des habitants de leurs bidonvilles et mêmes de leurs maisons, à titre d’exemple, le cas du douar El Kamra actuellement devant la justice. Ainsi, tous les bidonvillois, les habitants des quartiers sinistrés et les victimes d’abus et d’évacuation se sont réunis dans le cadre de comités régionaux pour défendre leur cause. D’où la participation effective des ONG et des composantes de la gauche qui ont fait montre de solidarité et de soutien avec eux. Surtout qu’ils n’ont plus confiance aux autorités locales qui n’ont cessé de leur promettre des solutions miraculeuses. Ceci dit, ces gens là n’ont plus le choix. Pour eux, la grogne est le seul moyen de faire pression sur les autorités afin de bénéficier comme leurs semblables des programmes de relogement et de lutte contre l’habitat précaire.

Ne croyez-vous pas que s’il leur arrive de perdre également confiance en vous aussi ce serait la catastrophe?

Effectivement. Les habitants sinistrés et marginalisés jouent leur dernière carte pacifique sous la bannière des ONG. Ils n’ont pas peur de la prison. Pour eux, la prison est une solution temporaire de leur calvaire. Au moins sous les verrous, ils sont bien à l’abri de la faim et des intempéries qui les agressent à chaque changement climatique. En été, ils ont très chaud. En hiver, ils meurent de froid. Ils n’ont en fait plus rien à perdre. D’où la menace réelle qu’ils peuvent représenter. Et c’est aux autorités d’assumer leur responsabilité si toutefois leur grogne dégénère sur un soulèvement.  
J’ouvre ici la parenthèse que depuis quelques mois, nous avons discuté une solution avec le maire adjoint de Casablanca qui nous a bien promis au nom du Conseil et du maire, la résolution définitive de ce dossier épineux. Hélas, il a changé d’avis à la dernière minute pour des raisons inconnues, laissant les habitants sinistrés à leur sort. Ce qui a provoqué la colère des habitants. Une colère qui a quadruplé avec les dernières inondations qui ont provoqué des dégâts importants. Surtout que les autorités locales utilisent les moyens forts et les astuces juridiques pour opprimer tous les mouvements de grogne des habitants. Les arrestations et les harcèlements sont devenus monnaie courante de certains agents d’autorités publiques pour intimider les militants et les habitants.

Parlant d’oppression, nous avons constaté que les autorités publiques exercent de nouveaux types de pression pour intimider les bidonvillois et toutes les composantes de la société, solidaires avec eux. Qu’en dites-vous ?

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons enregistré plusieurs arrestations arbitraires dans différentes régions du Grand Casablanca, notamment à Mohammedia et Bernoussi. Des habitants mécontents ayant scandé des slogans contre la mauvaise gestion de leur dossier de la part des responsables ont été arrêtés abusivement en leur adressant des accusations fomentées par des agents d’ordre public pour les faire taire et afin d’opprimer la grogne. Ainsi, six habitants du douar Brahma Cherkaoua attendent leur jugement dans une affaire préfabriquée. Les habitants de Bernoussi incarcérés récemment pour avoir dénoncé l’abus des autorités dans la gestion de l’habitat, risquent un jugement arbitraire à l’instar des accusés de Mohammedia. Leur jugement reporté à maintes reprises est considéré lui-aussi comme un harcèlement moral et physique exercés sur ces gens là et sur leurs familles menacées par tous les moyens. D’autres habitants et militants ont été intimidés par des arrestations liées à des affaires privées, dont la majorité n’est pas fondée sur des preuves solides. A titre d’exemple, ma dernière arrestation arbitraire survenue juste après un sit-in nécessite une méditation. Les policiers m’ont arrêté au début, sous prétexte que je suis recherché dans une affaire de pension familiale. Une fois au commissariat, mon avocat a fourni les documents nécessaires qui prouvent que mon arrestation ne devait pas avoir lieu, surtout que ma femme ne me doit rien. Pire : des prélèvements sont effectués sur mon salaire depuis la source. Et au moment où j’attendais ma libération, le dossier a pris une autre tournure. J’ai été accusé cette fois-ci arbitrairement, d’avoir agressé un officier de police que je n’ai jamais rencontré auparavant. D’ailleurs, ni son nom ni la date de cette agression n’ont figuré sur mon dossier. Et grâce à la pression des habitants qui ont compris l’objectif de mon arrestation et ont observé un sit-in le jour de ma comparution devant le procureur du Roi qui a décidé de m’acquitter et de classer le dossier pour faute de preuves. Ce qui montre que les autorités utilisent une oppression qui nous rappelle les années de plomb abolies.

Un dernier mot ?

Les autorités doivent assumer toutes leurs responsabilités sinon les choses prendront une autre tournure. Les habitants ne peuvent plus patienter. Et là, j’ouvre encore une parenthèse pour remercier les médias qui nous soutiennent dans ce combat légitime, surtout le quotidien Libération qui nous a consacré, depuis le début, plusieurs articles démontrant la réalité de ce qui se passe. 

Propos recueillis par Rida ADDAM
Mercredi 19 Janvier 2011

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