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Moha Ennaji : L’amazigh est un élément d’unification et de diversité culturelle

Les cultures de la Méditerranée ont vécu ensemble et en parfaite symbiose durant de longs siècles




Le Festival international de la culture amazighe souffle cette année
sa 12ème bougie. Inauguré hier à Fès, il vise en premier lieu à mettre
en avant le rôle du patrimoine immatériel amazigh et des cultures
méditerranéennes dans le développement humain et leurs apports
à la culture de la paix. Entretien avec le directeur du festival.


Libé : Quel est le rôle de l’amazigh dans le dialogue entre les cultures méditerranéennes ?
Moha Ennaji: L’amazigh en tant que langue et culture a existé en Afrique du Nord depuis la nuit des temps. Ces longues années de cohabitation de cultures, de religions et de langues différentes ont enrichi l’amazigh et l’ont immunisé contre le racisme et l’exclusion. C’est le brassage des civilisations, des religions, et des langues qui fait que l’amazigh est de facto une langue et une culture d‘ouverture et de dialogue. L’aspect historique de l’amazigh en fait une culture reconnaissable dans la majeure partie des pays de la Méditerranée. Cette reconnaissance dépasse l’histoire politique  car elle s’est installée dans la littérature, l’art et le savoir-faire méditerranéen.     

Est-ce que vous pensez que la cause amazighe jouit de l'importance qu'elle mérite ou bien a-t-elle régressé ces dernières années?
La cause amazighe est l’aboutissement d’un mouvement culturel qui a connu des hauts et des bas et en tant que tel, elle s’impose sur la scène politique des pays du Maghreb. L’histoire ne revient jamais en arrière surtout quand il s’agit d’un mouvement social bien ancré dans la culture maghrébine. Bien sûr il y a des difficultés mais la cause demeure, bien plus, je crois qu’elle avance peut-être à un rythme tantôt rapide tantôt  lent mais elle avance et gagne du terrain surtout dans les discours nationaux. Il reste beaucoup à faire mais les Marocains en sont plus conscients qu’avant. L’amazigh est un élément d’unification  et de diversité culturelle ; le comprendre prendra du temps mais la cause demeurera.  

Pourquoi avez-vous choisi « Amazighité et cultures méditerranéennes : le vivre-ensemble» comme thématique du festival ?
Ce choix est dicté par une conjoncture précise que nous vivons et où la jeunesse de par le monde commence à perdre l’espoir dans un vivre-ensemble. De l’islamophobie, la crise des réfugiés, aux atrocités de la guerre en Syrie et à l’Etat islamique, les facteurs de discorde ne manquent pas, et les jeunes et moins jeunes commencent à perdre foi  dans la possibilité de vivre ensemble.  A travers ce festival, nous voulons rappeler que les cultures de la Méditerranée ont bien vécu ensemble et en parfaite symbiose pendant de longs siècles et que ces cultures ont réussi à relever les défis chaque fois que ce vivre-ensemble était menacé. Ce sont ces vérités qu’il faut ressortir.

Est-ce que le vivre-ensemble est toujours réalisable dans une  région méditerranéenne mouvementée?
Bien sûr que oui. Les pays de la Méditerranée ont tout à gagner dans le vivre-ensemble et tout à perdre dans la division et la discorde. Nous pensons que la diversité aussi bien linguistique que culturelle qui caractérise les deux rives de la Méditerranée est un facteur  fédérateur et unificateur de taille. Par exemple, l’emplacement  géographique du Maroc lui  a permis de s’ouvrir sur l’Europe et donc de faciliter l’échange culturel qui, à son tour, a nourri un brassage d’idées qui, a constitué un rempart à l’extrémisme que connaissent malheureusement plusieurs pays de la région.

Quelles sont vos impressions sur les résultats des précédentes éditions du festival ?
C’est l’esprit positif et optimiste qui nous a permis de perdurer pendant toutes ces années. Nous avons beaucoup appris tout au long de notre parcours et nous avons reçu d’excellents échos quant à la nécessité de continuer à organiser ce festival qui est, à mon sens, devenu un rendez-vous incontournable.

Quelles sont vos attentes et ambitions pour cette nouvelle édition ?
Nous demeurons optimistes. Nous nous sommes inspirés des recommandations des éditions précédentes du festival pour améliorer encore plus nos programmes (musical et académique). Nous espérons offrir une plateforme de discussions sérieuses réunissant des penseurs et des artistes du pourtour méditerranéen ainsi que d’autres pays. Notre programme musical pour cette année est varié. Nous avons un double objectif pour l’avenir : d’abord, impliquer plus de jeunes et ensuite internationaliser le festival en l’ouvrant plus sur son environnement méditerranéen.  Nous pensons  que le festival reste sous-subventionné par rapport à sa renommée nationale et internationale. Au-delà des subventions, c’est la question de la place de la culture au Maroc qui se pose et particulièrement dans une ville comme Fès !

Propos recueillis par H.T
Samedi 16 Juillet 2016

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