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Moen Shakfa : Les négociations avec Israël doivent reprendre là où les discussions de paix se sont arrêtées




Moen Shakfa : Les négociations avec Israël doivent  reprendre là où les discussions de paix se sont arrêtées
Aujourd’hui, Gaza compte ses martyrs. L’opération militaire 
israélienne « Bordure protectrice » a causé la mort de plus de 2.000 Palestiniens (dont 80% des civils) et des milliers de blessés. Les autorités palestiniennes estiment les dommages à six 
milliards de dollars. 
Parallèlement, les 
négociations entre 
Palestiniens et Israéliens se poursuivent au Caire. Les deux parties 
cherchent à trouver un accord sur une trêve 
durable après les 
multiples cessez-le-feu avortés. Pourtant, les Palestiniens restent sceptiques face à la 
volonté du 
gouvernement israélien de parvenir 
à l’instauration d’une paix durable dans 
la région.   
Retour sur cette 
offensive militaire, sur ses enjeux et ses 
conséquences avec le journaliste palestinien Moen Shakfa, 
ex-directeur du «Earth media center» et  ancien journaliste à la radio 
palestinienne «Sawat Omal falistine».
 
La communauté internationale 
a tendance à oublier que la Palestine 
est sous occupation et que la lutte contre celle-ci est légitime même du point de vue du droit international


Moen Shakfa : Les négociations avec Israël doivent  reprendre là où les discussions de paix se sont arrêtées
Libé : L’opération militaire israélienne «Bordure protectrice» menée dans la Bande de Gaza il y a plus d’un mois est-elle une guerre de plus contre le peuple palestinien?
Moen Shakfa : On ne peut pas parler de guerre mais plutôt d’une agression. Le terme de guerre renvoie à un conflit armé opposant au moins deux forces militaires organisées et régulières. On ne peut pas mettre sur le pied d’égalité les roquettes et les obus de mortiers du Hamas et la puissance des raids de l’armée israélienne qui peut pilonner plus d’une centaine de cibles en même temps. 
Il s’agit donc d’une offensive destinée à redistribuer les cartes dans la région selon une vision israélo-américaine. D’autant plus que les causes ayant sous-tendu cette agression demeurent confuses et obscures. En effet, l’offensive contre Gaza a été présentée par Israël comme des représailles contre l’enlèvement et la mort de trois jeunes Israéliens. Un incident dont les circonstances restent toujours non élucidées. Ceci d’autant plus que le Hamas avait nié toute implication dans le rapt. Certains médias israéliens ont même avancé que les trois jeunes en question sont décédés dans un accident de la route survenu dans la ville touristique d’Eilat. 
Quelques jours après le déclenchement de l’offensive, Israël a sorti un nouvel alibi. Cette fois-ci, il s’agissait  d’arrêter le tir de projectiles à partir de la Bande de Gaza alors que ces tirs n’ont été qu’une simple riposte aux bombardements de l’armée de l’air israélienne.
Et que direz-vous à certains experts qui ont avancé que l’opération militaire contre Gaza a été d’abord motivée par le souci de mettre fin à la récente réconciliation entre l’Autorité palestinienne et  le Hamas ?
Oui, j’adhère entièrement à cette thèse puisque le processus de réconciliation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas a été purement palestino-palestinien sans intervention aucune de la part d’Israël qui veut imposer ses conditions aux deux parties. Israël ne réalise pas que le processus de réconciliation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas est une évidence puisque ce dernier fait partie intégrante du peuple palestinien et personne ne peut nier son existence. La réconciliation a été menée suite à des consultations entre les parties concernées et aux efforts déployés par certains pays comme le Maroc, l’Egypte et le Qatar. 
Et qu’en est-il de ce processus actuellement, d’autant que certains estiment que la dernière offensive contre Gaza a affaibli la position de l’Autorité palestinienne et renforcé celle du Hamas devenu un partenaire incontournable dans les négociations ?
Il est clair que le processus de réconciliation est encore en marche comme en témoigne la composition même de la délégation palestinienne chargée de négocier au Caire et qui compte en son sein l’ensemble des factions et branches politiques palestiniennes. Pourtant, je réfute catégoriquement l’idée selon laquelle le Hamas est sorti politiquement fort de cette attaque militaire. Cette version n’est qu’une thèse propagée par Israël qui veut donner l’impression à l’opinion publique internationale que l’opération « Bordure protectrice » a été menée contre le Hamas et non contre le peuple palestinien. La réalité sur le terrain démontre bien que l’ensemble des  factions politiques palestiniennes ont participé aux combats et qu’un grand nombre de morts palestiniens sont des civils. 
Le Hamas comme le Fatah sont les leaders du peuple palestinien mais ils ne représentent pas l’ensemble des citoyens. Personne ne peut affirmer que les deux millions d’habitants de la Bande de Gaza sont tous membres du Hamas et personne ne peut prétendre que les 2.000 martyrs lors de cette invasion sont tous membres du Hamas. 
 
Les Palestiniens veulent un Etat 
indépendant avec Al Qods comme 
capitale et le retour pour les réfugiés
 
En outre, le Hamas a toujours participé indirectement aux négociations avec Israël. Ce fut le cas en 2008 avec la signature sous la médiation de l’ex-président égyptien Hosni Moubark d’un cessez-le-feu  suite à l’offensive israélienne «Plomb durci». Ce fut le cas aussi en 2012 après l’opération militaire «Pilier de défense» sous la médiation du président Mohamed Morsi et la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton. L’échange du soldat israélien Gilad Shalit contre des prisonniers palestiniens a été lui aussi le fruit d’un accord conclu entre les autorités israéliennes et le Hamas. Le président palestinien Mahmoud Abbas veut adresser un message clair à Israël. Il veut faire comprendre aux responsables israéliens via les négociations en cours au Caire que le peuple palestinien est uni et que le processus de réconciliation ne sera pas suspendu. Les Palestiniens sont partenaires dans la lutte comme dans la prise de décisions.  
Et qu’en est-il des thèses qui avancent qu’Israël, l’Egypte et la communauté internationale cherchent via ces négociations à renforcer l’Autorité palestinienne au détriment du Hamas ? 
C’est totalement faux. L’Autorité palestinienne a déclaré  adhérer complètement aux revendications de la résistance. Mieux, et de l’aveu même de plusieurs observateurs, le Fatah est la partie la plus exigeante dans ses positions concernant les négociations.  Mais, même en supposant que ces assertions sont avérées, pourquoi Israël refuse-t-il toujours de faire des concessions au profit de l’Autorité palestinienne et de son président Abou Mazen? Israël s’obstine et refuse toute solution. La délégation israélienne a quitté trois fois la table des négociations au Caire. Elle refuse toujours de négocier la reconstruction de l’aéroport et du port du Gaza. Elle essaie même d’altérer ces négociations notamment avec sa dernière offre  d’échanger les 25 prisonniers palestiniennes et les cadavres de 18 martyrs contre les deux soldats capturés dans la Bande de Gaza. 
L’opération militaire s’est soldée par des milliers de martyrs dont une grande partie sont des femmes et des enfants sans parler de milliers de blessés et de dégâts matériels estimés à des millions de dollars. Est-ce que vous pensez que l’option de la lutte armée doit être défendue ?
Il est vrai que le coût de la résistance armée est élevé, mais nous sommes contraints d’emprunter cette voie pour libérer notre terre et récupérer nos droits bafoués par un ennemi qui nie même notre existence.  Israël agresse le peuple palestinien et ce dernier est contraint de défendre ses droits, et ce avec tous les moyens. D’ailleurs, la communauté internationale a tendance à oublier que la Palestine est sous occupation et que la lutte contre celle-ci est légitime même du point de vue du droit international.  
La population palestinienne continue d’être l’objet d’agressions permanentes avec une mise en scène médiatique qui nous présente toujours comme de méchants terroristes et qui fait d’Israël une victime. Aujourd’hui, la communauté internationale doit assumer ses responsabilités à l’égard du peuple palestinien qui ne réclame que son droit à la liberté et à la dignité.   
En parlant de responsabilité de la communauté internationale, comment peut-on évaluer le rôle de l’Administration américaine lors de cette offensive ? 
L’Administration américaine n’est pas une partie neutre.  Elle est complice dans tout ce qui advient  dans la région. On ne doit pas oublier que durant l’offensive israélienne contre Gaza, cette Administration a alloué des fonds estimés à plus de 300 milliards de dollars à Israël sans parler d’un  soutien en armes et munitions. Une position qui n’a rien de surprenant pour nous Palestiniens puisque nous avons pris l’habitude avec chaque élection présidentielle de nous trouver en face d’un   président qui se dit favorable à la solution de deux Etats avant de changer  d’avis lors de son deuxième mandat. 
Si les Américains sont sincères dans leur rôle de parrain du processus de paix, pourquoi ne désignent-ils pas celui qui a fait échouer les initiatives de John Kerry, secrétaire d’Etat américain, concernant les accords de paix  alors qu’il avait fixé un délai de 9 mois pour arriver à un accord et pourquoi le Congrès a-t-il fait pression sur lui pour retirer ses déclarations qualifiant Israël d’Etat terroriste ? 
…Et que pensez-vous des initiatives de paix menées par le Qatar et la Turquie?
Les initiatives de ces deux pays servent l’agenda israélien plus qu’autre chose. Les deux pays en question ont voulu faire du Hamas, le seul mouvement de résistance à Gaza. Qatar a encouragé la désunion palestinienne et a même attisé les dissensions  entre le Hamas et l’Autorité palestinienne.  Ce pays veut asseoir son autorité et renforcer sa position au niveau régional via le sang palestinien. Quant à la Turquie, si elle est sincèrement solidaire avec la cause palestinienne, pourquoi son  gouvernement n’a-t-il pas gelé ses relations diplomatiques et militaires avec Israël ? Pourquoi n’a-t-il  pas procédé à l’expulsion de l’ambassadeur israélien à Ankara ? Le peuple palestinien ne veut plus servir de carte électorale pour des chefs d’Etat ou de gouvernement qui veulent profiter de sa cause en vue d’améliorer leur image auprès de leur électorat. 
…Et qu’en est-il de l’initiative égyptienne ?
L’Egypte a accepté d’accueillir les pourparlers entre les Palestiniens et les Israéliens après consultation avec l’Arabie Saoudite. Elle a toléré la participation du Hamas aux négociations en cours au Caire mais à condition que ce dernier ne préside pas la délégation palestinienne. 
Les Egyptiens ont décidé de mettre de côté leur conflit avec le Hamas en se rendant de nouveau compte de l’importance et de la place cruciale qu’occupe la cause palestinienne dans le monde arabe. C’est pourquoi ils ont été contraints après les pressions saoudiennes de revoir leur initiative de négociations dont la première copie était favorable aux Israéliens.
Que pensez-vous des négociations en cours ?
Je pense que ces négociations devaient être menées par un seul interlocuteur, à savoir le président Abou Mazen qui doit reprendre les négociations avec Israël là où les discussions de paix se sont arrêtées. Il ne faut surtout pas inclure les pourparlers en cours dans des revendications comme la reconstruction de l’aéroport de Gaza ou le port qui sont des droits acquis.  Aujourd’hui,  les Palestiniens veulent un Etat indépendant avec Al Qods comme capitale et le

Propos recueillis par Hassan Bentaleb
Samedi 16 Août 2014

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